De l'autodestruction à la viabilité Les marges de manoeuvres (IV)

De l'autodestruction à la viabilité Les marges de manœuvres (IV)

De l’autodestruction du monde à sa viabilité. Les marges de manœuvres ? (IV) 

 

«Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait »( Mark Twain).

 

A-Les marges de manœuvres face à différents  obstacles surmontables

 

1-Les interactions (entre domaines d’activités, entre problèmes drames et menaces, entre acteurs, entre niveaux géographiques)

2 -La faiblesse de certaines  résistances,

3-L’indifférence.(« Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes » écrivait un pasteur protestant,  Einstein lui-même soulignait que « le monde est dangereux à vivre par ceux qui font le mal et par ceux qui regardent et laissent faire. »,) 

4-Le sentiment d’impuissance,

5- La faiblesse dans l’organisation, les « contraintes »,

6-La puissance de certains  adversaires.

 

 

B-Les marges de manœuvres face à  un obstacle très difficilement surmontable ( ??? ), probablement le plus terrible : l’accélération du système mondial.

 

1-Les grands caractères de l’accélération

 

 -L’histoire de l’accélération  se déroule en quatre évènements majeurs : les deux accélérations celle de la techno science et celle du marché mondial, l’explosion démographique (avec un accroissement-les naissances moins les décès- de la population mondiale de 224.000 personnes chaque jour !), l’urbanisation vertigineuse (plus de la moitié (55%)des générations présentes aujourd’hui vivent dans les villes,à cette allure (mais c’est incertain)  68% d’urbains en 2050).

-Les causes de l’accélération s’appellent les logiques des fuites en avant du système productiviste, la généralisation du règne de la marchandise, la circulation rapide d’informations, de capitaux, de services, de produits et de personnes, l’arrivée des technologies de l’information et de la communication…

Passons sur les manifestations, sur les effets quant aux sociétés et aux personnes

-Arrivons à ce passage déstabilisant (intellectuellement et psychologiquement) !! C’est l’exemple de  l’environnement par rapport à l’accélération qui frappe, violemment , l’ensemble des résistances et des alternatives pour le protéger. Cette accélération fonctionne, elle aussi , comme  une machine infernale à travers quatre mécanismes. Premier mécanisme : le système  mondial s’accélère. Deuxième mécanisme : les réformes  et les remises en cause pour protéger l’environnement sont souvent lentes (complexité des rapports de forces  et des négociations, retards dans les engagements, obstacles dans les applications, inertie de systèmes économiques , sans oublier la lenteur  de l’évolution des  écosystèmes).Troisième mécanisme : on agit pour une part dans l’urgence qui devient une catégorie centrale du politique. Quatrième mécanisme : il faut aussi construire et mettre en œuvre  des politiques à long terme ce qui demande du temps…or le système s’accélère (premier mécanisme).

Autrement dit : il n’est pas sûr que les générations futures aient beaucoup de temps devant elles pour penser et mettre en œuvre des contre-mécanismes nombreux, radicaux et massifs : c’est là une pensée « qui peut réveiller la nuit. »

 (Oui « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. »écrivait  René Char) ( Mais  encourageons-nous et n’oublions pas, comme l’écrivait  Edmond Rostand, que  « C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière ! » )

 

2  -Les attitudes  face à l’accélération peuvent se ramener à trois regroupements

 

 La soumission à la catastrophe programmée, l’acceptation de cette « course à l’abime   qui emporte un monde impuissant » : (dans ce type de « réponses » les résistances s’effacent. Mais rien n’empêche une personne ou une organisation d’agir tout en partageant cette vision.)

  Les tentatives  d’adaptation : dans ces réponses les résistances se situent souvent en aval, (elles peuvent avoir leur importance en agissant sur des effets, leurs limites sont de ne pas véritablement  remonter aux causes  des phénomènes.) 

  Enfin troisième série d’attitude : Les réponses volontaristes se traduisent, elles, par des résistances et des alternatives  petites et grandes, modérées ou radicales, elles peuvent venir de multiples acteurs.

 

3 - Quels  objectifs les attitudes volontaristes mettront-elles en avant face à l’accélération ?

 

 

- Renouer avec des besoins fondamentaux  c'est-à-dire se « déprendre » et patienter.

Se « déprendre », Claude Lévi Strauss  nous y invite dans la dernière page de « Tristes Tropiques » (éditions Plon, collection Terre Humaine, 1955), autrement dit prendre de la distance, savoir « lâcher prise » (facile à dire  nous avons mille sollicitations), différencier l’urgent de l’important (critique de nos moyens de communication), oser des « moments de paresse », ralentir le rythme frénétique de nos vies (« Sois lent d’esprit » écrivait… Montaigne , « la hâte détruit la vie intérieure » disait Lanza del Vasto).

Trouver ou retrouver la patience : avoir le temps de mûrir est contraire au court  terme du productivisme, mais les temps humains et ceux du vivant sont-ils plus proches de ceux des marchés  financiers, ceux de la seconde ou de la nanoseconde ,ou bien sont-ils plus proches de ceux des saisons de la nature, comme tour à tour l’enfant, l’adolescent, l’adulte, le vieillard ?

-Fixer des limites au cœur des activités  humaines : précautions, préventions, réductions et suppressions des modes de production de consommation et de transports écologiquement non viables. Ce concept de limites est   décolonisateur de la pensée productiviste.

Prendre en compte des théories et des pratiques de décroissance et de post-croissance à travers une économie  soutenable (s’éloignant du culte de la croissance, s’attaquant aux inégalités criantes à tous les niveaux géographiques, et désarmant le pouvoir financier ainsi que… la course aux armements), à travers le principe de modération de ceux et celles qui, pris dans la fuite en avant des gaspillages, seront amenés à remettre en cause leur consommation, leur mode de vie, à bruler moins d’énergie pour adopter des pratiques de frugalité, de simplicité. Essentielles sont aussi des relocalisations d’activités, des circuits courts, des richesses redistribuées. Essentielle également cette ennemi redoutable : la compétition, remise en cause par la consécration de biens communs (eau, forêts…), par des coopérations, des solidarités  ,  par l’appartenance   à notre commune humanité , par des périls communs qui devraient nous fraterniser.

-Construire un temps libéré  Jacques Robin écrivait dans « Changer d’ère » (Seuil, 1989) «« Nous avons à enrichir le temps libéré pour qu’il ne soit ni temps vide, ni temps marchand  mais créativité  personnelle, convivialité  sociale et curiosité toujours en route. »  En ce sens on peut penser que diminuer la durée du temps de travail à partager est impératif non seulement comme moyen de lutter contre le chômage mais comme  un élément d’un équilibre de vie, en allant même plus loin, comme le propose par exemple André Gorz qui écrivait « Il convient de trouver un nouvel équilibre entre travail  rémunéré et activités productives non rémunérées.

 -Faire dialoguer passé présent et avenir : Jean Chesneaux  (« Habiter le temps », Bayard,1996)   se demande « Comment renouer un dialogue entre un  passé comme expérience, un présent comme agissant et un avenir comme horizon de responsabilité ? » Le temps citoyen doit affirmer sa « capacité  autonome » face au temps de l’Etat, du marché et, nous ajouterons, de la techno science. Dans un raccourci parlant nous pourrions dire qu'il faut à la fois répondre aux fins de mois et aux fins du monde, aux générations présentes et aux générations futures.

 

4- Quels moyens penser et  mettre en œuvre face à l’accélération ? A titre indicatif :

 

 

Des mouvements de ralentissement de la vie quotidienne, donc des oasis de décélérations dans des domaines de plus en plus  nombreux : petites  villes, alimentation, éducation « lentes »…

Des moyens de réintégrer le temps : un respect des droits des générations futures(L’intervention suivante l’évoquera), un respect du patrimoine culturel des  générations passées, une prise en compte des « droits du temps humain » et du vivant ( il faudrait une « Charte mondiale » disait l’historien  Jean Chesneaux), des déplacements repensés dans l’urbanisation, une désacralisation de la vitesse, la  création  d’une fédération mondiale d’ONG qui serait une sorte d’ « internationale de la lenteur ». De ce dernier point de vue il s’agirait en particulier de coordonner les ONG existantes et de contribuer à en créer de nouvelles. Peut-être y aura-t-il un jour des volontaires parmi vous pour lui donner le jour?

 

 

Vous pouvez aussi aller voir sur ce blog les trois articles relatifs à « L’accélération du système mondial ».

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