lavieille
Enseignant-chercheur (surtout en droit international de l'environnement ,du désarmement, en relations internationales) et militant.
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Billet de blog 29 janv. 2022

Volontés politiques

Volontés politiques

lavieille
Enseignant-chercheur (surtout en droit international de l'environnement ,du désarmement, en relations internationales) et militant.
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

LES   VOLONTES   POLITIQUES

-A  la fin  de ce billet  un tableau résume l’ensemble, il  se veut « opérationnel »… autant que faire se peut. Nous tenons à préciser qu’il n’est pas nécessaire de relire trois ou quatre fois  ce tableau final avant de prendre chaque petite décision, « qui délibère trop oublie de vouloir ». « A l’auberge de la décision les gens dorment bien » (proverbe peu connu mais souvent vérifié).

-« Technocrates, c'est les mecs que, quand tu leur poses une question, une fois qu'ils ont fini de répondre, tu comprends plus la question que t'as posée ! " On pourrait paraphraser Coluche : « J’ai demandé à quelqu’un qui écrivait des « billets » ce qu’étaient les volontés politiques, à la fin de la réponse je ne comprenais plus la question que j’avais posée »…

Introduction

« Petite » ( !) question :

Comment faire naitre et mettre en œuvre  des déterminations personnelles et collectives pour résister à l’intolérable et pour construire un  monde humainement viable ?

Innombrable est  le nombre de fois  où  de multiples acteurs,(citoyen(ne)s, auteurs, partis politiques, ONG …) en public et en privé, à tous les niveaux géographiques,  en appellent aux volontés politiques ,  soit  pour déplorer leurs absences, soit pour affirmer qu’on en a été, qu’on en est,  ou qu’on  en sera  porteurs, contrairement à d’autres « qui  n’ont pas de volontés politiques. »

On entend souvent répondre que les volontés de changement, de mise en œuvre de moyens démocratiques, justes, écologiques, pacifiques, ne sont pas aux rendez-vous à cause  des intérêts, des habitudes, des peurs, des indifférences, des impuissances, de la  fuite en avant, de l’absence de courage…

 On pourrait certainement résumer de multiples situations en affirmant  que   les récessions  des volontés sont des marqueurs de nos puissances et  de  nos impuissances.

On pourrait s’arrêter là, nous proposons d’essayer d’aller plus loin.

Dans cette introduction nous partirons de deux clarifications nécessaires, l’une terminologique  relative au  terme « politique » (1), l’autre méthodologique relative au choix d’une analyse pour essayer de comprendre comment fonctionnent les volontés politiques(2).

1-Quel sens attribuer au mot politique ? Quels effets ce choix peut-il avoir sur l’analyse des volontés ?

a) Il y a au moins quatre façons d’appréhender la notion de politique.

Au sens restreint il s’agit de l’action  gouvernementale, du pouvoir d’Etat.

Au sens plus large il s’agit de la scène politique avec ses partis politiques, ses autorités publiques, ses personnalités, ses luttes pour le pouvoir.

Au sens large, et d’ailleurs étymologique, il s’agit de la vie de la cité, celle-ci peut-être prise au sens de  vies  aux niveaux locaux, nationaux, continentaux, internationaux, autrement dit « du monde des cités et de la cité du monde », expression  reprise depuis des siècles par de nombreux auteurs.

Il s’agit enfin, proche du sens précédent mais exprimé d’une autre façon, de l’ensemble des relations humaines à l’occasion du pouvoir. Ainsi  les lieux de pouvoirs dans la cité sont multiples, à titre indicatif depuis la famille, le village, l’association, l’université, l’entreprise, l’administration, la profession, jusqu’aux  mégapoles, aux Etats, aux regroupements d’Etats, aux réseaux scientifiques internationaux, aux complexes médiatiques, aux firmes multinationales,  aux marchés financiers…

Nous choisirons ces deux dernières conceptions, elles sont proches de deux formules   célèbres « si vous ne vous intéressez pas à la politique… la politique s’intéresse à vous » et l’autre formule ( d’Emmanuel  Mounier, philosophe 1905-1950) «  Même si la politique est en tout, la politique n’est pas tout ».

b) Ce choix d’une conception large de la politique  peut nous amener à  une conception globale des  volontés. Complexité de ce point de départ discutable.

Concrètement  nous réfléchirons donc aux volontés de l’ensemble des acteurs, personnes dans de nombreuses situations très différentes  et multiples collectivités.

On pourrait et on devrait( ? ) bien sûr partir sur deux séries d’analyses, l’une relative aux volontés des  personnes, l’autre relative aux volontés des  collectivités, et aller par exemple, dans une série comme dans l’autre, des plus faibles aux plus puissantes ou le contraire, sans oublier de montrer les articulations entre ces deux séries d’acteurs. Cette façon de réfléchir est souvent utilisée par des journalistes, des sociologues, par des chercheurs de nombreuses disciplines … Elle est légitime et porteuse pour démonter des rapports de puissance, pour dénoncer des situations injustes. On ne peut très certainement pas( ?) ou  probablement  pas ( ?) analyser le manque de volonté d’une remise en cause d’une personne de la même façon que celui d’une conférence internationale  d’Etats, d’une firme multinationale ou  d’un groupe bancaire.

Deux questions  nous amènent pourtant à  proposer  une analyse différente.

Les personnes vivent en collectivités, petites, moyennes, grandes, gigantesques, et réciproquement ces collectivités sont composées de personnes. Dés lors ne faut-il pas se demander s’il y a des mécanismes communs qui forment les volontés ou qui y font obstacles, et s’il y a aussi des mécanismes spécifiques aux personnes et spécifiques à telle ou telle collectivité qui forment des volontés ou qui y font obstacles ?

D’autre part, et surtout, une seconde question a clairement  pour réponse les théories et les pratiques d’une partie de  la société civile. En effet beaucoup d’ONG, de façons variables, en appellent aux changements et des collectivités et des personnes. Cela s’exprime par exemple sous formes de pressions sur de puissants acteurs, et sous forme d’alternatives citoyennes. Ainsi  il ne faut   pas oublier que, par exemple, si ce sont les pays et les entreprises producteurs d’énergies fossiles qui  constituent l’essentiel des rapports de forces qu’il faut faire bouger et remettre en cause par rapport aux émissions de gaz à effet de serre, il n’en reste pas moins que les consommations des populations sont , elles aussi , bien présentes dans ces circuits, elles aussi doivent bouger et se remettre en cause, et d’abord les personnes  qui sont en situations de surconsommation.

Les choses risquent d’être  compliquées si l’on veut approcher un sens des ensembles sans confusionnisme et si l’on veut proposer une vision reflétant une partie de la complexité mais voulant rester opérationnelle.

 Dès lors quelle truelle choisir pour construire une réflexion qui ait une certaine cohérence ?

2- Quelles  analyses peuvent exister ? Pourquoi ne pas en proposer une qui se voudrait opérationnelle ?

a) Les analyses des volontés sont  très nombreuses.

Il n’est pas rare que l’on s’interroge sur les effets et les causes de l’absence ou de la présence de ces volontés   politiques.

On peut le faire à partir d’un grand  nombre de disciplines,à titre indicatif peuvent intervenir  la psychologie par exemple des personnes et des foules, la sociologie par exemple celle des organisations, les sciences de l’éducation par exemple des courants nouveaux de la pédagogie. D’autres disciplines également traitent de la volonté, ainsi  les sciences politiques par exemple à travers la loi conçue comme expression de la volonté générale ou par exemple à travers les mécanismes de la démocratie représentative et participative ou à travers  les idéologies politiques. Ainsi   les  sciences juridiques  par exemple dans les volontés qui concourent à l’élaboration  et à  l’effectivité du droit, les sciences économiques par exemple à travers les différentes conceptions économiques du rôle de l’Etat. Ainsi les relations internationales qui étudient les volontés des Etats et celles d’autres acteurs…

On peut  analyser  tel ou tel domaine, on affirme, par exemple, que plus une activité est au cœur du productivisme, plus ses remises en cause sont difficiles.

On analyse le champ d’application des volontés politiques, ainsi la démocratie, la justice (au sens de luttes pour les égalités), l’environnement et la paix.

On peut aussi raisonner sur les circuits des volontés des pouvoirs aux divers niveaux géographiques. Il y a probablement au moins quatre schémas.

Soit on pense et on agit  dans le sens de systèmes centralisés dans lesquels les volontés vont du « haut » (gouvernants, « élites ») vers « le bas »(gouvernés, peuple), la démocratie est peu présente ou bien elle est  absente (parti unique, ou pouvoir militaire).

Soit on se prononce et on agit dans le sens d’un va et vient entre les gouvernés et le peuple, à travers des influences réciproques, reste à savoir comment se déroulent ces rapports de forces et ce qu’ils produisent.

Soit on pense et on agit  à partir de « la base », on veut faire remonter des micro expériences, des actions à la base, on veut faire émerger des autogestions, une certaine démocratie participative existe  à des échelles variables.

Soit  on veut aller dans le sens de volontés qui, partant de la base, vont essayer de s’étendre, plutôt que de monter, c’est un schéma proche d’une démocratie participative à des échelles variables.

Sur le terrain les circuits peuvent être compliqués puisque certains  schémas, par exemple dans un pays donné, peuvent fonctionner ensemble avec des ampleurs   et des conflits variables.

On peut analyser aussi  les types d’acteurs, par exemple locaux, nationaux, continentaux,  internationaux. Ce sont les volontés de personnes, d’associations, de réseaux, d’entreprises, de collectivités territoriales, d’Etats, d’ONG, d’organisations internationales et régionales, de firmes multinationales, de complexes ( médiatiques ,  scientifiques, technologiques, militaires), de peuples, de générations présentes…

On peut également analyser des périodes historiques et se demander comment des volontés apparaissaient, disparaissaient à telle et telle époque, on peut aussi  comparer des périodes.

On peut avoir enfin  des analyses en termes de systèmes, on raisonne par exemple sur tel ou tel type de mondialisation (irresponsable et compétitive ou responsable et solidaire)  et  sur les forces qui vont dans un sens ou dans l’autre.  On se demande  si des volontés  contribuent  à créer et à renforcer des structures et des pratiques autoritaires, injustes, anti écologiques, violentes,   ou bien si elles contribuent à penser et à mettre en œuvre des moyens démocratiques, justes, écologiques, pacifiques.

b) Une analyse proposée

Toutes ces analyses ont leurs intérêts, celle qui suit peut leur être complémentaire ou bien avoir sa spécificité. Elle voudrait contribuer surtout à avoir un certain  caractère opérationnel ,   essayer d’être  globale,  critique et créatrice.

Il s’agit de  proposer une vision  des volontés, personnelles et collectives, en  prenant en compte leurs points communs  et leurs différences,  cela  de leur naissance jusqu’à leur mort ou… leur « résurrection »  éventuelle. Comment chez tel ou tel acteur politique naissent, vivent, meurent, renaissent des volontés politiques ?

A chaque  mécanisme rencontré par la volonté d’un acteur politique (au sens large) n’existe-t-il  pas  un contre- mécanisme  permettant de le surmonter ?

Nous entendons par « mécanismes » des logiques profondes liées au système  productiviste, cette expression n’a rien de fatal puisque des contre-mécanismes, des contre- logiques doivent et  peuvent voir le  jour.

Nous envisagerons ainsi d’abord les mécanismes qui produisent des volontés étouffées, mais aussi  des contre-mécanismes qui produisent des volontés naissantes(I).

Nous envisagerons  ensuite les mécanismes qui produisent des volontés dépassées mais aussi des contre-mécanismes qui produisent  des  volontés résistantes(II).

Nous envisagerons enfin des mécanismes qui produisent des volontés essoufflées mais aussi des contre-mécanismes qui produisent  des volontés à la recherche de nouveaux souffles(III).

Ière partie-  Face à des volontés  étouffées : des volontés naissantes.

« Eclore est une fracture, naitre est un effort. »(Shakespeare, dramaturge  anglais, 1564-1616).

"Là  où se trouve une volonté il existe un chemin."(Winston Churchill,homme  d'Etat britannique,1874-1965).

Comment se manifestent des volontés étouffées ?(A) Face à elles que sont des volontés naissantes ? (B)

A- Des volontés étouffées

Des volontés  ont été sont ou peuvent être étouffées par au moins sept séries de mécanismes.

1-Volontés étouffées par une éducation à la soumission, elle s’exerce alors à travers l’apprentissage d’une l’obéissance omni présente, d’une soumission très forte à de multiples hiérarchies, l’intégration très vive de la fatalité, la déresponsabilisation qui amène à dire « je n’ai fait qu’obéir aux chefs »(quitte à désobéir à sa conscience), le discours-vérité auquel on doit  se soumettre sans douter et sans poser de questions. Participent à  ces éducations, et  cela de diverses façons, certaines familles, une partie des institutions scolaires et universitaires, certaines formations, une partie des médias, certaines hiérarchies professionnelles qui peuvent être pesantes ou étouffantes …

2-Volontés étouffées par une éducation à la compétition qui met en avant, avec   obsession , le peloton de tête, l’excellence,  les gagnants, le droit du plus fort, le culte de la croissance. On étouffe des volontés qui pourraient aller dans le sens de la coopération, de la solidarité, on oriente des volontés vers l’obsession de la puissance, « être ou ne pas être puissants », si vous n’êtes pas puissant  (personne ou collectivité) vous êtes mort. On en arrive ainsi symboliquement à qualifier un Etat de « puissance », le mot n’est pas neutre. L’idéologie de la puissance a  vraiment colonisé une partie des esprits.

3-Volontés étouffées par l’administration des peurs

L’administration  des peurs  repose sur l’idéologie sécuritaire, le repli identitaire plus ou moins exacerbé, on élimine ou on gomme des différences, on organise la fabrication de l’image  des ennemis intérieurs et ou extérieurs à une unité donnée. A l'extrême c'est l'utilisation de moyens de terreur par une personne,par un  réseau,par un Etat, pour arriver à ses fins.

4- Volontés étouffées par l’appel au grand remède miracle. On   fait croire qu’il faut s’en remettre les yeux fermés à « La » solution qui va tout régler, ce remède miracle va sauver les êtres humains de tous les malheurs. Ainsi  l’homme providentiel, l’élimination de boucs émissaires, la grande technique miracle (qui, par exemple, va « mettre la Terre à l’ombre » et nous dispenser des politiques de réduction des gaz à effet de serre),le grand sommet miracle (oui , un sommet peut parfois faire avancer des éléments d’une situation mais c’est au mieux un pas important, il en reste  beaucoup d’autres.)

5-Volontés étouffées par la fuite en avant qui est synonyme d’absence de prise de conscience des caractères destructeurs du productivisme, de dictature de l’instant consacré au « toujours plus ». L’accélération du système international n’est pas sans conséquences sur les décisions qui, souvent, n’ont pas le temps d’être muries, ou bien sont repoussées à une autre date, voire dans un autre lieu, on s’estime alors débordés par l’ampleur du dossier ou par d’autres décisions plus urgentes.

6-Volontés étouffées par des oppressions, celles-ci sont politiques, économiques, sociales, culturelles.

7-Volontés étouffées par des pratiques de règlement violent des conflits. Il s’agit soit de la violence d’oppression par laquelle on dicte sa loi, soit de la violence de soumission par laquelle on exerce une violence contre soi-même par rapport à des valeurs qui  sont pour nous importantes mais que l’on enterre provisoirement ou définitivement.

B- Des volontés naissantes

Des volontés sont nées ou peuvent naitre, elles répondent aux logiques qui étouffent des volontés, là aussi  existent sept  séries de contre mécanismes.

1-Volontés naissantes à travers l’éducation à la résistance c’est-à-dire la formation à l’esprit critique, à l’autonomie, à la prise de conscience des responsabilités personnelles et collectives.

2-Volontés naissantes à travers l’éducation à la solidarité, cela à tous les niveaux géographiques et d’abord avec les plus faibles dans chaque société.

3-Volontés naissantes à travers le principe de non-discrimination, fondé sur la mise en œuvre des égalités et sur le respect des différences. Nous naissons  « égaux en dignité et en droits »(art.1 DUDH), il faut lutter pour  préserver et conquérir ces égalités, et nous sommes différents.En ce sens le "vivre ensemble",le "faire ensemble" est une des réponses pour apprivoiser les différences,dépasser les peurs qui peuvent nous être imposées.

4-Volontés naissantes à travers les apprentissages des responsabilités, apprentissages adaptés aux  âges, aux  lieux de vie, aux  situations.

5-Volontés naissantes à travers la prise de conscience des aspects destructeurs du productivisme, c’est-à-dire  de ses aspects autoritaires, injustes, anti-écologiques, violents.

6-Volontés naissantes à travers la gestation de libérations politiques, économiques, sociales, culturelles.

7-Volontés naissantes à travers l’apprentissage du règlement non-violent des conflits, cela  de la maternelle à l’université et dans d’autres lieux de vie. Ce  règlement  repose sur la résistance puisqu’on se montre assez fort pour être reconnu par les autres, il repose aussi sur la solidarité et la justice puisque l’on veut, ensemble, dans le respect des personnes, trouver des solutions justes.

IIème partie-     Face à des volontés dépassées : des volontés résistantes

« La volonté est ce pouvoir de surmonter qui est tout l’homme.» ( Emile  Chartier, dit Alain, philosophe, 1868 -1951)

Comment se manifestent des volontés dépassées ? (A) Face à elles que sont des volontés résistantes ?(B)

A-Des volontés dépassées

Les volontés ont été sont ou peuvent se trouver dépassées par au moins six séries de mécanismes.

1-Volontés dépassées par la complexité et la technicité du système productiviste.  La complexité est liée à un grand nombre d’acteurs, à des interdépendances entre les activités,  entre les niveaux géographiques, à une quantité impressionnante de données fournies par de nombreuses disciplines. Cette complexité est niée par le discours-vérité, par le discours sur le grand remède miracle, par le discours en vase clos. La technicité du réel est liée à la technique planétaire qui se répand, de façon inégale, à travers d’énormes complexes scientifico-technico- industriels, elle fait sentir son poids dans les processus de décision.

2-Volontés dépassées par un processus de décision compliqué par un grand nombre  de participants à la décision.Ainsi un nombre important de membres d’une famille, ainsi un nombre important de partenaires sociaux autour d’un dossier, ainsi un nombre important d’Etats dans une conférence internationale. Par exemple dans ce dernier cas  il n’est pas rare que l’on décide… que l’on décidera plus tard, on reporte alors plusieurs fois les décisions qui seront ensuite plus douloureuses à prendre si le problème, la menace ou le drame s’est aggravé.

3-Volontés dépassées par la rapidité du  système  mondial, liée par exemple à certaines technologies, à la banalisation de la vitesse, à l’omniprésence du court terme, aux interactions qui se développent très vite.

4-Volontés dépassées par la puissance des intérêts productivistes qui se manifestent  par de multiples concentrations de savoirs, de pouvoirs, d’avoirs.

5-Volontés dépassées par l’absence de moyens ou des moyens souvent dérisoires pour remettre en cause le productivisme, que se soit par rapport à la dégradation de l’environnement, aux injustices, aux violences, aux aspects autoritaires du système international. Moyens souvent dérisoires dans la mesure où ils s’attaquent aux effets des problèmes des drames et des menaces et beaucoup moins à leurs causes. Moyens souvent dérisoires, par exemple financièrement, dans la mesure où des besoins criants ont pour réponse un linceul de silence.

6-Volontés dépassées par l’arrivée de catastrophes qui peuvent briser, pour un temps plus ou moins long, des volontés, catastrophes dont on est loin de toujours tirer la pédagogie. Souvent soit on ne remonte pas aux causes, soit si on le fait on annonce des  chemins de bonnes intentions mais ils seront ensuite pavés de renoncements successifs.

B-Des volontés résistantes

Face aux logiques qui amènent des volontés à être dépassées, on retrouve des volontés résistantes qui peuvent répondre aux six logiques précédentes par six  séries de contre mécanismes.

1-Volontés résistantes à travers l’apprivoisement de la complexité, le contrôle des techniques,de façon plus globale les remises à leurs places de la techno science et du marché mondial.

2-Volontés résistantes prenant en compte un nombre important de participants à la décision. D’abord la démocratie en appelle à la reconnaissance et au respect de tous les participants. Ensuite  l’efficacité de la décision face à des problèmes, des drames et des menaces en appellent à des processus  porteurs de décisions. Il s’agit ici non seulement d’alliances entre les participants  pour avancer, mais de possibilités laissées à certains, dont les décisions sont mûres, d’avancer avec d’autres, en attendant que tous les participants fassent de même.Enfin les processus participatifs ont vocation à voir le jour ou à se développer dans les régimes politiques(référendum d'initiative citoyenne etc...),encore faut-il et faudra-t-il qu'ils respectent le socle des droits de l'homme.

3-Volontés résistantes à travers l’élaboration de politiques à long terme. On est débordé par les urgences parce que l’on n’a pas pris en compte le long terme .Il faut arriver à la fois à répondre aux urgences et à élaborer des politiques à long terme.

4-Volontés résistantes à travers les regroupements et les actions en communde divers acteurs. L’imagination politique relative aux types d’alliances et aux types de stratégies  ne devrait-elle pas se développer ?

Existe également une idée forte selon laquelle, pour construire ces visions stratégiques, il ne faut pas seulement s’interroger sur les forces des adversaires mais aussi sur ses propres faiblesses qui freinent ou empêchent ces regroupements,  ces visions alternatives et ces mises en  oeuvre parfois communes de moyens .

5-Volontés résistantes à travers la capacité de propositions relatives aux moyens de remettre en cause ici et là le productivisme.

6-Volontés résistantes à travers une pédagogie des catastrophes répondant non seulement aux urgences mais s’attaquant aux causes de ces catastrophes.

IIIème partie- Face à des volontés essoufflées : des  volontés à la recherche de nouveaux souffles

« C’est au moment où il n’y a plus d’espoir qu’il faut commencer à espérer. » ( Jacques Ellul, 1912-1994, historien du droit, sociologue, penseur de la société technicienne, théologien).

Des volontés peuvent s’essouffler. (A) Des volontés sont à la recherche de nouveaux souffles(B).

A-Des volontés essoufflées

On trouve ici au moins quatre  séries de mécanismes.

1-Volontés essoufflées par la force de récupération du système productiviste, il peut récupérer des expressions et surtout des pratiques qui se voulaient différentes ou qui étaient en rupture avec lui.

2-Volontés essoufflées par des échecs personnels et collectifspour changer l’ordre dominant  et se changer soi-même en tant qu’acteur (personnes ou collectivités) lorsque c’est nécessaire.

3-Volontés essoufflées par le sentiment du  statu quo  d’une petite avancée locale mais un statu quo global, ou bien d’une avancée globale qui ne se traduit pas localement.

4-Volontés essoufflées par une érosion, par un épuisement des motivations personnelles et/ou collectives  qui poussaient à agir.

B- Des volontés à  la recherche de nouveaux souffles

Face aux logiques précédentes on trouve ici au moins quatre séries de contre-mécanismes.

1-Volontés à la recherche de nouveaux souffles à travers des actes et des politiques agissant sur les  faiblesses  et sur les  contradictions du système productiviste.

2-Volontés à la recherche de nouveaux souffles qui consistent à essayer de tirer les leçons des échecs pour déterminer, si nécessaire, de nouvelles stratégies et de nouveaux moyens.

3-Volontés à la recherche de nouveaux souffles en ne surestimant pas mais aussi en sous estimant pas les avancées du « local » et celles du « global », sans oublier leurs interpellations réciproques qui peuvent apparaître tôt ou tard.

4-Volontés à la recherche de nouveaux souffles en cherchant en soi et avec les autres des motivations pour « rallumer la flamme » si elle a tendance à s’éteindre. En ce sens existent au moins (il y en a d’autres !) deux motivations qui peuvent être  porteuses : le fait d’être fraternisés par des périls communs, le fait de vouloir donner aux générations futures la chance de vivre et d’aimer.

Remarques terminales

Pour passer d’un système international productiviste autodestructeur à une communauté mondiale humainement viable, comment faire naitre, vivre, et revivre des déterminations personnelles et collectives ?

Qu’est-ce que cela  signifie et pour les acteurs(1) et pour le contenu des volontés(2) ? Ces volontés ne sont-elles pas accompagnées de risques(3) et de limites(4) ?

1/  Les acteurs des volontés :

a) Tous les acteursont des chemins (réformes, remises en cause) à parcourir. Ils  doivent tous mettre au monde des volontés naissantes, résistantes, à la recherche de nouveaux souffles.

Dans cette mise en œuvre des volontés Il y a des acteurs plus importants ou beaucoup   plus importants  que d’autres. Plus l’acteur est puissant et proche du productivisme, plus les réformes et les remises en cause sont nécessaires et difficiles. Il ne faut  cependant pas sous-estimer les réformes ou les remises en cause  des acteurs plus modestes, par exemple ils peuvent faire preuve d’une imagination très vive qui peut être  reprise par des acteurs plus puissants.

b) Les volontés communes peuvent donner plus de force : stratégies communes,  alliances, fronts communs,  mises en commun de moyens peuvent être porteurs d’autres possibles. Pour des  rencontres d’ONG , pour des conférences internationales d’Etats il y a là des avancées qui peuvent voir

le jour.

c) Les volontés sont souvent vécues  à l’intérieur de réalités qui s’accélèrent. Une impression de dépassement des acteurs par l’accélération du système peut se traduire par le sentiment d’une certaine impuissance qu’il faut essayer de surmonter.

Vient un moment où il faut commencer le chemin, ou tracer d’autres chemins, on connait cet autre proverbe : « même un chemin de mille pas commence par un pas. »

Vient un moment où il faut continuer le chemin, « la volonté suit la ligne de la plus grande résistance » disait William James (   psychologue   et philosophe américain, 1842-1910).

2/ Le  contenu des volontés

a) Les domaines des volontés personnelles et collectives sont gigantesques sur ces quatre terrains : démocratie, justice, environnement, paix.

b) Les portées et les organisations des volontés  se situent à tous niveaux géographiques, locaux, nationaux, continentaux, internationaux.

c) Les volontés doivent se traduire par la mise en œuvre de moyens démocratiques, justes, écologiques, pacifiques.

d) L’imagination personnelle et /ou collective est un des ressorts des volontés, elle peut permettre de trouver des leviers pour faire bouger des situations que l’on croyait bloquées.

3/ Les  risques  pouvant  accompagner des volontés

a) D’une façon générale risque et prudence se retrouvent souvent face à face, on bascule d’un côté ou de l’autre, il arrive aussi qu’ils cheminent  côte à côte, on veut être à la fois courageux et prudent.

b) Il n’empêche que, dans des moments personnels et/ou collectifs, il  peut arriver que se pose un  retournement plus ou moins important de la question du risque. Au lieu de se demander « qu’est-ce que je risque si je veux intervenir dans telle ou telle situation ? » on est amené à se demander « qu’est-ce que l’Autre (famille, amis, population proche ou lointaine…) risque (risques secondaires, importants ou vitaux)  si je ne veux pas être à ses côtés, à leurs côtés ? »

4/  Les  limites des volontés

Nous avons voulu identifier des obstacles à lever pour que des volontés naissent, résistent, trouvent de nouveaux souffles.

a) Mais, même lorsque des volontés sont en route, la réforme ou la remise en cause n’est pas  complètement sûre, pourquoi ?

Parce que cette analyse  se veut claire dans le choix du type de discours, il y a ceux et celles qui choisiront d’être sur le terrain d’un discours-vérité c’est-à-dire qui n’admet pas du tout le doute, ceux et celles qui choisiront le terrain de la prévision, c’est-à-dire un discours qui se fonde sur des données passées et présentes en les projetant en avant avec telle ou telle évolution, enfin ceux et celles, dont nous serons, qui choisiront une intervention fondée sur la prospective c’est-à-dire un mélange de hasards, de nécessités et de volontés, dans des proportions variables, discours qui admet donc une pluralité de possibles.

Nietzsche (philosophe et poète allemand, 1844-1900) écrivait : « Nous autres nains malins avec nos volontés et nos fins, nous sommes molestés, renversés et souvent piétinés à mort par ces géants imbéciles, les hasards. »(…) « Nous luttons pied à pied avec le géant hasard. »

Il y a donc une certaine pluralité de possibles : des pires, des entre-deux, des meilleurs.

b) Même avec nos volontés nous sommes loin de maitriser complètement un changement modeste,(nous le savons dans certains de nos vécus sous différentes formes), à plus forte raison le changement d’un système puissant. Mais ce système a ses faiblesses et, loin de maitriser lui aussi son avenir, le voilà devenu un géant aux pieds d’argile dans la mesure où ses logiques d’autodestruction sont en marche.

C’est une raison de plus pour unir nos faiblesses, « s’unir ou périr »disait Einstein (physicien, allemand, suisse, américain,1879-1955). Nous voilà peu à peu fraternisés par les périls communs, pour les surmonter ensemble.

5/ Les volontés intergénérationnelles.

a) C’est une force de penser et de rendre un hommage concret  aux volontés des générations qui nous ont précédés, lorsqu’elles ont lutté pour des sociétés démocratiques, justes, écologiques, pacifiques. Une des volontés ici est celle du respect, de la préservation et de mise en valeur du patrimoine culturel et naturel mondial qu’elles nous laissent.

b) C’est une force de penser et de rendre un hommage anticipé aux volontés des générations qui vont nous suivre lorsqu’elles lutteront pour une société humainement viable.(voir le billet sur les générations futures et surtout le site "générations futures" heureusement souligné par l'un d'entre vous.)

…Mais ce sont nos volontés que l’on attend, celles des générations présentes, vivantes.

Et ce sont nos volontés qui nous attendent.

TABLEAU RECAPITULATIF ET OPERATIONNEL

DES OBSTACLES ET DES DYNAMIQUES

  DES  VOLONTES POLITIQUES

ou  Vision globale  des logiques de mort et des logiques de vie des volontés politiques

Maladies et morts des volontés  Forces et résurrections des volontés

Mécanismes                              Contre-mécanismes

Volontés étouffées                       Volontés naissantes

1 /Educations  aux soumissions1/Educations à la résistance, à l’esprit critique, à l’autonomie

2/Educations à la compétition  2/Educations aux solidarités

3/Administrations  des peurs  3/Apprentissages du respect des différences

4/Appels  au remède miracle 4/ Apprentissages des responsabilités

5/Fuites en avant,dictature instant présent5/Habiter le temps, réponses aux urgences et politiques à long terme

6/Oppressions politiques, éco.soc.culturelles 6/Libérations politiques,économiques, sociales, culturelles

7/Règlements violent des conflits7/Règlements non-violent des conflits

Volontés dépassées                       Volontés résistantes

1/Complexité technicité du productivisme1/Apprivoiser complexité,remettre à sa place technoscience                                 2/Processus de décision  compliqués 2/ Prises en compte des acteurs  par des solutions imaginatives

3/ Rapidité du système international  3/ Elaborer des politiques à long terme, lenteur  à penser

4/Absences de moyens ou moyens dérisoires4/Capacité de proposition, moyens  conformes aux fins

5/Arrivées des catastrophes 5/ Pédagogie des catastrophes quant aux causes et aux effets

Volontés essoufflées                  Volontés à la recherche de nouveaux souffles

1/Force de récupération du système productiviste1/Agir sur les faiblesses et les contradictions du système

2/ Survenance des échecs personnels et collectifs 2/ Tirer des leçons des échecs personnels et collectifs

3/Sentiment de statu quo 3/ Tenir compte des avancées du « local » et du « global »

4/ Erosion et épuisement des motivations4/ Recherche de motivations à trouver ou à renouveler

«  IL FAUT COMMENCER PAR LE COMMENCEMENT

ET LE COMMENCEMENT DE  TOUT C’EST LE COURAGE »

Vladimir  Jankélévitch.

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Violences sexuelles : Damien Abad nommé ministre malgré un signalement adressé à LREM
L’ancien patron des députés LR, Damien Abad, a été nommé ministre des solidarités en dépit d'un signalement pour des faits présumés de viols adressé à LREM et LR par l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique. Deux femmes, dont Mediapart a recueilli les témoignages, l’accusent de viols, en 2010 et 2011. Il conteste les faits.
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Pap Ndiaye fait déjà face au cyclone raciste
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En Italie, la post-fasciste Giorgia Meloni cherche à faire oublier ses racines
Elle espère devenir l’an prochain la première femme à présider le Conseil en Italie. Héritière d’un parti post-fasciste, ancienne ministre de Berlusconi, Giorgia Meloni se démène pour bâtir un parti conservateur plus respectable, en courtisant l’électorat de Matteo Salvini. Une tentative périlleuse de « dédiabolisation ».
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L’écrivain péruvien de 86 ans, entré à l’Académie française en fin d’année dernière, vient de déclarer sa préférence pour Bolsonaro face à Lula. Cette nouvelle prise de position politique reflète un parcours intellectuel de plus en plus contesté, marqué par des soutiens à des figures d’extrême droite en Amérique mais aussi de la droite dure en Espagne. Une enquête du n° 20 de la « Revue du Crieur », disponible en librairie. 
par Ludovic Lamant

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Est-il encore temps, ou a-t-on déjà dépassé les limites ? C'est la question qui s'impose à la suite des lourds bilans dressés dans les précédents épisodes. Écoutons ce qu'a à nous dire sur le sujet le spécialiste en sciences et génie de l'environnement Aurélien Boutaud,
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Villages morts, villes vivantes
Nouvelle édition de « Printemps silencieux » (Wildproject). La biologiste américaine Rachel Carson avait raison bien avant tout le monde. Dans de nombreux villages de France, les oiseaux sont morts. Carson nous dessille les yeux au moment où une nouvelle équipe ministérielle veut accélérer la transition écologique. (Gilles Fumey)
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