Violences des injustices, des révoltes, des répressions : éléments d'analyses ( I ).

Violences des injustices, des révoltes, des répressions : éléments d'analyses ( I ).

Violences des injustices, des révoltes, des répressions : des analyses proposées (I)

 

Ayant eu la chance d’avoir  écrit ouvrages et articles  sur les violences,   pourquoi ne pas essayer de contribuer à  la compréhension de  logiques,  puissantes et autodestructrices, mais  aussi de contre-logiques se voulant  radicales et constructives ?

(Si l’on veut aller plus loin on peut se reporter sur ce blog aux cinq billets  intitulés « Clarifications, classifications, contenus, analyses des causes, luttes contre les causes des violences.)

Que le titre ne soit pas trompeur, çà n’est pas un mixte informe et inacceptable de ces trois séries de violences, c’est la volonté d’analyser leur enchainement en soulignant ce qui entraine des révoltes et des répressions c'est-à-dire des injustices (I), c’est aussi la volonté de montrer que la question vitale est celle des moyens, cette vérité saute aux yeux pourvu qu’on les ouvre, elle met en cause, pour les violences comme pour d’autres domaines , l’ensemble du système productiviste terricide et humanicide (II).

 

Violences des injustices, des révoltes, des répressions : des analyses proposées (I)

Nous proposons de poser cinq séries de questions :

1- Existe-t-il un  « enchainement »  des violences ?

2-Pourquoi dénonce-t-on souvent  les violences des révoltes et celles des répressions sans évoquer les violences des injustices qui les produisent ?

3-Que  proposer comme éléments d’analyses des violences premières, celles des  injustices?

4-Que  proposer comme éléments d’analyses  des violences secondes, celles des révoltes et des révolutions?

5- Que proposer comme éléments d’analyses des violences troisièmes, celles des répressions ?

6- Que signifie « la violence paie » ?   La violence paie-t-elle ?

7-Des révoltes et des révolutions peuvent-elles être non-violentes ?

 

 

1- Existe-t-il un  « enchainement »  des violences ?

 

 a) La plupart des violences sont interactives, violences liées à la justice, la démocratie, la paix, l’environnement, quatre domaines interdépendants qui au sens large couvrent pratiquement l’ensemble des activités humaines. Ainsi parmi beaucoup d’exemples celles des guerres et des destructions environnementales, celles des changements climatiques, des situations de  misère et des courses économiques et financières aux dominations, celles des inégalités et du maintien de régimes autoritaires, de maladies des démocraties…

- Les liens entre injustices, révoltes et répressions constituent un exemple criant.   Helder Camara parlait de «  Spirale de  violence » (éditions Desclée de Brouwer, 1970).

b) Les violences  premières ce sont les injustices, les violences secondes ce sont  les révoltes, les  violences troisièmes ce sont  les répressions.

- C’est un non-sens  de qualifier les secondes (les révoltes) ou les troisièmes (les répressions) de violences sans  dénoncer et lutter contre  les  premières (les injustices) qui en sont les causes principales.

- Pour casser cet enchainement il faut agir essentiellement sur les injustices. Pour éviter ces remises en cause est souvent organisée une sorte de fausse paix, à travers manipulations, mensonges et menaces, dans laquelle les contradictions  ne font que cheminer pour éclater, tôt ou tard,  avec plus de force, de désespoirs et être réprimées plus violemment.

 

 

2-Pourquoi dénonce-t-on souvent  les violences des révoltes et celles des répressions sans évoquer les violences des injustices qui les produisent ?

 

 a) Parce que l’on veut préserver des intérêts en tant que dominants, autrement dit on minimise ou on nie des injustices, on refuse de véritables remises en cause.

b) Parce que des peurs et des colères, voire des haines, peuvent apparaitre contre les violences de la révolte et/ou celles de la répression, elles vont souvent passer sous silence  les causes de ces situations.

c) Enfin parce que l’on n’arrive pas à prendre en compte une analyse globale, par exemple celle de l’enchainement de ces trois séries de violences ainsi que de d’une question vitale posée, celle des rapports entre les fins et les moyens. On peut être frappé par le nombre de prises de paroles, en particulier dans une partie des mondes médiatiques, mettant en avant un élément isolé, en général spectaculaire, sans le relier à d’autres. On passe sous silence des interactions, le raisonnement est bloqué en aval et ne remonte pas en amont, l’esprit ne peut intégrer des logiques profondes et reste concentré sur une partie des situations. Est privilégié un élément avant tout dans ses manifestations, on passe sous silence ses causes secondaires et profondes ainsi que des alternatives pouvant voir le jour.

 On peut considérer que construire  le sens des ensembles  est devenu à la fois  une exigence pour comprendre, un enjeu de pouvoir, une conquête pour résister et une chance pour changer ce que l’on considère comme  inacceptable. Reposant sur le refus d’un discours en vase clos, l’analyse globale voudrait  replacer dans leurs contextes des  connaissances, analyser  un certain nombre de points de vue, apprivoiser la complexité. « Penser c’est dialoguer avec l’incertitude et la complexité » (Edgar Morin). Ce sens des ensembles a entre autres un adversaire qui s’appelle l’accélération du système productiviste mondial (voir articles sur ce blog). En effet une analyse globale demande la prise en considération des courts, moyens et longs termes, or la dictature de l’instant a colonisé nombre de réactions aux évènements, le travail de la pensée devient de plus en plus  synonyme de résistance à cette primauté de  l’instantanéité. Précieux conseils : « Sois lent d’esprit » écrivait Michel de Montaigne, « Voir loin et clair » écrivait Théodore Monod.

 

3-Que proposer comme éléments d’analyses des violences premières, celles des  injustices?

 

Les causes des violences premières sont nombreuses ( voir sur ce blog article),deux semblent particulièrement dominantes, les unes sont connues, ce sont les injustices(a), les autres  beaucoup moins, ce sont les compétitions(b).

a) Les violences premières ce sont les injustices .

 Injustices de toutes sortes, financières, économiques, sociales, environnementales, culturelles… Elles peuvent exister à tous niveaux géographiques : locaux, régionaux, nationaux, continentaux, internationaux. Elles sont les produits de dominations, c’est-à-dire de  concentrations d’avoirs, de pouvoirs, de savoirs et d’éléments environnementaux. (On peut voir  sur ce blog nos  articles relatifs aux injustices.)

 Les richesses sont souvent sources d’injustices.

 D’abord elles sont  inégalement réparties, on dénonce ces situations souvent intolérables, on lutte donc pour différents partages.

Mais ces richesses à tous les niveaux géographiques, ne sont qu’un élément, deux autres existent, celui des destinations de certaines de ces richesses, celui des reconversions de certaines productions.

En effet sont  aussi en cause des destinations de richesses. Ainsi il s’agit par exemple de réorienter une part de la finance mondiale qui  va vers les énergies fossiles.

Et comment faire silence sur des productions et des recherches, formes de « richesses », que certains considèrent comme contraires à l’intérêt commun de l’humanité ? Ainsi par exemple des ONG en appellent aux  reconversions des complexes militaro-industriels .Nous avons toujours insisté de façon spécifique sur les reconversions des recherches scientifiques sur les armes de destruction massive…

( Les recherches scientifiques sur les armes de destruction massive : des lacunes du droit positif à une criminalisation par le droit prospectif, intervention au colloque international du RDST, mars 2011 à Paris, Article de J.M.Lavieille, J. Bétaille, S.Jolivet, D.Roets, in Droit, sciences et techniques quelles responsabilités ? Editions LexisNexis, 2011)

Les prédations du productivisme, aggravées par l’explosion démographique mondiale, sont des obstacles à une construction très difficile, celle des biens communs de  l’humanité. (Voir par exemple notre article dans « Les biens communs environnementaux : quel(s) statut(s) juridique(s) ? », sous la direction de Jessica Makowiak et Simon Jolivet , Presses universitaires de Limoges, 2017).

 

b )   Les violences premières ce sont aussi les compétitions.

« Malheur aux faibles et aux exclus.»  Le système productiviste est implacable, si l’on n’est pas dans les gagnants on va vivre difficilement, survivre ou mourir dans  les rangs innombrables des perdants.

-Les tenants du libéralisme croient plus ou moins à la sacralisation de la compétition, les tenants du socialisme croient plus ou moins à la gestion de la compétition, les tenants du nationalisme croient plus ou moins à la nationalisation de la compétition.

Les tenants d’une société humainement viable voudraient remettre plus ou moins en cause la compétition… Ils pensent que c’est vital, pourquoi ? Parce que, comme le disait souvent Albert Jacquard, «  la machine à gagner est une machine à exclure. »,  ses logiques sont terricides et humanicides.

Le Club de Lisbonne, animé par Riccardo Petrella, dans « Les limites à la compétitivité »(2005), dénonçait  cet « évangile », « la bonne nouvelle  n’existe que pour les gagnants, elle  n’est bonne que pour une infime portion de la population mondiale. Seuls une poignée d’individus, de groupes ou de pays auront effectivement et légitimement accès à la table. » ( voir « L’Evangile de la compétitivité », Le Monde diplomatique, septembre 1991, qui sous-titrait « malheur aux faibles et aux exclus.» )

André Gorz écrivait avec sa grande lucidité  « Chacun invoque la compétitivité de l’autre pour soumettre sa propre société aux exigences systématiques de la machine économique. »

Nous ajouterons qu’à long terme la compétition n’est même plus « une bonne nouvelle » pour les dominants puisque les perspectives d’apocalypses écologiques se profilent dans un avenir  qu’on peut qualifier d’horizons d’irresponsabilités.

 Les avertissements ne manquent pourtant pas : « Il ne possédait pas l’or mais l’or le possédait » ( Jean de La Fontaine), « Les spéculateurs rendent la terre chauve et nue » ( David Henry Thoreau).Sans oublier cette chanson de Jacques Brel, « Seul » :

 ( …) On est mille à s'asseoir
Au sommet de la fortune
Mais dans la peur de voir
Tout fondre sous la lune
On se retrouve seul (…)

(…)On est dix à coucher 
Dans le lit de la puissance 
Mais devant ces armées 
Qui s`enterrent en silence 
On se retrouve seul (…)

 

 c) Injustices et compétitions marchent côte à côte

 

On retrouve donc cette opposition fondamentale.

 Ceux et celles,  nombreux, soumis à une véritable « colonisation des esprits » qui pensent que la compétition est naturelle, qu’elle est saine, bonne, nécessaire ,  que de toutes façons , on ne peut y échapper.

Ceux et celles,  de plus en plus nombreux, qui pensent que la compétition est un produit de l’histoire, donc qu’elle  plus ou moins modifiable, dépassable. Finalement ceux et celles qui pensent qu’elle est historique, qu’il y a des compétitions liées aux périodes et aux sociétés, que le productivisme pousse à une compétition  omniprésente, affirment  que des solidarités, des coopérations, des biens communs, des « vivre ensemble », constitutifs des fraternités, peuvent  se développer ou voir le jour.

 La culture de compétition et d’agressivité ne doit-elle pas être remise en cause par une conscience pacifique, juste, écologique de la fraternité ? Ne sommes-nous pas comme l’écrivait Jean Rostand, « fraternisés par les  périls communs » qui s’appellent la débâcle écologique, les armes de destruction massive, les inégalités criantes, la techno science et les marchés financiers devenus omniscients, omnipotents, omniprésents ?


« Etre ou ne pas être compétitifs » nous dit le système mondial, si vous n’êtes pas compétitif (pays, région, ville, entreprise, laboratoire, université, personne) vous êtes dans les  perdants, vous êtes morts. 

« Etre ou ne pas être fraternels » nous dit la vie, c’est la compétition qui est mortifère, suicidaire. Bernard Clavel écrivait « Je ne vois pas comment la fraternité peut se développer sous des cieux où la justice est faussée par la soif de richesse, l’appétit de gloire ou l’ivresse du pouvoir (...) » (préface, Eclats de paix, direction. Alain Mingam, éditions  Beau livre, 2004).

 Riccardo Petrella écrit « La logique de la compétitivité  est élevée au rang d’impératif naturel de la société ».Autrement dit l’autre est perçu comme  concurrent, adversaire, ou ennemi, çà n’est pas un frère  et cela  qu’il soit vivant ou à venir. (sur les générations futures voir ce blog).

 -John Galbraith, économiste  américain, dans «Le nouvel Etat industriel » (1967), montre en particulier que beaucoup de guerres ont été et sont liées à la course aux contrôles des matières premières, ainsi bien sûr le pétrole, à la course aux armements (Voir mes deux ouvrages « Construire la paix »). Ces guerres sont « des formes extrêmes de la concurrence industrielle ». Cet auteur dénonce la production de guerre comme étant « un gaspillage nécessaire qui permet la justification des dépenses d’armements et la poursuite de la course au profit ».

Ce contrôle des matières premières  peut être une cause profonde de l’apparition d’un conflit à travers les processus suivants : voilà un pays riche en matières premières ou en une matière première considérée comme essentielle par le productivisme (pétrole, uranium, or, ou diamant…) vitales écologiquement (eau) ,ce pays a une population pauvre, des groupes sociaux essaient de contrôler ces matières premières pour devenir plus puissants, une partie de la population pauvre peut aussi réagir, interviennent également des pays extérieurs et des firmes multinationales qui ont pour objectif de garder ou de prendre le contrôle de ces matières premières.  La compétition peut être également un des ressorts du nationalisme lequel en appelle à la domination sur d’autres pays voire  à la haine d’autres peuples.

Injustices et dominations se tiennent embrassées dans l’autodestruction des êtres humains et de l’ensemble du vivant.

 

 d) Qui produit injustices et compétitions ?

Pour comprendre il faut distinguer « le cœur » et « l’armature » du système productiviste. Les deux ont de multiples liens, par exemple les paradis fiscaux et des Etats.

- Les  dominants essentiels, au « cœur » du système productiviste, ( sur ce blog nos articles sur le productivisme), se nomment  marchés financiers, firmes géantes, grands groupes médiatiques, complexes de la techno science (civils et militaires).

-Les dominants importants, dans « l’armature » du système productiviste, s’appellent le G8, surtout les Etats-Unis, les grands pays émergents surtout la Chine, quelques organisations internationales (FMI, BM, OMC) et quelques organisations régionales (UE…) avec une domination des hommes dans ce système productiviste.

Concrètement cela signifie par exemple pour les violences écologiques (voir sur ce blog cinq articles sur les causes de la débâcle écologique) qu’il faut certes  agir sur les « acteurs importants » mais qu’une remise en cause des apocalypses écologiques-certaines existent déjà, d’autres se préparent- ne pourra voir le jour qu’en agissant aussi sur les « acteurs essentiels ». Ainsi par exemple en mettant  au service d’une communauté mondialement viable de gigantesques masses financières tournées aujourd’hui vers l’autodestruction. (voir nos articles sur ce blog relatifs aux résistances, relatifs aussi aux moyens de protéger l’environnement) (Voir aussi « La finance peut-elle sauver la planète?.( oui si on la force) », Politis, n° 1546 ,28 mars au 3 avril2019).

 

4- Comment analyser les   violences secondes, celles des révoltes et des révolutions?

 

 Elles en appellent sous différentes formes aux remises en cause des injustices et des dominations.

 

 Les dominants ne partagent pratiquement jamais d’eux-mêmes, ils ne le font que  si des rapports de  force les y obligent. Le maintien des dominations est violent, les remises en cause de ces dominations peuvent être violentes ou non-violentes.

 De façon rarissime, très peu probable, des dominants importants et/ou essentiels  peuvent se remettre en cause eux-mêmes à travers  une prise de conscience de leurs intérêts vitaux, on peut l’imaginer par exemple pour certains éléments de l’environnement, mais autant ne pas attendre de telles avancées, ce sont des résistances et des alternatives qui  peuvent leur donner le jour.

Les révoltes (plus ou moins larges) et les révolutions (  c'est-à-dire les remises en cause d’une légitimité globale, par exemple celle du colonialisme, celle aujourd’hui du productivisme) sont poussées à être plus ou moins violentes  pour  renverser les rapports de forces contre  des dominants  qui créent, maintiennent ou aggravent les injustices.

 

5- Comment analyser les violences troisièmes celles des répressions ?

 

 -Les responsables premiers de ces violences sont les donneurs d’ordre, dominants essentiels ou importants, qui en appellent aux moyens répressifs pour maintenir l’ordre des dominants en faisant taire les revendications de justice, en étouffant plus ou moins  l’égalité, la  liberté , la fraternité.

-Cette dernière, la fraternité, est considérée comme dangereuse lorsqu’elle  pousse à la formation de fronts communs entre des révoltés, des insurgés.

 Les dominants sont plus ou moins aveugles sur le fait que c’est l’ensemble des générations présentes qui devraient être fraternisées par les périls communs. ( voir sur ce blog  « La fraternité intergénérationnelle ».)

-Si l’on observe un acteur important qui est l’Etat, plus précisément son régime politique, on peut affirmer que  dans les régimes autoritaires, fondés sur l’absence de concurrence pour conquérir ou garder le pouvoir, donc fondés soit sur le parti unique soit sur l’armée au pouvoir, les arrestations arbitraires, les enlèvements politiques, la prison, la torture, les exécutions des opposants, les ordres de tirer sur une foule… sont des pratiques  inhumaines nombreuses et dramatiques.

-Dans les régimes démocratiques, fondés sur une concurrence officielle entre des oligarchies qui se disputent le pouvoir, lorsque des tensions sociales se transforment en conflits et que les pouvoirs politiques et économiques  ne veulent pas se remettre en cause,  certains moyens répressifs employés peuvent se rapprocher de ceux des régimes autoritaires.

Cette absence de règlement de conflits porte peu à peu atteinte à la démocratie.

 On affirme que l’on veut maintenir la démocratie mais il arrive que l’on emploie des moyens  qui lui sont, en tout ou partie, contraires, ainsi certaines armes provoquant de graves blessures. Dans une démocratie l’appel à l’armée pour servir de rempart par exemple contre des grévistes, contre des manifestants est inacceptable par principe, cette pratique disproportionnée relève  du régime autoritaire, l’armée intervient contre une partie de la population au même titre que contre des terroristes ou des ennemis extérieurs.

- Enfin les critères liés aux libertés publiques sont  déterminants dans les régimes démocratiques, ainsi  des lois peuvent porter atteinte par exemple aux libertés de réunion, d’expression, de manifestation au nom de la sécurité. On glisse alors, en fait et en droit, vers le sécuritaire, des libertés sont peu à peu étouffées. « Le virage sécuritaire » de différents pays « consiste à restreindre des droits humains pour répondre à des menaces sans pour autant répondre à une meilleure protection des citoyens » (rapport 2016 de l’ONG Human Rights Watch)

 

6- Que signifie « la violence paie » ?  La violence paie-t-elle ?

 

 a) Cette affirmation renvoie le plus couramment au fait que l’on obtient un certain nombre de revendications en protestant par des révoltes violentes, par exemple à travers des manifestations qui s’accompagnent de slogans radicaux, d’atteintes aux biens voire même aux personnes.

 Un régime démocratique  peut alors « reculer » devant des revendications sociales et écologiques par exemple en organisant des négociations, avec des corps intermédiaires, négociations porteuses de véritables remises en cause d’objectifs  fixés par l’ordre dominant.

 Un régime autoritaire, fondé donc sur le parti unique ou l’armée, réagit le plus souvent en accentuant les répressions  face à ses remises en cause.

-L’expression « la violence paie » peut avoir une autre signification peu avouable. Le pouvoir politique et économique ne veut pas céder  et  maintient des dominations. Ces blocages  sont sources de profits, ainsi protéger des citadelles financières s’avère…payant pour elles.

 

b) Ceux et celles, dont nous sommes, qui pensent que la violence ne paie pas avancent généralement deux arguments.

 

-D’abord  l’argument de l’inefficacité : il est vrai qu’il peut arriver que les dominants cèdent, la violence contribue alors à « accoucher l’histoire ».

Mais il peut arriver, aussi et souvent, que leurs pouvoirs trouvent là une justification pour se renforcer, les violences des répressions peuvent alors être plus dures ou plus terribles qu’avant. C’est donc alors un argument stratégique.

-Ensuite, et c’est à nos yeux l’argument essentiel, les violences sont porteuses de souffrances physiques, psychologiques, matérielles, environnementales.

-Il faut donc mettre en avant une méthode différente à la fois efficace et humainement acceptable. C’est la non-violence, qui est tout sauf la passivité comme le pensent encore beaucoup. Comme l’écrivait  Jacques de Bollardière « ces méthodes mobilisent par delà le mépris, la violence et la haine. »  L’histoire de la non-violence est encore en partie méconnue, et pourtant voilà l’Inde qui s’est libérée de la colonisation anglaise, voilà les révoltes massives et non-violentes qui ont participé à l’effondrement des glacis totalitaires de l’Union soviétique et des pays de l’Est, voilà aujourd’hui en route une partie de la jeunesse du monde qui  met en pratique la non-violence pour  exiger des politiques radicales  contre le réchauffement climatique.

 

7-Des révoltes et des révolutions peuvent-elles être non-violentes ?

 

 a) Le choix des moyens non-violents

-Certaines révoltes et révolutions voient donc le jour  en tout ou partie à travers  les choix de la non-violence c’est à dire de résistances actives. Ces moyens reposent sur un cadre non-violent c'est-à-dire un respect de la dignité  humaine, une exigence de justice, une combativité positive (et non une agressivité)  face au conflit.

 -Cette méthode de règlement des conflits refuse la violence d’oppression dans laquelle on impose sa loi, elle refuse la violence de soumission dans laquelle on renonce à ce que l’on pense être essentiel.

 -On cherche ensemble, dans le respect des personnes et la confrontation, des solutions justes. Jacques Sémelin insiste sur « trois principes majeurs : l’affirmation de l’identité du sujet résistant (…), la non coopération collective(…), la médiatisation du conflit c’est à dire susciter la constitution de « tiers » qui appuient sa cause. » (Jacques Sémelin, « Du combat non-violent » dans l’ouvrage « Résister. Le prix du refus », sous la direction de Gérald Cahen, éditions Autrement, Série Morales n°15,1994)

 

b) Ces moyens, énumérés à titre indicatif, font partie des pratiques essentielles de l’action non-violente. Il s’agit, de façon non exhaustive, de la non-coopération, de la  désobéissance civile, de l’obstruction non-violente, de l’objection de conscience, de la grève de la faim, la grève, du sit in (s’asseoir sur la voie publique, en particulier des places), du boycott, du refus de l’impôt sur les armements, des pétitions… (Jean-Marie Muller, Stratégie de l’action non-violente, Seuil, 1981).

8-N’est-on pas conduit à proposer une définition des violences fondée sur les moyens ?

 

Parmi de nombreuses définitions l’une des plus claires, est celle proposée par François Stirn (Violence et pouvoir, Hatier, 1978). « La violence consiste dans un emploi de la force pour contraindre l’autre,  nier son autonomie, ou son intégrité physique, ou même parfois sa vie.(…)Elle peut donc être définie par l’emploi de moyens portant atteinte à la liberté ou à l’existence d’individus ou de groupes(…). »

A notre sens deux critères peuvent ainsi  permettre de déterminer une définition se voulant opérationnelle.

- D’abord cette définition devrait  reposer sur le critère de la globalité qui  permettrait d’englober l’ensemble des violences, violences économiques, financières, sociales, culturelles, écologiques…et cela à travers tous les acteurs, du local au mondial, d’englober aussi des violences individuelles et collectives.(voir sur ce blog nos articles sur les classifications et les contenus des violences.)

 -Ensuite ne devrait-elle pas mettre  en avant le critère des moyens ? « La fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la semence », pensée radicale et lumineuse de Gandhi. N’écoutez pas seulement ce qu’ils disent, regardez avant tout ce qu’ils font par rapport aux objectifs qu’ils proclament.

Les violences sont donc

 -exercées  contre  des personnes, des groupes, des  peuples, des générations (passées, présentes, futures), contre aussi la nature,

-par l’emploi de moyens qui portent atteinte à leur existence, sous diverses formes (physique, psychologique, matérielle, environnementale…)

 - ces moyens portent aussi atteinte à la justice, la démocratie, l’environnement, la paix. 

 

-Ces moyens, à tel ou tel niveau géographique, de façon partielle ou plus  globale, modérée ou  plus radicale, personnelle et/ou collective, contribuent à nous amener vers des situations inhumaines, c’est à dire vers des sociétés autoritaires, injustes, anti écologiques et violentes.

 

 -Au contraire d’autres moyens, à tel ou tel niveau géographique, de façon partielle ou plus globale, modérée ou  plus radicale, personnelle et/ou collective, contribuent à la construction de sociétés démocratiques, justes, écologiques, pacifiques.

 

 

 

 

 

 

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