Violences des injustices, révoltes et répressions : des moyens en questions ( I I )

Violences des injustices, des révoltes, des répressions : la question vitale des moyens ( I I )

Violences des injustices, des révoltes, des répressions : la question vitale des moyens ( II )

 

On peut bien sûr passer sous silence cette question vitale, c’est alors au pire un discours-vérité qui n’admet aucune remise en cause, au pire une fuite des responsabilités, ou …au pire encore…  une erreur d’analyse.

Nous envisagerons tour à tour :

1- Les questions soulevées par les rapports entre les moyens et les fins

2- Les confusions entre les fins  et les moyens

3-La remise à leur place des   moyens : la techno science et le marché mondial

4- Le respecter des fins : des êtres humains libres, debout et solidaires

5- La remise en cause  vitale  des moyens conformes aux fins que l’on proclame

 6- Une liste indicative de vingt  grandes séries de moyens (cinq dans chacun des quatre grands domaines)   contribuant à passer d’un système international productiviste autodestructeur (qui assassine la terre et l'humanité) à une communauté mondiale  viable pour la terre et l'humanité

7-Quelques commentaires relatifs aux  moyens de cette liste

 

Remarque terminale

 

 

1- Les questions soulevées par les rapports entre les moyens et les fins

 

On l’a compris : la non-violence est au cœur des rapports entre les moyens et les fins. Mais cette question est encore plus large, on peut parler de question vitale des moyens.

Ne  faut-il pas répondre ici à deux séries de questions ?

D’abord n’y a-t-il pas une confusion entre les fins et les moyens et, si c’est le cas, doit-on  y faire face et comment?

Ensuite la fin justifie-t-elle les moyens (Machiavel) ? Ou bien les  moyens doivent-ils  être conformes   aux  finalités poursuivies (Gandhi) ?

Nous ne nous éloignons pas du point de départ : quels moyens pour remettre en cause des injustices ? Quels moyens employés par des révoltes et des révolutions ? Quels moyens utilisés par  les répressions ?

On ne peut y voir plus clair dans ces enjeux qu’en faisant appel au  sens des ensembles.

 

2- Quelles confusions entre les fins  et les moyens ?

 

Le système productiviste (voir articles sur ce blog) contribue aux confusions entre les fins et les moyens.

a) Cela signifie que les fins, c’est-à-dire les acteurs humains, en personnes, en peuples, en humanité, ainsi que l’ensemble des êtres vivants, sont plus ou moins ramenées aux rangs de moyens, autrement dit  plus ou moins domestiqués comme consommateurs, expropriés comme producteurs, dépossédés comme citoyens,  « marchandisés » comme êtres vivants…au service du marché,  de la techno science.

b) Cela signifie aussi que les moyens, avant tout la techno-science et le marché mondial, ont tendance à se transformer en fins suprêmes.

 La science est source de découvertes, elle mobilise pour le meilleur mais aussi pour le pire et ses dérives ne sont pas sans risques et sans drames.

 Le marché est sources d’échanges, de besoins satisfaits mais aussi de désillusions, d’inégalités, de misères, de gaspillages.

La technologie et le marché qui, pensaient beaucoup de personnes, devaient être au service des êtres humains, ne sont-ils pas souvent considérés et devenus des fins en eux-mêmes ?

 

 3- La remise  à leur place des   moyens,

 

cela signifie une techno-science et un marché au service des êtres humains et non le contraire.

 

  a  ) La remise à sa place de  la techno-science 

 

- Comme on s’en remet au marché on s’en remet souvent aussi à la techno-science. Les recherches et les technologies aux différents niveaux géographiques, à travers des phénomènes de concentrations et de groupes dominants (firmes multinationales, laboratoires) ont tendance à s’auto reproduire parfois, voire souvent, indépendamment des véritables besoins des êtres humains.

-La techno-science ne tend-t-elle pas à échapper de plus en plus aux acteurs humains ? Après les phases de mécanisation, de motorisation, d’automatisation est venue celle de la cybernétisation c’est-à-dire de mécanismes de régulation des machines et des êtres vivants. La cybernétisation des technologies avancées n’amène-t-elle pas  à enlever des possibilités d’appréciation et de décision à ceux qui sont censés les contrôler ?

Dès lors une question vitale est la suivante : les acteurs humains doivent-ils, veulent-ils, peuvent-ils mettre en œuvre un véritable contrôle de la techno-science à tous les niveaux géographiques ?

-Nous citerons au moins six  séries de contrôles urgents, cruciaux, décisifs : la recherche scientifique militaire sur les armes de destruction massive, les graves problèmes drames et menaces posés par les déchets radioactifs et donc par l’énergie nucléaire, les pollutions  de l’air causées entre autres par des moyens de transports écologiquement non viables, la marchandisation de la faune et de la flore(voir articles sur ce blog) , l’exclusion du travail par la technique (une des grandes causes du chômage), et déjà  le déploiement  ici ou là, hors  encadrement juridique rigoureux ,de manipulations du  génome, des nanotechnologies et de certains projets de géo-ingénierie…Nous pourrions prolonger la liste.

La gravité des menaces, la complexité des défis, les souffrances causées par divers drames exigent une techno-science ramenée au rang de moyen au service des êtres humains.

-Il y a ainsi au moins deux grands axes pour mettre en œuvre un contrôle de la techno-science  ou ,  de façon plus radicale, pour la remettre à sa place.

Le premier axe se situe en termes de priorités c’est-à-dire que les efforts de recherches et de nouvelles technologies doivent être orientés en fonction des priorités liées à l’intérêt commun de l’humanité, les activités de la techno-science doivent s’inscrire dans des contrats à tous les niveaux géographiques, contrats mettant en avant ces priorités et décidés par des processus démocratiques.

 Le second axe se situe en termes d’interdictions : la sacro-sainte liberté de la recherche scientifique doit être remise en cause quand elle menace la dignité des personnes ou l’intérêt commun de l’humanité.

 

b) La remise à sa place du marché 

 

 -Face à l’économisme triomphant, à la recherche du profit, à la société du marché qui a tendance à occuper toute la place, un certain nombre d’auteurs, d’organisations non gouvernementales (ONG), de citoyen(ne)s, et d’autres acteurs proposent ou contribuent à mettre en œuvre ici ou là une « économie plurielle ».

-Face au libre-échange généralisé, face aux logiques de guerre économique et de compétition, il s’agit de remettre le marché à sa place et de créer ou de développer des logiques de coopération.

-Il y a ainsi au moins quatre grands axes pour mettre en œuvre ce contrôle du marché ou, de façon plus radicale, pour remettre le marché à sa place.

Il est nécessaire de subordonner le libre-échange à ce qui deviendrait la primauté de la protection de l’environnement et de la santé.

 Il est nécessaire que soient créés ou se développent des éléments de « l’économie plurielle » c’est à dire des formes d’économie solidaire et sociale, des entreprises coopératives, des services publics, des systèmes d’échanges locaux (à travers des associations dont les membres échangent des biens et des services, hors du marché),des pratiques de commerce équitable et des mécanismes de juste-échange, des pratiques d’économie collaborative en matière de transports(covoiturage)de logements(  colocation) de nourriture, d’éducation…

Le troisième axe consiste à « désarmer le pouvoir financier » en adoptant entre autres une taxe massive sur les transactions financières et en remettant en cause les paradis fiscaux, les trois contre-mécanismes à créer sont connus mais les rapports de force sont à renverser, c’est un combat gigantesque mais vital.

 Le quatrième axe est constitué par le fait que certaines productions du marché sont, par nature, plus ou moins nuisibles aux acteurs humains. Dans l’économie plurielle, les reconversions – par exemple des industries d’armements – contribuent à l’avènement d’un monde responsable et solidaire, reconversions socialement et écologiquement porteuses.

Remettre à leurs places les moyens et aussi respecter les fins.

 4- Le respect  des fins : des êtres humains libres, debout et solidaires 

a)  Il s’agit de consacrer,encore mieux et à tous les niveaux géographiques, les trois générations de droits humains : les droits civils et politiques (libertés), les droits économiques sociaux et culturels (égalités), le droit à l’environnement, le droit au développement et le droit à la paix (solidarités).

b )  Il s’agit de préparer la consécration d’une quatrième génération de droits, ceux des personnes par rapport à la techno science, par exemple l’interdiction de recherches sur les armes de destruction massive comme portant atteinte à la dignité humaine, par exemple les droits des personnes par rapport aux robots…Cette quatrième génération a commencé à voir le jour dans le domaine de la biologie, par exemple à travers la Déclaration( texte donc non contraignant) universelle sur le génome humain et les droits de l’homme(11-11-1997).

c) Il s’agit bien sûr, aussi  et surtout, de  mettre en œuvre ces générations de droits, de les faire  Résister c’est dire non à l’inacceptable, à toutes les formes d’atteintes à la dignité humaine. Les rôles des juges, des ONG, des réseaux, des citoyen(ne)s, certes différents, sont ici essentiels. Ainsi le droit à l’environnement est indirectement appliqué par de plus en plus de tribunaux  qui obligent des Etats à  respecter leurs engagements internationaux de mise en œuvre de  politiques contre les émissions de gaz à effet de serre.

 

5- La remise en cause vitale de moyens conformes aux finalités

 

-La fin justifie les moyens : depuis le fond des âges ces théories et ces pratiques sont omniprésentes.

 Par rapport au sujet traité cela signifie que peu importe les souffrances des dominés et des exploités pourvu que les profits soient là. Cela signifie que peu importe des moyens plus ou moins violents dans  les révoltes et les répressions pourvu qu’on arrive à ses fins.

-Or on peut penser que la légitimité d’une cause n’implique pas la légitimité de tous les moyens pour la faire triompher. S’il  était oh combien légitime de lutter contre le totalitarisme nazi, certains, dont nous sommes, penseront qu’il n’était pas légitime d’envoyer les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki (avec d’ailleurs pour objectif de montrer sa force face  à l’Union soviétique).

-On peut ainsi penser qu’aucun moyen n’est neutre par rapport aux objectifs proclamés. Gandhi, dans l’ouvrage posthume (  première parution en 1969, réunissant ses écrits  « Tous les hommes sont frères »( folio essais) affirme  de façon radicale et lumineuse  «  On entend dire « les moyens, après tout, ne sont que des moyens ». Moi je vous dirai plutôt : « tout, en définitive, est dans les moyens. La fin vaut ce que valent les moyens. Il n’existe aucune cloison entre les deux catégories » (…) Votre grande erreur est de croire qu’il n’y a aucun rapport entre la fin et les moyens (…) Les moyens sont comme le grain et la fin comme l’arbre. Le rapport est aussi inéluctable entre la fin et les moyens qu’entre l’arbre et la semence. Ceux qui, au contraire, s’abaissent à employer n’importe quel moyen pour arracher une victoire ou qui se permettent d’exploiter d’autres peuples ou d’autres personnes plus faibles, ceux-là non seulement se dégradent eux-mêmes, mais aussi toute l’humanité. Qui pourrait donc se réjouir de voir l’homme ainsi bafoué ? »

-Nous soulignerons quelques illustrations de pratiques massives illustrant l’utilisation de moyens contraires aux finalités proclamées.

  On affirme que l’on veut assurer la paix et on le fait en particulier par le développement des armements. Voilà un exemple de l’une des violences les plus gigantesques. Non seulement elle augmente l’insécurité en plongeant  de multiples acteurs dans une  compétition humanicide,  non seulement elle aggrave des tensions et des conflits armés, non seulement elle participe à la destruction  de la nature mais, et on ne le dénonce que de façon dérisoire, elle enlève des sommes énormes qui pourraient répondre à des besoins criants, ainsi le droit à l’eau  et à l’assainissement n’est toujours  pas assuré pour une partie de la population mondiale.

 On affirme que la protection de l’environnement doit être au service de l’efficacité économique, de la bonne marche des affaires. Voilà une autre violence gigantesque. Le marché  n’est pas  remis à sa place, il est devenu une fin  en lui-même et non pas ramené au rang de moyen, on ne réduit pas et on n’élimine pas, ou si peu, les modes de production et de consommation écologiquement non viables.

On affirme qu’il faut lutter contre des inégalités criantes sur la planète. Pour les réduire on soutient qu’il faut être dans le peloton de tête qui entrainera tout le monde. Finalement on retrouve cette foi dans la compétition, être ou ne pas être compétitifs nous dit le marché mondial. Etre ou ne pas être fraternisés par les périls communs nous dit la vie sur terre.

On affirme que l’on veut préserver la démocratie mais on n’opère que des régulations a minima  des marchés financiers. Du point de vue du système financier international  il y a l’avant et l’après  15 août 1971, jour où les Etats-Unis décident de mettre fin à la convertibilité du dollar en or. Ainsi le dollar a pu flotter, les spéculations sur les monnaies se sont multipliées, le système bancaire est devenu plus puissant, les marchés boursiers plus importants, les opérateurs internationaux ont des logiques spécifiques de fructification des patrimoines financiers, ils prennent peu à peu « la place du conducteur. »,les démocraties sont d’ailleurs trop lentes pour décider, les automates des marchés financiers agissent à la seconde.

 

Si l’on veut construire des sociétés démocratiques il faut penser et mettre en œuvre des moyens démocratiques,

Si l’on veut construire des sociétés justes il faut penser et mettre en œuvre  des moyens justes,

Si l’on veut construire des sociétés pacifiques il faut penser et mettre en œuvre des moyens pacifiques

Si l’on veut penser des moyens écologiques il faut penser et mettre en œuvre des moyens écologiques.

 D’où  la liste suivante…construite à partir de certains auteurs, de nombreuses luttes en particulier associatives et de nos propres réflexions.

 

 7- Liste indicative de vingt  grandes séries de moyens (cinq dans chacun des quatre grands domaines)   contribuant à passer d’un système international productiviste autodestructeur (qui assassine la terre et l'humanité) à une communauté mondiale  viable pour la terre et l'humanité

 

 a / D’un système international pour une large part autoritaire à une communauté mondiale démocratique :

-Désarmement du pouvoir financier (taxations des transactions financières, impôt mondial sur les capitaux, suppressions des paradis fiscaux, suppression des évasions fiscales, orientations contraignantes de la finance vers la protection de l’environnement…)

-Encadrement des firmes multinationales (respects de la santé, du social, de l’environnement, de la culture…)

-Démocratisation des institutions internationales (réformes du Conseil de sécurité et de certaines institutions spécialisées des Nations Unies…place légitime des pays du Sud, promotion des ONG…)

-Accès des femmes aux processus de décision (aux niveaux locaux, nationaux, continentaux, internationaux) et non-cumul généralisé des mandats des élu(e)s dans tous les Etats, création et développement des processus   de représentation(représentativité démocratique, modes d’élections plus démocratiques ) et des processus de participation (référendums encadrés par les droits de l’homme, conférences de citoyens...), lancements des premiers référendums mondiaux sur les générations futures …

-Créations d’organisations nouvelles (composées d’Etats, d’ONG, de collectivités territoriales …), rencontres institutionnalisées des organisations internationales, régionales et sous-régionales, développement de réseaux de solidarités, de coordinations, de fronts communs d’ONG... (par exemple celles allant dans le sens d’un ralentissement du système.), création d’une internationale de la lenteur fédérant les ONG et d’autres acteurs agissant en ce sens…

-…

 b/ D’un système international pour une large part injuste à une communauté mondiale juste :

 -Création d’un revenu universel d’existence (attribué à tout habitant de la Terre, revenu déconnecté  du travail auquel s’ajouteront des revenus d’activités)...

-Annulations, organisées équitablement, des  dettes publiques (celles des Etats, des collectivités territoriales, des organisations internationales…)

-Priorités données au juste échange et au commerce équitable (le libre échange leur sera subordonné), développement massif de l‘économie sociale et solidaire, de l’économie collaborative …

-Mise en place d’agricultures durables et autonomes (respect de l’environnement, statut international des matières agricoles, souveraineté alimentaire)

-Créations et redistributions de fonds internationaux (taxes liées au désarmement du pouvoir financier et liées aux activités polluantes, redistribuées vers des besoins criants en santé, en protection sociale, en éducation, en environnement, en emplois…)

- …

c/ D’un système international pour une large part anti écologique à une communauté mondiale écologique :

 -Remises en cause  d’activités polluantes (réductions et suppressions des modes de production, de consommation, de transport écologiquement non viables)

-Programmes massifs les plus rapides possibles d’accès à l’eau (effectivités du droit à l’eau potable et du droit à l’assainissement)

-Revitalisation des régions profondément dégradées (programmes massifs à tous les niveaux géographiques, créations massives d’emplois )

-Transitions énergétiques (développement massif des énergies renouvelables, économies massives d’énergie, sortie rapide du nucléaire), mise en oeuvre d'un ralentissement de l'explosion démographique mondiale

-Conclusions de nouvelles conventions mondiales (convention créant une Organisation mondiale de l’environnement, convention sur les droits des déplacés environnementaux, convention créant une Organisation mondiale et régionale d’assistance écologique, conventions de protection des sols, convention de protection des forêts, convention contre les pollutions telluriques …) et de nouveaux protocoles(en particulier de réductions massives et radicales des gaz à effet de serre)

Les actions environnementales qui précèdent , combinées au revenu universel d'existence, aux réductions du temps de travail et à de grands travaux communs pacifiques, sociaux  et écologiques , contribueraient à donner le jour à des créations massives d’emplois dans le bâtiment, les énergies renouvelables, l’agriculture, les transports, la revitalisation de régions dégradées, les travaux contre des effets de la montée des eaux, l'assistance aux catastrophes écologiques, l’éducation à l’environnement…

-...

d/ D’un système international pour une large part violent à une communauté mondiale pacifique :


-Interdiction des recherches scientifiques sur les armes de destruction massive (déclarées contraires à l’intérêt commun de l’humanité.)

-Mise en place d’une sécurité collective (fondée à titre principal sur des forces d’interposition envoyées à titre préventif et à titre exceptionnel sur des forces d’intervention internationalisées)

-Remises en cause des ventes d’armes (restrictions, taxations, interdictions, reconversions), créations de ministères du désarmement.

-Conclusions de nouveaux traités et protocoles de désarmement (armes de destruction massive en particulier nucléaires ) , application des traités qui existent déjà.

-Mise en place d’une éducation à la paix (de la maternelle à l’université et dans de multiples lieux, fondée entre autres sur les apprentissages de règlement non violent des conflits.)

-...

8-Quelques commentaires relatifs à ces moyens

 

a- Le système productiviste est condamnable et condamné.

 Ce système n’est-il pas condamnable du seul fait, par exemple, qu’il y ait en 2016  un enfant sur deux dans le monde en situation de détresse et/ou de danger(guerres, maladies, misère…) et du seul fait, par exemple, que les marchés financiers depuis 1971 ont pris une large partie de la place des conducteurs (Etats…) ?

Ce système n’est-il pas condamné du seul fait , par exemple, que plus de 5 milliards de dollars partent  chaque jour en 2017 vers les dépenses militaires mondiales(4,239 par jour), et du seul fait, par exemple, que des activités humaines entrainent un réchauffement climatique qui menace l’ensemble du vivant,+3°C à 6°C vers 2100 et autour de 1  à 2 mètres, voire plus , d’élévation du niveau des mers ?


b- Cette vingtaine de moyens est proposée à titre indicatif, on peut bien sûr prolonger la liste. Nous pensons que ces contre-mécanismes commenceraient à ralentir ce système  productiviste auto destructeur (voir sur ce blog quatre "billets" sur "Le productivisme") et à le remettre en cause pour donner naissance en quelques décennies (? Le temps est compté…) à une communauté mondiale humainement viable.


c- La liste proposée n’est pas celle du Discours Vérité, ce sont des convictions mais des erreurs sont possibles et tel ou tel moyen peut vous paraitre illégitime, dangereux, inefficace, irréalisable…Ne pas oublier qu’existent deux sortes d’utopies, celles de vœux pieux non réalisés, celles des utopies  concrètes qui prennent  les moyens de se réaliser.


d- Certains de ces moyens ont des débuts d’application cependant en général trop timides. Il est vrai qu’un chemin de mille pas commence par un pas, mais l’accélération du système productiviste implique la mise en œuvre de moyens nombreux et radicaux. Nous avons mis symboliquement en tête à chaque fois un moyen qui nous semble particulièrement radical par rapport au système productiviste et çà n’est pas un hasard si ces cinq moyens sont très critiqués par certains. Ainsi pour leurs pourfendeurs le revenu universel d’existence  est synonyme d’institutionnalisation de la paresse et d’impossibilité financière de le réaliser,  l’interdiction des recherches sur les armes de destruction massive est  synonyme d’atteintes à la liberté de la recherche scientifique, le désarmement financier est synonyme de faillite généralisée,  les remises en cause des modes de production et de consommation non viables sont synonymes d’actes suicidaires face à la compétitivité…


e- Il faut redire ici que les grands domaines (démocratie, justice, environnement, paix) sont interdépendants pour le pire et le meilleur. Ainsi des mécanismes produisant des injustices produisent des violences. Ainsi des contre-mécanismes porteurs de justice sont ensuite porteurs d’éléments pacifiques. Les interactions sont multiples dans chaque domaine et entre les domaines. Les problèmes de coordinations de tels moyens seront massifs mais moins gigantesques...que les séries de drames et de menaces liés au productivisme.


f- Penser et mettre en œuvre ces contre-mécanismes dépend surtout (même si le hasard peut éventuellement jouer aussi un rôle) des déterminations personnelles et collectives (voir sur ce blog « Les volontés politiques », voir aussi les quatre « billets » sur la démocratie, surtout le 3ème).

Ces moyens pour voir le jour doivent et devront surmonter des obstacles nombreux et puissants mais pensons, exemple gigantesque, au mur de Berlin qui a fini, au bout de 28 ans, par s’effondrer, « l’histoire est sortie de ses gonds ». Des ONG, des alternatives sont souvent porteuses d’espoirs.

-Si l'on pense que 
-le village, la ville, la région c'est notre terroir
-le pays c'est notre patrie,
-le continent c'est notre matrie,
-la terre c'est notre foyer d'humanité

… alors tous les acteurs, aux différents niveaux géographiques, à travers des responsabilités très variables, ont des remises en cause à entreprendre, des alternatives auxquelles participer.

Il est clair que plus l’acteur est puissant et se trouve au cœur du système productiviste  plus la remise en cause sera difficile.

J'aimais  rappeler aux étudiant(e)s cette citation de Montesquieu,  connue, claire et terrible dans sa fin, dans ses liens entre un continent et le genre humain :


"Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable à ma famille je le rejetterais de mon esprit.
Si je savais quelque d'utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie je chercherais à l'oublier.
Si je savais quelque chose d'utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l'Europe
ou bien qui fût utile à l'Europe et préjudiciable au genre humain je le regarderais comme un crime."

 

g- Enfin réaffirmons, encore et toujours, que les moyens proposés doivent être conformes aux fins que l’on met en avant :

pour des  fins démocratiques des moyens démocratiques.

 pour  des fins  justes des moyens justes,

pour des fins écologiques des moyens écologiques,

pour des fins pacifiques des moyens pacifiques…

 

Remarque terminale

Après avoir traversé une partie des analyses des mondes des violences  nous proposerons pour cette remarque terminale deux citations peu connues, deux citations mettant en avant le mot tendresse que certains d’entre nous affectionnent particulièrement. (voir sur ce blog « Le dernier mot est-il le bon ? ») :

 

-« La violence c’est le négatif de la tendresse. » (André Gorz).

 

 -et  une pensée d’Emile Zola ( article publié dans Le Figaro du 16 mai 1896, deux ans avant son autre article célèbre "J'accuse") :

 

 :   « ( …) Le rêve final sera de ramener tous les peuples  à l'universelle fraternité, de  les  sauver tous le plus possible de la commune douleur, de les noyer tous dans une commune tendresse. »

 

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