M. Castaner, restaurez l'ordre républicain : sanctionnez les forces de l'ordre

On était déjà écœuré par les discriminations, le racisme, les violences, les homicides dans les banlieues et dans les ZAD. Jusqu'à quel stade de sauvagerie à l'égard de vos propres concitoyens, M. Castaner, cautionnerez-vous les agissements des forces de l'ordre ? Il est temps de cesser un tel soutien indécent, illimité et irresponsable.

Partir de chez soi, repartir dans le coma. Partir en un seul morceau, revenir en plusieurs, sans main, sans pied, sans œil voire tout en même temps : voilà ce à quoi fait face chaque personne voulant descendre dans la rue. Alors même que les semaines passent et que les menaces à peine voilées aux personnes souhaitant aller manifester augmentent, l'Etat et le gouvernement s'assurent que, pour une fois, les paroles se transforment en actes.

En deux mois de gilets jaunes, il y a au moins eu cent manifestant·e·s gravement blessé·e·s par les forces de l'ordre. D'autres, plus tôt, ont aussi été blessés, agressés ou sont morts, dans les ZAD et dans les banlieues.

Combien, M. Castaner, ont eu à se faire fouiller pour aller manifester, à reculer face aux charges des CRS, à tousser sous le gaz lacrymogène, à aider des personnes blessées, crachant du sang ou étant au sol sans les moyens adéquats confisqués en arrivant à la manifestation ? Combien de personnes ont été mises en joue par des membres des forces de l'ordre ravis de pouvoir enfin se servir de gadgets sécuritaires contre leurs propres concitoyens, alors même qu'une très grande partie des forces mobilisées n'y est pas formée ? Le peu de couverture médiatique consacrée à la question des pratiques policières jusqu'à ces derniers jours depuis l'Acte I des "Gilets jaunes" n'a pas empêché l'éclosion de ce débat. 

Malgré tous ces agissements dangereux, illégaux et antidémocratiques (voir le rapport du Défenseur des droits), qui rejoindront certainement le Panthéon des pratiques policières à côté de l'utilisation d'hélicoptères pour faire évacuer des ZAD ou l'assignation de personnes à résidence pour les empêcher de participer à une manifestation, le gouvernement dont vous faites partie décide d'accroître son soutien – déjà "total" – aux policiers, gendarmes et autres membres des forces de l'ordre, chargées de faire taire toute constestation. Un tel durcissement politique autour de l'idée d'ordre n'est pas nouveau : vous vous inscrivez, M. Castaner, dans une belle tradition humaniste ayant pour figures tutélaires des personnes comme Charles Pasqua souhaitant "terroriser les terroristes", Nicolas Sarkozy promettant de "karchériser les banlieues" ou Manuel Valls voyant dans la déchéance de nationalité une belle façon de refaire nation après les attentats djihadistes et de "restaurer l'ordre républicain". 

Désireux de vouloir créer un nouveau monde après avoir longuement côtoyé l'ancien, vous taisez désormais les contestations à n'importe quel prix. Si prompts à dénoncer les démocraties illibérales qui éclosent partout dans le monde et aux frontières de notre pays, fiers de votre progressisme, vous ne vous rendez pas compte à quel point il y a des ressemblances troublantes avec ceux que le gouvernement français critique en-dehors de nos frontières : M. Salvini, M. Orban, M. Erdogan, M. Poutine. 

Votre nouvelle doctrine est coûteuse en vies humaines et en argent. Vous le savez mais ne vous en souciez guère. Après tout, mieux vaut ne rien céder et mettre des LBD et autres grenades de désencerclement dans la main de policiers plus formés à l'interpellation de délinquants et de terroristes, que de reconnaître que vous, votre faux parti et vos idées creuses, sont minoritaires dans tout le pays – et ce depuis le début de votre mandat.

Pourtant, la vérité point petit à petit sous l'idéologie sécuritaire que vous contribuez à perpétuer : ce soutien est indéfendable et votre programme est insoutenable. Plus vous témoignerez de votre solidarité avec les forces de l'ordre, plus vous serez piégés par ce soutien aveugle qui affaiblit l'Etat dont vous prétendez être un fervent défenseur. Cautionner tous les actes des forces de l'ordre pour ramener l'ordre républicain, M. Castaner, est contre-productif et le sera encore plus demain, car ce qu'il faudra leur offrir ne sera rien comparé à ce que vous leur avez concédé récemment, au mépris d'ailleurs des autres fonctionnaires dans tout le pays...

Jusqu'à quel stade de sauvagerie, M. Castaner, cautionnerez-vous les agissements des forces de l'ordre à l'égard de votre propre peuple ? Il est temps de cesser le soutien indécent, illimité et irresponsable que vous leur offrez. Il est temps de les désarmer. Et si vous n'arrêtez pas tout seul, toute la population s'engagera pour y parvenir en commençant, dans chaque manifestation, grâce à des bénévoles et au tissu associatif à constituer des groupes d'observation des pratiques policières, comme c'est déjà le cas à Toulouse

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.