Yamina Benguigui, un engagement au sein de l'Institut Robert Schuman

Un engagement nouveau pour Yamina Benguigui

- Vous avez récemment pris la tête de l'Institut Robert Schuman pour l'Europe. Pourquoi cette instance? 

 Robert Schuman a pensé l’Europe non comme un territoire mais comme une dimension philosophique :  “L'Europe, avant d'être une alliance militaire ou une entité économique, doit être une communauté culturelle dans le sens le plus élevé de ce terme.”

Sans dialogue des cultures, sans respect des identités plurielles, pas de communauté, pas de paix, pas de prospérité. Pour moi, l’Institut Robert Schuman est porteur de cette dimension qui lui permet d’avoir une véritable valeur ajoutée quand il participe aux discussions du Conseil de l’Europe.

 Dans le prolongement de cette vision éclairée, je souhaite que les réflexions et les travaux de l’Institut ne se réduisent pas aux 47 pays du Conseil mais qu’ils s’ouvrent plus aux relations de l’Europe avec tout le continent africain et qu’il intègre la question des droits des femmes comme une de ses priorités pour les prochaines années.

Les différentes crises migratoires ont montré qu’aucune solution ne pouvait être trouvée dans une réponse purement comptable, qu’il s’agisse des quotas et des répartitions dans les états membres de l’Union ou des capacités économiques et sociales des pays européens à accueillir des populations fuyant les guerres, les persécutions, la famine ou la misère. 

L’approche doit être globale et c’est justement la dimension culturelle qui peut permettre de penser autrement les relations que nous entretenons avec les pays d’origine des migrants, africains dans leur grande majorité.

Les aspects politiques, économiques, écologiques et diplomatiques sont fondamentaux dans ces échanges mais ils doivent être accompagnés par un dialogue des cultures, des histoires et des mémoires pour qu’un partage des valeurs deviennent possible.

Les droits des femmes sont pour moi au coeur des discussions et des débats que nous devons ouvrir avec ces pays. L’égalité entre les femmes et les hommes peut progresser en Afrique si l’éducation des filles devient un enjeu majeur dans les relations entre l’Afrique et l’Europe. Il ne s’agit pas de donner des leçons car l’égalité des droits et l’accès aux savoirs des femmes sont finalement assez récents sur le vieux continent mais de partager des expériences et des idées en donnant aux femmes européennes et africaines les moyens de se rencontrer, de se parler et de se comprendre. 

Je souhaite que l’Institut Robert Schuman s’engage sur ces sujets car je suis convaincue de la nécessité de s’écouter et de s’entendre pour se comprendre et avancer ensemble vers des objectifs communs.

Comme l’affirmait déjà Stendhal au XIXè siècle : «l'admission des femmes à l'égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation, et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain ». 

- La France vient de perdre l’une de ses figures les plus marquantes, une femme d’exception dont la vie et les combats sont intimement liés aux grandes pages de l’Histoire des décennies qu’elle a traversées.

 

Simone Veil incarne un idéal pour l’Institut Robert Schuman : fonder l’avenir en pensant le présent comme une transformation possible et positive du passé avec la liberté des individus, l’égalité des droits et la solidarité des peuples pour étendards. 

 

Ses combats pour l’Europe, pour les droits de la femme et pour la mémoire de la Shoah illustrent parfaitement comment les femmes peuvent changer le cours de l’histoire quand elles décident de se battre pour la reconnaissance de leur place dans la société.

 

Nous sommes donc en deuil mais nous sommes aussi fières et fiers de pouvoir poursuivre son oeuvre qui s’inscrit dans la vision que Robert Schuman avait de l’Europe et de son histoire.

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