Valérie Pineau-Valencienne parle du divorce façon "Bridget Jones"

Bonjour Valérie Pineau Valencienne,

Vous êtes connu déjà pour avoir un premier succès littéraire « Une cicatrice dans la tête ». On a repéré alors un style capable de faire passer justement un message profond permettant de comprendre ou d’approcher l’épilepsie. Aujourd’hui, vous revenez avec un nouvel ouvrage « Que reste t il de nos divorces ? », un livre écrit avec Corinne Bellier. Vous approchez le divorce avec l’extrême lucidité des « desperate housewife » avec la réalité des mots qu’aurait pu avoir un Audiard ou les acolytes de la « bande à Brassens ». Qu’est qui vous a poussé dans cette écriture ?

VPV. Depuis longtemps, je voulais écrire sur l’amitié féminine ; sur l’importance du regard féminin et sur sa solidarité par temps de tempête. C’est pour cela que nous avons écrit « Que reste-t-il de nos divorces ? » à deux : pour créer une dynamique amicale façon Tintin et Haddock ou Astérix et Obélix. VPV.jpgUn duo parfois tendre, parfois loufoque, dans lequel Corinne Bellier déploie son style et son humour noir tandis que je suis sur un registre plus ironique et plus doux. Comment ces grandes sœurs de Bridget Jones vont-elles réinventer leur vie ? Grâce à leur complicité, tout d’abord…

Ce livre n’est pas un lamento de deux esseulées, ni une version perfide ou hystérique de l’amitié entre femmes, mais plutôt une succession de ruptures de ton qui suggère la richesse des émotions de deux femmes qui ne se ressemblent pas et qui vont grandir en s’aidant.

YC. Vous abordez aussi les clichés concernant les mères célibataires et la passivité de la société vis-à-vis d’elles. Pourriez vous m’éclairer sur ce qui vous parait important à décrypter dans ce moment de vie qui fait qu’une femme doit tout reconstruire : enfant, éducation, modèle de famille à reconstruire, féminité à rétablir au bout de tout cela.

VPV. Le divorce (la fin d’un mariage sur deux) se banalise mais reste pourtant une douloureuse déchirure. Que l’on quitte ou qu’on soit quittée, il est difficile d’élever des enfants seule. Il est difficile de retrouver confiance en soi et même de réapprendre à faire l’amour. Après la séparation, on se sent perdue. Un dîner d’amie, dans ces cas-là, cela peut sembler peu de choses, mais c’est énorme pour une femme dans la solitude. J’ai effectivement divorcé et je suis restée célibataire pendant dix ans. Parfois, dans les fêtes d’école, je parlais toute seule au fond de préau. Alors les mères solitaires, c’est peu dire si je les repère au lycée de mes enfants : je vois celles qui ont trop de choses à porter. Et je les admire.

YC. On sent que vous avez apporté votre sensibilité dans ce livre et votre commère d’écriture semble animer le livre par un style très complémentaire par ses éclairages très grinçants, potaches ou ironiques sur la gente masculine et la société en général.

VPV. Je crois aux vertus fantastiques de l’autodérision : apprendre à rire de ses souffrances, d’un rire lucide et salvateur, permet de dépasser les blocages et d’aller vers l’avant.

YC. Finalement, votre ouvrage est une première dans le sens qu’il montre cette « fraternité ou sororité » féminine dont on parle tant. Aussi avec la multiplication des cas de séparation n’est il pas un remède à la déprime, un appel à l’entraide grâce à l’amitié féminine ? Rassurez-moi, dans la vie courante, les hommes sont ils les seuls à ne pas savoir qu’ils sont les cibles de ces railleries qui mettent l’humour masculin au banc de grincements pitoyables ?

VPV. Mais pourquoi trouve-t-on attendrissante la misogynie audiaresque et que toute forme de misandrie devient déplaisante ? Dans ce livre, les critiques (assez tendres) sur les hommes ne sont qu’une preuve de plus : celle qu’ils nous sont indispensables !

YC. Enfin, ces amis qui vous ont entourée, y en a-t-il que vous aimeriez remercier pleinement par leur écoute ou sensibilité.

VPV. J’ai un « gang de filles » qui m’a sauvé la vie durant les années de solitude : Rachida, Marie-Laure, Emilie, Karin, Nadia, Martine, Claire, Anne ou encore Corinne, ma fidèle co-auteur … Oui, je leur suis fidèle et je leur dois une bonne part de mon bonheur conjugal actuel : sans elles, je ne sais pas si je serais aussi calme. Ce qui est sublime dans l’amitié, c’est qu’on n’est pas dans le registre du désir mais dans celui du sentiment.

YC. Après ces deux réussites littéraires, avez-vous déjà en tête le prochain ? N’allez vous pas décrire plus ces amitiés qui vous touchent tant… je vois déjà des scénaristes qui seraient intéressés par un exercice de voltige humoristique particulièrement décapant.

VPV. J’adorerais écrire un scénario car j’aime particulièrement l’exercice du dialogue !

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YC: Merci à Valérie Pineau-Valencienne pour cet ITW

 

 

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