Soutenir le BTP, un besoin vital

On ne le dira jamais assez mais sur le front de l’emploi : quand le bâtiment va, tout va. Cet adage doit être inscrit dans les pensées de nos dirigeants dans ce moment important pour la vie économique, politique et sociale du pays.

Le Médiateur des entreprises a récemment publié un premier bilan des difficultés rencontrées par les professionnels durant la crise sanitaire, depuis le début du confinement plus exactement. Le BTP est le secteur le plus touché par les retards de paiements. Si le gouvernement multiplie les incitations à la commande publique, il y a fort à parier que ça ne suffira pas. Et si les aides aux entreprises existent, on se rend compte que même pour les grandes groupes elles n’empêchent pas des licenciements nombreux (Airbus entre autre) et qui vont très certainement ruisseler. 

Le BTP représente près de 10 % des saisines faites au Médiateur de l’entreprise. 98 % des saisines sont le fait de PME ou de TPE. En tant qu’indépendant dans le BTP, j’ai peur pour mon avenir professionnel et pour celui des gens avec qui je travaille. Si Edouard Philippe, remplacé depuis par Jean Castex au poste de Premier Ministre, a demandé en juin que les maîtres d'ouvrage de l'Etat  effectuent “ une prise en charge d'une partie des surcoûts directs liés à l'arrêt des chantiers et au respect des mesures sanitaires dans la reprise de leur exécution “ ça ne sera pas suffisant puisque l’immense majorité d’entre nous ne travaillent pas ou presque jamais sur des chantiers à destination du secteur public. 

Le BTP doit être vu comme un immense secteur d’emplois, 2 millions sur 30 millions d’actifs, aux réalités multiples. Les propositions du gouvernement sont à mille lieux de nos réalités et de ce fait incapables de répondre aux défis économiques et aux problèmes humains. La Fédération nationale des travaux publics a bien réagi en soulignant que les annonces du gouvernement ne seraient en rien utiles pour contrer “ l’effondrement rapide du secteur ”. 

Les récents seconds tours des élections municipales n’ont pas bouleversé l’équation politique des territoires. La majorité des villes se sont dotées d’un maire sortant et de droite. Le séisme politique vert présenté par les médias n’existe pas. Ce sont des majorités d’Union de la gauche dont le leadership socialiste est devenu écologiste mais on est très loin d’une majorité de Khmers verts. Cependant, malgré mon penchant pour la gauche, il faut garder un oeil sur ces mairies vertes qui déboulent aux affaires à la tête de villes dans lesquelles le bâtiment est un enjeu central tant pour la construction de nouveaux logements que pour des questions de rénovation. 

Si beaucoup de mes confrères craignent ces majorités vertes-roses-rouges, je suis persuadé qu’elles peuvent être un véritable tremplin économique pour les indépendants qui vont accepter de prendre le virage de la rénovation en général et de la rénovation thermique en particulier. Ces majorités peuvent jouer un rôle très important de moteur d’activité économique et d’emplois à l’échelle des territoires (communes et communautés de communes pour le moment), il faut juste que l’Etat nous aide à tenir assez longtemps pour que la situation se débloque.

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