Liban : Nasrallah réagit aux manifestations et explique son soutien au gouvernement

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 25 octobre 2019, au 9e jour des manifestations populaires au Liban (traduction intégrale).

Traduction : lecridespeuples.fr

mmaqal-6-750x375

Transcription :

Introduction

Je cherche refuge auprès de Dieu contre Satan le maudit.

Au Nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Louange à Dieu, Seigneur des Mondes, et que la Paix de Dieu soit sur notre Maître et Prophète, le Sceau des Prophètes, Abul Qasim Muhammad, sur sa famille bonne et pure, sur ses compagnons choisis et fidèles, et sur l’ensemble des Prophètes et des Messagers.

Que la paix de Dieu soit sur vous, ainsi que Sa Miséricorde et Ses bénédictions.

Aujourd’hui, notre pays traverse une situation sensible et aigue. Et cela exige de nous que nous parlions avec responsabilité, et également avec calme. La nature de mon propos maintenant, puisqu’il ne se dirige pas à un rassemblement ou à une célébration massive, ni à un lieu éloigné (il s’agit d’un simple discours retransmis à la télévision), fait que je n’aurai pas besoin d’élever la voix, et cela aidera à ce que le propos soit calme et aussi précis que possible, en cette étape très aigue.

Sommaire

Je commencerai par un très bref rappel de la position du Hezbollah exprimée (dans mon discours du) samedi (19 octobre, au 3e jour des manifestations), puis j’évaluerai la situation, parlant des points positifs de tout ce qui s’est passé jusqu’à présent (au niveau des manifestations), puis je m’arrêterai sur les points négatifs, et évoquerai enfin les issues et les résolutions possibles (à la crise actuelle). Enfin, je décrirai ce qui se passe plus précisément, en signalant quelques dangers encourus, et je conclurai par la position claire et directe que je souhaite exprimer en direction du peuple libanais et des masses de la Résistance en particulier.

Rappel des faits

Samedi (19 octobre), 2 ou 3 jours après le début du mouvement populaire – je vais désigner ce qui se passe par l’expression « mouvement populaire »  –, j’ai déclaré qu’il s’agissait d’un mouvement populaire spontané et sincère, que nous le respections, qu’il dépassait les frontières sectaires ou régionales, et exprimait les souffrances, les préoccupations et les difficultés du peuple ; j’ai dit que ce mouvement n’était soumis à aucun parti politique, ni à aucune ambassade étrangère. Je peux dire que je compte parmi ceux qui ont le plus clairement manifesté leur respect pour ce mouvement et pour tous ceux qui y ont participé, déclarant que nous (le Hezbollah) les respections et avions la plus grande considération pour eux, et plus encore, que nous les comprenions, et considérions que leur action était très importante et majeure, et que ses conséquences étaient excellentes.

De même, j’ai clairement expliqué que le Hezbollah ne pouvait pas participer à ce mouvement, car si le Hezbollah (le principal parti au Liban) y participe, notre couleur apparaîtra clairement sur toutes les places, et le mouvement prendra une autre direction. Il prendra une composante politique, sera accusé d’entrer dans le jeu des rivalités régionales, etc. L’intérêt du mouvement était de rester loin de nous, et loin de tous les partis politiques.

J’ai également déclaré que tous les manifestants pouvaient aisément descendre dans les rues, car ce ne sont pas des partis constitués, mais des mouvements populaires divers, qui peuvent rester dans la rue un jour, deux jours ou une semaine, et qui peuvent cesser de manifester quand bon leur semble, qu’ils aient réalisé leurs objectifs intégralement, (en partie ou pas du tout). Mais contrairement à eux, si le Hezbollah descend dans les rues, il lui sera impossible de la quitter avant d’avoir réalisé ses objectifs (car sa crédibilité sera engagée).

Il est dommage que je doive commencer par cette clarification, car je ne fais que répèter mes propos de samedi dernier en étant très clair dans les expressions que j’utilise, du fait de la déformation de mes propos par certains démons (médias). Certains se sont efforcés dès le jour de mon discours de dire que le Sayed (Nasrallah) et le Hezbollah menaçaient les manifestants, et les médias du Golfe et étrangers ont repris ces calomnies ; et des gens qui n’avaient pas même pris la peine d’écouter mon discours y ont cru. Alors même que mon propos était clair : j’ai dit que nous ne pouvions pas descendre (massivement) à vos côtés, car si nous le faisions, ce serait bien sûr pour les mêmes raisons que vous (et certainement pas contre vous ou pour vous déloger), pour les mêmes objectifs, face au pouvoir, et non face aux manifestants.

Et j’ai également fraternellement exprimé l’espoir que les manifestants, afin que leur mouvement réussisse, évitent les insultes, les injures et les actes de vandalisme contre les biens privés et publics, et ne s’en prennent pas aux forces de sécurité ou à l’armée. De même, nous avons exprimé l’espoir que l’armée et les forces de sécurité seraient bienveillantes et compatissantes envers les manifestants. Et le point le plus important est que j’ai exprimé l’espoir que les manifestants ne permettront pas aux partis politiques et à certaines forces politiques de surfer sur la vague du mouvement pour le détourner de ses objectifs, dans une direction contraire à vos souhaits, vos souffrances et vos revendications véritables.

Voilà ce que j’ai dit samedi 19, et il est inutile que je répète les autres points.

Je vais donc évoquer les différents points mentionnés.

Les aspects positifs du mouvement populaire

Premièrement, il faut évoquer les aspects positifs et louables de ce mouvement, pour être justes et honnêtes. En fin de compte, il faut que tout ce qui se passe dans le pays soit mis au service de l’intérêt du pays et du peuple libanais tout entiers.

Ce qui s’est passé jusqu’aux derniers jours, de manière générale, a eu des effets très positifs à plus d’un égard, surtout durant les premiers jours. Malheureusement, personne ne souligne et n’explique tous ces aspects positifs aux gens, pas même aux manifestants, pas même de la part de ceux qui prétendent diriger le mouvement.

Je tiens à mettre brièvement en lumière certains de ces points positifs, afin de se baser dessus (pour la suite), car ces points positifs doivent servir de base et ne doivent pas être perdus, il faut les préserver. Car ces points positifs ont été réalisés par les gens qui sont descendus dans les rues nuit et jour, ont mis leur travail et leur vie de côté, et ont enduré le soleil et la pluie. Et par conséquent, la responsabilité de tous est de préserver les points positifs réalisées par le mouvement jusqu’à présent, et qui sont dans l’intérêt de tous.

A – Le mouvement est parvenu à imposer au gouvernement libanais la conception et le vote d’un budget dans lequel il n’y a pas de (nouvelles) taxes  ou (nouveaux) impôts, et avec un déficit de 0.6%. C’est la première fois depuis des décennies. Au Liban, il n’y avait pas de budget sans (nouveaux) impôts ou taxes. Jamais. Ou très rarement, à ma connaissance. Et depuis de longues années, il y a un déficit (lourd) dans le budget. Et en toute vérité, je ne vous cache pas que les débats étaient houleux au sein du gouvernement, et le budget initial qui devait être voté comportait de (nouveaux) impôts et taxes. C’est donc la décision du gouvernement qui a été influencée (par le mouvement). Aujourd’hui, le mouvement populaire est parvenu à imposer au gouvernement un budget sans impôts et sans taxes (nouvelles). Ce n’est pas un mince accomplissement. Que personne ne le sous-estime. C’est quelque chose de très grand et de très important. Les forces politiques rêvaient toujours, lorsqu’on en arrivait aux débats sur le budget, de parvenir à un tel résultat. Et bien sûr, c’est quelque chose qui a des conséquences (positives) pour tous les Libanais, car les impôts, les taxes supplémentaires, même sur certains services secondaires, ou ce qui était proposé en fait d’augmentation du prix de l’essence, des carburants, etc., aurait frappé toutes les maisons et toutes les familles du Liban.

B – Sous la pression du mouvement populaire, une liste de réformes a été proposée par le chef du gouvernement il y a quelques jours. Cette feuille de route est également très importante, et sans précédent, (absolument) sans précédent. Elle satisfait des revendications très importantes. Il est vrai qu’elle reste en deçà des aspirations, des espérances et des attentes, mais c’est un premier pas très important. Malheureusement, ceux qui se tiennent derrière le mouvement, ou du moins ceux qui se considèrent comme les dirigeants du mouvement, et certains médias, et même certaines personnes qui se présentent comme des analystes objectifs, que je respecte, ont dénigré cette feuille de route d’une manière extrême et inconvenante. Et ce alors que je n’ai pas souvenir que dans toute l’histoire du Liban, un gouvernement libanais, en une seule session, sur un seul document, ait établi une telle quantité de décisions et d’orientations (en faveur des classes populaires), et comportant un délai clair pour leur implémentation. Un délai clair d’application a été fixé (ce ne sont pas de vagues promesses sans engagement). Pourquoi amenuiser l’importance de ce document et s’en moquer ? C’est pourtant un clair succès du mouvement. Certaines personnes qui se considèrent comme les porte-parole ou les dirigeants du mouvement populaire se moquent ouvertement des accomplissements de ce mouvement populaire ! Et soit dit en passant, c’est suspect. Que personne ne dénigre les accomplissements (réels et tangibles) de ce mouvement.

Dans le monde entier, on ne trouve pas de révolution populaire, de mouvement (massif et légitime) de manifestants ou de contestataires (qui obtiennent des résultats et qui les dénigrent) ; au contraire, on les met en valeur, on les souligne, afin de donner du moral et du courage aux gens pour qu’ils poursuivent leur mouvement, pour leur ouvrir un horizon d’espoir. Mais il n’est pas correct de se moquer ainsi des accomplissements des manifestants. Cette liste de réformes n’est pas une liste de (vaines) promesses. Ce qui dépend du seul gouvernement est une série de décisions avec un calendrier de mise en œuvre clair, et ce qui a besoin d’être voté au Parlement est une liste de lois qui comprend également un calendrier d’application. L’une des plus importantes lois proposées concerne la récupération de l’argent détourné, qui a un caractère prioritaire, et sur lequel le gouvernement travaille nuit et jour. Il s’agit de récupérer les fonds accaparés illégalement (par la corruption et le détournement de fonds). Toute une série de décisions a été prise, tout une série de lois a été préparée et doit être soumise au Parlement.

Je tiens à vous dire, en tant que porte-parole du Hezbollah, qu’aux côtés de toutes les forces sérieuses à cet égard, et à qui il appartient d’exprimer leur position – aujourd’hui, je ne vais parler pour personne d’autre que le Hezbollah –, cette feuille de route vise à être appliquée (sérieusement) ; ce ne sont pas de (vaines) promesses, ce n’est pas et ce ne sera jamais (seulement) de l’encre sur du papier, et nous et les autres forces sérieuses ne permettront pas que ces décisions soient enterrées ou oubliées, nous veillerons scrupuleusement à leur application. Je suis catégorique à cet égard. Et c’est valable indépendamment de la poursuite ou de l’arrêt des manifestations. C’est notre responsabilité (inconditionnelle), et j’y reviendrai quand j’évoquerai les points positifs réalisés jusqu’à présent par le mouvement populaire.

C – Parmi les autres résultats (positifs), le mouvement populaire a poussé les responsables au sein du gouvernement à commencer à mettre en œuvre leurs promesses, comme le montrent les nombreuses et intenses sessions qui se tiennent actuellement. Dans ces réunions, jusqu’à présent, le gouvernement a débattu du projet de loi de récupération de l’argent spolié, le projet de loi contre la fraude et l’évasion fiscale, la réalisation d’un projet de lois contre la corruption, et d’autres choses encore dont je parlerai dans quelques instants.

Le gouvernement, dans toutes ses composantes, est déterminé à déployer de grands efforts pour appliquer toutes ces décisions dans le temps qu’il s’est imparti.

D – Un autre point positif très important est le fait que tous les responsables au pouvoir – qu’il s’agisse de ceux qui sont en poste ou de ceux qui le seront à l’avenir – ont pleinement réalisé et pris conscience du fait qu’il n’y a plus d’impunité pour les gouvernants, et qu’il y aura des comptes à rendre. Auparavant, il y avait une atmosphère négative dans le pays, selon laquelle les personnes actuellement au pouvoir, ou celles qui y accéderaient, pouvaient faire ce que bon leur semble, prendre les décisions qui leur plaisent, et disposer à leur guise et sans aucun compte à rendre de leur pouvoir, des fonds publics, des taxes et impôts, et continuer à piller, à corrompre, à (se prélasser) dans l’incompétence et la négligence, sans aucun risque, sans que quiconque leur demande jamais des comptes.

Et durant les élections… Je précise que les dernières élections étaient parfaitement libres et régulières, comme les observateurs du monde entier ont pu le constater, et ont été tenues selon la loi électorale la meilleure et la plus équitable de toute l’histoire du Liban. Et ces élections ont mené au pouvoir les mêmes forces, les mêmes autorités, les mêmes responsables et les mêmes personnes concernées (car le système politique est assez verrouillé au Liban). Je ne tiens pas à les juger, mais je ne fais que décrire la réalité. Il y avait la conception (néfaste) que les élus et responsables pouvaient faire tout ce qu’ils veulent, mais ce mouvement populaire a relevé le niveau de conscience, en soulignant que le peuple libanais, à tout moment et en un instant, dans un mouvement au-delà des barrières sectaires et régionales, lorsque l’oppression et l’étranglement se resserrent, se dresse, crie haut (ses griefs et revendications) et élève la voix face à tous les responsables, leur demandant des comptes. C’est un point positif très important, qui aura des conséquences majeures. J’ai commencé à voir concrètement que cela a une influence très grande sur un grand nombre de responsables pour l’étape à venir.

 E – Le point positif suivant concerne le peuple libanais lui-même, qui a retrouvé confiance en lui-même, car les divisions présentes dans le pays, qu’elles soient sectaires, régionales, religieuses ou politiques, qu’elles touchent aux principes ou à l’horizon (espoirs des uns et les autres), avait amené les gens à désespérer de la possibilité d’un mouvement populaire massif ignorant les différences sectaires et régionales. Cette expérience a rendu au peuple libanais confiance en lui-même. Tout comme ce peuple est descendu dans les rues aujourd’hui, il pourra le faire dans un mois, dans deux mois ou dans un an (si nécessaire), car il est possible de se baser sur cette expérience pour l’avenir. Les gens ont retrouvé confiance et espoir en eux-mêmes.

F – De même, ce mouvement a donné l’opportunité à tous de s’exprimer et de dire ce qu’ils veulent. Laissons les insultes de côté, car il s’agit d’un point négatif de ce mouvement – et je précise que certains cas d’injures sont spontanés, mais bien d’autres sont délibérés ; j’ai des informations et des données précises sur des consignes données par certaines forces pour que les insultes les plus offensantes soient proférées contre untel, untel ou untel (les dirigeants des partis adverses, pour blesser leurs partisans et les inciter à la violence), insultez et injuriez à répétition leur dit-on. Mais il y a d’autres personnes qui le font sans plan concerté, spontanément.

Indépendamment de cet aspect négatif, le mouvement a donné à tous l’occasion de venir s’exprimer et de parler de leurs souffrances, de leurs difficultés, de leur propre manière, dans leur propre langage, selon leurs propres mots & concepts. Et c’est ce sur quoi il faut se baser pour les étapes à venir. Si quelqu’un veut compiler l’ensemble des objectifs & revendications de ce mouvement, ce qui est notre devoir à tous, il faut écouter les simples citoyens, les pauvres, les étudiants, les humbles, les chômeurs, ceux qui demandent des opportunités d’emploi, etc. Il faut compiler toutes leurs déclarations et les définir comme les objectifs du mouvement. Car fondamentalement, il s’agit de revendications sociales, ayant trait à la qualité de vie, aux souffrances et à la pauvreté du peuple, à la santé, à l’emploi, à la société, au ramassage des ordures, etc., tous ces sujets que nous entendons quotidiennement depuis plusieurs jours de la part des manifestants, de manière directe et dans toutes les régions, et ce de diverses manières. Ce sont ces objectifs qu’il faut poursuivre sincèrement et chercher à réaliser. Le point positif ici est que les gens se sont exprimés dans toutes les régions, sans aucune crainte, sans aucun obstacle et sans aucune retenue.

G – Un autre point positif sur lequel je vais conclure (mon énumération) – ce n’est pas le dernier, mais il faut que je garde du temps pour les autres aspects que je veux évoquer – est que le mouvement a créé une excellente atmosphère dans le pays, qui ouvre la porte à toutes les forces politiques sérieuses, qu’elles soient présentes au pouvoir actuellement ou aient vocation à y entrer à l’avenir, pour peu qu’elles soient sérieuses et sincères dans leur volonté de lutter contre la corruption et la dilapidation (des richesses), et en faveur de réformes et de remédiation à la situation économique et financière. Cette atmosphère les rendra plus sérieux encore, plus audacieux, plus capables, et les fera aller plus loin dans leur détermination et leurs efforts. Et bien sûr, le Hezbollah (qui avait fait de la lutte contre la corruption et du soulagement des classes les plus pauvres ses deux objectifs majeurs durant les élections) fait partie de ces forces sérieuses et engagées. Il est certain que durant toutes les étapes précédentes, nous agissions en tenant compte du fait que nos objectifs feraient face à plusieurs obstacles et difficultés (du fait du caractère profondément enraciné du clientélisme et de la corruption), et tout le monde est bien conscient de cela. Cette atmosphère ouvrira la porte à tous, tous ceux qui sont sincères et sérieux (dans leur volonté de lutter contre la corruption). Aujourd’hui, tous les dirigeants et responsables politiques disent qu’ils veulent combattre la corruption, faire cesser le gaspillage et la dilapidation des richesses, se mettre au service des plus pauvres, etc. Eh bien, l’occasion leur est donnée maintenant. Cette atmosphère va faciliter cela.

Et pour l’avenir, en plus de la feuille de route de réformes – je vais conclure sur tous les points positifs que je viens d’évoquer –, cette feuille de route économique ou liste de réformes proposées n’est qu’un premier pas sur une longue liste de mesures qui doivent être prises à leur suite. Des projets de lois sont actuellement proposés au Parlement, et selon mes informations, celui-ci va être très actif et mobilisé dans cette direction, afin de valider ces projets de lois. Nous-mêmes (Hezbollah) pousserons en direction de l’adoption de la loi pour récupérer l’argent pillé, de la loi contre la corruption, de la loi de transparence de toutes les dépenses publiques, à tous les niveaux, de la loi pour la levée des obstacles constitutionnels et juridiques consacrant l’immunité des responsables et élus, afin que la justice puisse les poursuivre sans délai ni entrave, nous ferons pression pour que la justice soit plus libre et plus régulière, neutre et sans esprit de parti ou de vengeance, et ait les mains libres pour ouvrir tous les dossiers de corruption, absolument tous. Et tout homme politique ou homme religieux, dirigeant politique ou religieux qui fera pression pour couvrir untel ou untel, nous voulons qu’il soit divulgué à l’opinion et rende des comptes lui aussi. Nous sommes capables, les Libanais, de parvenir à un tel stade où la justice fera tout son travail spontanément et sans entrave ou autocensure.

De même, il faut davantage de débats, de coopération et de dialogue afin de faire avancer la locomotive économique de notre pays, et nous avons des pistes sérieuses que j’ai déjà indiquées (exploitation des ressources en hydrocarbures, malgré l’opposition américano-israélienne), et que nous pourrons peut-être enfin mettre en œuvre du fait des développements actuels dans la région (et internes). Et il y a des pistes présentes dans la feuille de route des réformes, et qui peuvent en toute certitude donner une impulsion positive à la situation économique.

La main tendue du Président de la République

Je veux conclure cette partie de mon discours avec un autre point positif, à savoir qu’hier, Son Excellence le Président de la République a ouvert la porte au mouvement populaire, en l’invitant à envoyer une délégation s’entretenir avec lui. J’ai pu voir les mensonges en direct de certains médias, qui ont déformé la réalité. Le Président n’a pas dit qu’il n’avait pas entendu les revendications du peuple et souhaitait les entendre. Le Président a dit qu’il souhaitait entendre (directement) les revendications, les aspirations et réserves du mouvement, et leur faire part de celles du gouvernement, pour qu’un dialogue et un débat aient lieu entre les deux parties. Mais les médias ont fait un montage mensonger de ses propos, comme d’habitude.

Non, aujourd’hui, le Président a ouvert la porte, invitant les manifestants au dialogue et aux négociations – je reviendrai sur ce point dans un instant –, et il a ouvert la porte des négociations et du dialogue sur plusieurs dossiers. Il n’a pas dit qu’il était prêt à discuter et négocier sur un seul point, rejetant tout dialogue sur d’autres points, au contraire, il était ouvert à la discussion et au débat sur tous les points. Aujourd’hui, il est au sommet du pouvoir, il est le garant de la Constitution, il est le premier responsable du pays, mais si les gens ne veulent pas aller s’assoir avec lui et discuter, dialoguer, que faire ? Quel est l’horizon des manifestants s’ils refusent même cela ? J’y reviendrai également dans un instant.

Le danger du vide institutionnel

J’en viens maintenant au deuxième point de mon discours. Lorsque nous parlons de la situation actuelle, naturellement, nous devons tous rechercher une issue. Je vais être clair, et dans une perspective de conseil bienveillant et de responsabilité, je tiens à dire que toute solution, ô peuple libanais, ô forces politiques, ô toutes les personnes & instances concernées, toute solution doit se produire sans passer par un vide, que ce soit un vide au niveau des institutions de l’Etat ou un vide du pouvoir. Pourquoi ? Parce que ce serait très dangereux. Si le vide advient, comme certains le souhaitent et y appellent de leurs vœux, souhaitant mener le pays au vide politique, et j’y reviendrai également, le vide mènerait, à l’aune de la situation économique, financière et sociale du pays très difficile et en crise, et des difficultés quotidiennes que le peuple lui-même a exprimées – peu nous importent les richissimes qui possèdent des millions et des centaines de millions de dollars, et tous les dirigeants politiques qui surfent sur la vague du mouvement, qui n’ont aucune idée de ce que signifient la faim, la souffrance, l’impossibilité d’emmener son enfant à l’hôpital, toutes ces souffrances évoquées par le peuple et que ces personnes sont incapables de comprendre (bien qu’elles prétendent prendre la tête du mouvement). A l’aune de la situation économique, financière et sociale du pays très difficile et en crise, à l’aune des crises politiques au sein du pays et dans la région, à l’aune d’une possible attaque régionale et internationale (contre le Liban pour affaiblir la Résistance), le vide (politique) mènerait au chaos. Le vide mènerait à l’effondrement. Après un certain temps, si le pays reste dans cette situation (de vide politique et institutionnel), les salaires seront-ils encore versés ? Même l’armée, qui est aujourd’hui considérée comme le garant et protecteur fondamental de la sécurité et de l’unité du pays, et de la paix civile, verra le moment où elle ne pourra plus verser les salaires. Viendra un moment où ceux qui n’ont pas d’argent ne pourront pas manger, si on pousse le pays vers le vide politique et institutionnel – il n’est pas encore dit que c’est ce vers quoi se dirigent les manifestants, mais le risque est réel.

Il est possible qu’avec le vide institutionnel & politique, le chaos et les crises, et le fait que chacun soit amené à chercher par lui-même comment subvenir à ses besoins si l’Etat s’effondrait – et il y a des signaux de début d’effondrement que je vais évoquer –, cela mènera peut-être le pays à un chaos total, à une insécurité, et à Dieu ne plaise, il se peut que certaines puissances préparent au Liban une guerre civile, comme ce qu’ils ont fait dans un certain nombre de pays de la région et de notre voisinage (en fomentant ou infiltrant des mouvements plus ou moins spontanés en Syrie, Irak, Libye, etc.).

C’est pour cela que je veux être clair et appeler à la vigilance : pour toute résolution de la crise, nous sommes ouverts à tout débat, et au débat avec le Président de la République, mais pas sur une base qui mènerait le pays au vide, quel que soit le type de vide. Le vide serait fatal.

Samedi (19 octobre), lorsque j’ai annoncé notre position, et que j’ai dit que les revendications de certains de faire tomber le gouvernement, de révoquer le pacte (national de 1943), d’aller vers des élections législatives anticipées – c’est-à-dire faire tomber le Parlement –, et d’autres personnes qui ont également dit que les Présidents (de la République, du Parlement et du Conseil des Ministres), les ministres, les députés et tout le monde devait démissionner, que signifierait tout cela ? Cela signifierait se diriger vers un vide (politique et institutionnel complet). J’ai dit que nous n’étions pas d’accord avec cela. Nous n’acceptons pas la révocation du pacte, et nous ne soutenons pas la démission du gouvernement, et nous n’acceptons pas actuellement, dans ces conditions et circonstances, que des élections anticipées se tiennent, car c’est quelque chose qui serait contre-productif et trop long à mettre en œuvre.

En toute simplicité, si quelqu’un ne voulait pas être franc et véridique (avec les manifestants), et jouer à la politique (politicienne), il vous dirait : « Très bien, on est d’accord pour tenir des élections législatives anticipées, donc vous n’avez qu’à élire des représentants du mouvement populaire, élaborer une loi électorale et nous la faire parvenir, et nous l’appliquerons quelle qu’elle soit. » Les manifestants seront-ils capables de se mettre d’accord sur une loi électorale ? Alors que le Liban est tel qu’il est, et que nous connaissons bien toutes ses querelles inconciliables. Certains veulent que le Liban soit considéré comme une seule circonscription électorale, d’autres y sont opposés ; certains veulent la proportionnelle, d’autres la majorité ; certains veulent la disparition de la composante sectaire, d’autres y sont viscéralement attachés ; d’autres encore veulent la loi orthodoxe, etc. Il ne faut pas qu’on se moque du monde et qu’on perde notre temps.

Lorsque j’ai déclaré cela, bien sûr, certains ont dit que le Hezbollah protégeait le pouvoir, qu’il protégeait les corrompus et les incompétents, mais en aucun cas. Nous ne faisons que protéger le pays. Nous protégeons le pays du vide (politique et institutionnel) qui mènerait au chaos et à l’effondrement. Nous envisageons (ce qui pourrait advenir) encore plus loin que le long terme. Notre religion, notre éthique et notre sens de la responsabilité nous imposent de protéger notre pays, notre peuple et nos familles, car ce sont les nôtres. Nous les protégeons par la Résistance, et nous en payons l’impôt – l’impôt du sang, des martyrs, parmi nos enfants, nos frères, nos très-chers, des hommes, des femmes et des enfants tués dans les massacres (israéliens). Nous en payons l’impôt par nos richesses, nos maisons détruites sur nos têtes, tout ça pour libérer le territoire de la totalité du Liban, non pas seulement le territoire où vivent nos masses et ceux qui nous soutiennent.

De même, en politique, en ce qui concerne les questions intérieures, nous sommes responsables de la défense et de la protection du pays. Si nous devons en payer l’impôt en subissant des accusations, des insultes, des injures, des calomnies, qu’on nous dise que nous protégeons les corrompus et les incapables, que nous sommes contre les revendications légitimes du peuple – ce qui est absolument faux, car ce sont nos propres revendications –, nous sommes prêt à payer cet impôt, qui est beaucoup moins sévère que celui du sang. Nous sommes prêts à verser notre sang (pour la défense du Liban), et à laisser notre amour-propre et notre dignité se faire attaquer (par des calomnies). Pour protéger notre pays, notre peuple et nos familles, nous sommes prêts à verser à la fois notre sang, notre amour-propre et notre dignité. Car nous protégeons de Liban de choses que certains d’entre nous ont vécues (la guerre civile, l’invasion, etc.), et que d’autres n’ont pas vécues (les nouvelles générations). Par conséquent, le point essentiel est que toute solution de la crise ne doit pas passer par le vide (politique et institutionnel).

De même, à cet égard, certains pourront nous dire, et cela a été le cas, même de la part de certains journalistes sérieux que nous respectons, que le Hezbollah n’a pas le droit de dire qu’il veut empêcher le vide politique et institutionnel alors que lui-même a paralysé le pays deux ans et demi jusqu’à ce que le Président Michel Aoun soit élu Président de la République.  Mais cette analogie est fausse et injuste. Nous n’avons pas mené le pays au vide (politique et institutionnel). Pendant ces deux années et demi, il y avait un gouvernement qui travaillait, et qui remplissait les tâches dévolues au Président, il y avait un Parlement qui travaillait, toutes les routes étaient ouvertes, les usines fonctionnaient, de même que les universités, les écoles, les hôpitaux, personne ne descendait dans les rues, les agriculteurs et paysans n’étaient pas empêchés de travailler, pas plus que les ouvriers, les commerçants, les voyageurs, absolument rien dans le pays n’a été paralysé. Il ne manquait qu’une chose, c’est qu’au palais (présidentiel) de Baabda, il était censé y avoir un Président qui accueillait et faisait appliquer les réformes, conformément à la Constitution, et cela était absent, le gouvernement endossant lui-même ce rôle par défaut. Il n’est pas vrai de dire que nous avons paralysé le pays ou que nous l’avons mené au vide durant deux ans et demi. Oui, il est vrai que nous avons retardé les élections présidentielles, mais ça n’a rien à voir avec une paralysie réelle du pays, et c’est une analogie absolument fausse.

Sur la base de tout ce que je viens de dire, je continue mon propos et je déclare qu’hier, Son Excellence le Président de la République a ouvert la porte au dialogue, invitant les manifestants à désigner des représentants clairs, à choisir une délégation qui les représenterait. Et même si vous ne parvenez pas à choisir une direction unique, comme cela se voit partout dans le monde, que chaque place désigne ses propres porte-parole, partout où les manifestants sont réunis, que chaque endroit désigne des représentants qui se réuniront et se mettront d’accord sur vos revendications – celles qui sont conformes aux demandes du peuple, et non avec les desideratas illusoires des forces politiques qui surfent sur la vague de contestations –, et allez auprès du Président de la République pour discuter  et négocier (à la manière des Etats Généraux en France en 1789). Et cela n’implique nullement que vous quittiez les lieux de rassemblements et de manifestations, non, en aucun cas ; restez-y donc, pour négocier sous la pression populaire et en position de force, c’est parfaitement légitime et ça ne pose aucun problème.

Voilà ce qu’il faudrait pour que le mouvement continue de manière positive. Personne ne propose les négociations avec le pouvoir en contrepartie de la fin des manifestations, pas du tout. Manifestez et rassemblez-vous tous les jours à votre guise et encore davantage, pas de problème.

Tout ce que je viens d’évoquer est positif et très bon, cet horizon qui s’ouvre, notre évaluation des événements, etc. Et j’ai proposé la voie de la résolution et de la sortie de crise.  Tous peuvent continuer à manifester et à dire ce qu’ils ont à dire, et envoyer leur représentants négocier sur ce que bon leur semble, qu’il s’agisse du gouvernement, de la corruption, de la situation économique, tout ce qu’ils veulent. Bien sûr, il faut que cela touche aux revendications (spontanées) des manifestants. Si quelqu’un a un projet politique qu’il veut faire avancer sur le dos des manifestants, ce n’est pas correct, et les manifestants ne doivent pas le permettre.

Le blocage des voies de circulation et les aspects inquiétants du mouvement

Le prochain point que je veux évoquer, et qui vise également à mener le pays dans le bon sens, concerne le blocage des voies de circulation. Je ne discute pas de sa légitimité de principe : nous reconnaissons sans problème que bloquer les voies de circulation est un moyen de revendication populaire et de désobéissance civile parfaitement légitime. Nous-mêmes, par le passé, avons manifesté et bloqué des voies de circulation, et je ne vais donc certainement pas le condamner par principe, car nous l’avons déjà fait pour obtenir des revendications légitimes, et il est possible que nous le fassions à nouveau un jour à l’avenir. Qu’on ne prétende pas que nous interdisons aux autres ce que nous nous permettons.

Je ne débats pas de la légitimité de ce moyen de manifestation, qui est incontestable, mais du caractère judicieux de continuer à y recourir dans les circonstances actuelles. Après 9 jours de blocage des voies de circulation, et alors que nous parvenons à la fin du mois (d’octobre), la situation financière, économique et sociale du pays étant ce qu’elle est, et alors que vous avez entendu les souffrances exprimées par le peuple – par exemple, les jours non travaillés, certains n’ont même pas de quoi nourrir leurs enfants, etc. Depuis 9 jours, vous empêchez les gens de travailler. Je ne parle pas des manifestants. Quel que soit leur nombre et si grand soit-il, il y a tout de même davantage de gens qui ne manifestent pas, et qui sont bloqués chez eux dans toutes les régions (à cause de la circulation bloquée) ; vous les empêchez de manger, de travailler, dans une situation sociale déjà très difficile. De plus, cela influe négativement sur l’ensemble de la situation économique.

Et il y a plus dangereux encore. Ce qui se passe aujourd’hui sur certaines voies de circulations est particulièrement préoccupant. Il y a des barrages, où jusqu’à présent les gens ne sont pas armés Dieu merci, mais ils sont tenus par de jeunes gens prêts à frapper, à crier, à insulter, à humilier. Il y a des humiliations (de citoyens ordinaires) sur certaines voies de circulation – quelqu’un qui roule en voiture est insulté, humilié, agressé et arrêté. On peut en voir maints exemples sur les chaines de télévision, ce ne sont pas des informations secrètes ou inventées.

Plus dangereux encore, on demande parfois la carte d’identité (des conducteurs). Qu’est-ce que cela évoque dans l’histoire du Liban ? Si les jeunes de la nouvelle génération ne s’en souviennent pas,qu’ ils demandent à leurs parents ce que le fait d’arrêter les gens dans les rues et d’exiger leur carte d’identité leur évoque (durant la guerre civile, des Libanais étaient arrêtés à des barrages, contrôlés et exécutés en fonction de leur appartenance confessionnelle, indiquée sur les cartes d’identité). Il y a de l’humiliation (inadmissible).

Certains barrages sont devenus des points d’extorsion. Par exemple, un malade veut parvenir à l’hôpital, on le laisse passer moyennant 50 dollars, ou 100 000 Livres Libanaises (les deux monnaies circulent au Liban). Un voyageur qui veut parvenir à l’aéroport doit payer 100 dollars, et on l’amène à l’aéroport dans une voiture spéciale ou en moto. De quoi s’agit-il ? De désobéissance civile, de manifestations populaires (ou de racket) ?

En toute franchise, je ne veux accuser personne, mais je tiens simplement à dire qu’aujourd’hui, si on faisait un sondage au sein du peuple libanais – car les manifestants prétendent qu’ils respectent la volonté populaire – et qu’on trouvait que non pas 60% ou 70% des Libanais soutiennent le blocage des voies de circulation, mais simplement 50% – je ne dis même pas 50% plus 1 –, alors continuez à bloquer les rues, tant pis. Mais aujourd’hui, clairement, la (grande) majorité veut que les voies de circulation soient ouvertes, et j’appelle les manifestants à être raisonnables, car il s’agit de leurs concitoyens, de leur pays, et qu’ils sont eux-mêmes des pauvres défendant les pauvres ; vos revendications sont légitimes, et vous avez des difficultés et des souffrances qui doivent vous permettre de comprendre celles des autres. C’est pourquoi je vous appelle,  vous-mêmes les manifestants, à prendre l’initiative et à ouvrir les voies de circulation. Personne ne vous demande de cesser de manifester et de quitter les places ou vous êtes réunis, on vous demande seulement de libérer les voies de circulation. Vous pouvez être plus nombreux à manifester et à vous rassembler encore sur les places publiques, aucun problème. Même si vous tenez à aller sur les routes ou autoroutes, occupez une voie, et laisser une voie de circulation ouverte, permettez aux gens de passer, ouvrez-leur juste une voie de passage.

Qui doit assumer cette responsabilité ? Les principaux concernés le savent bien. Aujourd’hui, à ce sujet, je ne vais accuser personne, mais j’appelle le peuple et les manifestants, ainsi que ceux qui bloquent les voies de circulation, avec tout mon respect, toute mon éthique, toute ma bienveillance, toute mon affection, toute ma fraternité et tout mon sens de la responsabilité, à ouvrir les voies de circulation aux gens pour qu’ils puissent aller travailler, aller à l’école, à l’université, aux hôpitaux et vaquer à leurs occupations quotidiennes. Du reste, le soir, certains d’entre eux, en revenant du travail ou des universités, rejoignent eux-mêmes les manifestants. Et vous pouvez négocier avec le pouvoir sous la pression des manifestations et des rassemblements, il n’y a aucun problème à cela.

Le spectre de la répression violente

Il y a également un point très important qu’il est de mon devoir d’évoquer, à savoir que certains s’efforcent de susciter une atmosphère dans le pays qui ferait croire que des personnes, au pouvoir ou parmi les forces politiques, essaieraient de pousser l’armée à affronter les manifestants et à leur tirer dessus. Ce sont des mensonges, des inventions et une tentative de tromper les gens et de les inciter (à la peur ou à la violence), et cela n’a aucune base de vérité. De base, il n’est même pas requis de l’armée qu’elle vienne disperser ou démanteler les rassemblements des manifestants sur les places. Il est simplement requis de l’armée qu’elle les protège. Personne ne demande à l’armée de les disperser.

Il y a un ancien général de l’armée, qui était en poste en 2005 lorsque les événements ont eu lieu (assassinat de Rafik Hariri et « Révolution du Cèdre »), et ceux qui manifestaient alors sur la place des martyrs (à Beyrouth) n’avaient pas des revendications sociales mais politiques, et un grand projet politique (de vassalisation totale du pays aux Etats-Unis), on s’en souvient tous. Ce général de l’armée m’a adressé un message – je crois qu’il l’a également adressé à d’autres – me disant qu’untel lui demandait de disperser les manifestants par la force, même si cela nécessitait d’ouvrir le feu sur eux. Il demandait l’avis du Hezbollah à ce sujet. J’ai répondu que nous rejetions catégoriquement cela, quelle que soit notre analyse quant à cette révolution (de couleur) et à ce projet politique (opposé au Hezbollah, à la Syrie et à l’Iran) qui manifestait sur la place des martyrs. Nous refusons catégoriquement une telle chose. Nous savons très bien ce que signifie ouvrir le feu sur les manifestants, car en septembre 1993, l’armée a tiré sur nous (manifestants du Hezbollah), et nous avons eu maints martyrs et blessés. Sur la place al-Sellom, on a tiré sur nos familles et sur nos jeunes. Et malheureusement, c’est sous l’autorité de ce même général de l’armée dont je parle que l’armée a ouvert le feu sur les jeunes et sur le peuple à Achrafiyeh, qui avaient des revendications sociales. Je lui ai demandé alors pourquoi ils n’avaient la main lourde qu’à cet endroit (contre le Hezbollah). Vous ne devriez avoir la main lourde nulle part (au Liban). Je ne vous demande pas d’avoir la main lourde ailleurs (au Liban). L’armée libanaise et les forces de sécurité ne doivent avoir la main lourde nulle part au Liban (mais seulement contre Israël), elles ne doivent ouvrir le feu sur personne au Liban.

Cette accusation est donc absolument fausse (le Hezbollah ne soutient pas la répression des manifestants). L’Etat doit certes assumer une certaine responsabilité lorsqu’il y a des agressions contre les biens et les personnes, des blocages des voies de circulation, des demandes de carte d’identité, etc. C’est à l’Etat de voir quelle est sa responsabilité. Je ne vais ni lui dire quel est son devoir, ni lui faire assumer la responsabilité. Il sait bien quelle est sa responsabilité. […]

Voir la deuxième partie de ce discours : Nasrallah dénonce les manipulations politiques et l’ingérence étrangère

Soutenez ce travail et contournez la censure en partageant cet article et en vous abonnant à la Newsletter.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.