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Billet de blog 3 nov. 2021

La persécution d'Assange révèle au grand jour la sauvagerie de l'Occident

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Par Caitlin Johnstone, journaliste indépendante basée à Melbourne, Australie.

Source : RT, 28 octobre 2021

Traduction : lecridespeuples.fr

Le premier jour de la procédure d'appel des États-Unis dans l'affaire d'extradition de Julian Assange, des adultes ont fait valoir devant le tribunal que le gouvernement américain pouvait garantir qu'il ne traiterait pas le fondateur de WikiLeaks aussi cruellement qu'il traite ses autres prisonniers.

J'aimerais que ne soit qu'une plaisanterie.

Dans leur compte rendu de la procédure de mercredi, Kevin Gosztola et Mohamed Elmaazi du média en ligne The Dissenter rapportent que l'accusation a fait valoir que « la Haute Cour devrait accepter l'appel sur la base que le gouvernement américain a offert des "assurances" qu'Assange ne sera pas soumis à des  Mesures administratives spéciales (SAM) ou incarcéré à ADX Florence, une prison super-maximum dans le Colorado. »

Cela signifie qu'afin d'annuler le verdict de rejet de la demande d'extradition que la juge Vanessa Baraitser a issu en janvier au motif que le système pénitentiaire américain notoirement draconien est trop cruel pour garantir la santé et la sécurité d'Assange, l'accusation a établi comme l'un de ses motifs d'appel que les Etats-Unis peuvent offrir des « assurances » qu'ils ne lui infligeraient pas certaines de leurs mesures les plus brutales. Celles-ci incluraient les Mesures administratives spéciales susmentionnées, dans lesquelles les prisonniers sont si isolés qu'ils disparaissent effectivement de la surface de la terre, ou l'envoi à ADX Florence, où tous les prisonniers sont maintenus à l'isolement 23 heures par jour.

https://twitter.com/lecridespeuples/status/1453860252387053570

Ce qui est ridicule à propos de ces « assurances », en dehors de leur absurdité, c'est que dans son propre argumentaire juridique, le gouvernement américain se réserve le droit de revenir sur ces assurances à tout moment et d'imposer à Assange des SAM ou des peines d'emprisonnement dans des établissements de sécurité maximale s'il le juge nécessaire. Comme l'explique Amnesty International,

Ils disent : nous garantissons qu'il ne sera pas détenu dans un établissement à sécurité maximale et qu'il ne sera pas soumis à des Mesures administratives spéciales, et qu'il obtiendra des soins de santé. Mais s'il fait quelque chose que nous n'aimons pas, nous nous réservons le droit de ne pas le garantir, nous nous réservons le droit de le placer dans un établissement à sécurité maximale, nous nous réservons le droit de lui imposer des mesures administratives spéciales. Ce ne sont pas du tout des assurances. Il n'est pas si difficile de regarder ces assurances et de dire : elles sont intrinsèquement non-fiables, elles promettent de faire quelque chose et se réservent ensuite le droit de rompre la promesse.

Donc, l'argumentaire juridique de l'accusation ici est en substance : « Nous promettons que nous ne traiterons pas Assange aussi cruellement que nous traitons nos autres prisonniers, à moins que nous décidions de le faire. »

Ce n'est pas seulement une réflexion sur la faiblesse du recours en extradition, c'est une réflexion sur la sauvagerie de toutes les démocraties dites libres qui se sont impliquées dans cette affaire.

Les mêmes avocats du gouvernement américain ont fait valoir qu'Assange ne devrait pas se voir refuser l'extradition aux États-Unis depuis le Royaume-Uni pour des raisons humanitaires comme dans le cas de l'activiste Lauri Love, car Love souffrait à la fois de maux physiques et psychologiques alors que les maux d'Assange ne seraient que psychologiques. Ils se sont présentés devant le tribunal et ont fait valoir cet argument alors même qu'Assange souffrait visiblement et était malade lors de sa comparution vidéo de la prison de Belmarsh, à laquelle il n'a pu assister que par intermittence en raison de sa fragilité physique.

« Pour mon journal, je travaille en tant que partenaire média de WikiLeaks depuis 2009 », a tweeté la journaliste Stefania Maurizi qui a assisté à l'audience par liaison vidéo. « J'ai vu Julian Assange dans toutes sortes de situations, mais je ne l'ai jamais vu si mal et si dangereusement maigre. »

Ils brutalisent donc ouvertement un journaliste parce qu'il a dénoncé des crimes de guerre américains, tout en affirmant qu'on peut leur faire confiance pour le traiter avec humanité et lui donner un procès équitable en cas d'extradition. Ceci après qu'il a déjà été confirmé que la CIA avait comploté pour le kidnapper et l'assassiner sous l'administration Trump, après que le public a appris que l'accusation s'était appuyée sur le faux témoignage d'un pédophile condamné et diagnostiqué sociopathe, après qu'il a été révélé que la CIA avait espionné Assange et ses avocats à l'ambassade d'Équateur, et après que l'agent du renseignement Jeffrey Epstein soit décédé dans des circonstances très suspectes dans une cellule de prison américaine.

Les pires atrocités de l'histoire ont toutes été légales. Tous les pires exemples de génocide, d'esclavage, de tyrannie et d'effusion de sang ont été autorisés ou activement facilités par l'État. La persécution d'Assange vise à faire entrer l'emprisonnement des journalistes dans cette catégorie.

https://twitter.com/lecridespeuples/status/1453771194214363140

L'objectif est de créer un précédent juridique qui permet que les journalistes qui dénoncent les crimes des puissants soient persécutés non pas secrètement comme cela se fait normalement dans les « démocraties libres », mais au grand jour. De dire aux journalistes : « Nous vous jetterons en prison si vous vous mettez en travers de notre chemin ».

Ce qui rend ce précédent particulièrement dangereux, c'est qu'il ne menace pas seulement d'emprisonner les journalistes américains qui dénoncent les crimes américains, mais n'importe quel journaliste n'importe où dans le monde. Il s'agit d'un journaliste australien sur le point d'être extradé du Royaume-Uni pour avoir publié des faits sur les crimes de guerre américains dans les pays que Washington a envahis. L'objectif est de mettre en place un système où n'importe qui dans le monde aligné sur les États-Unis peut être jeté dans son système pénitentiaire pour avoir publié des faits gênants.

https://twitter.com/legrandsoir/status/1453834182950625281

C'est la sauvagerie du monde occidental dans ce qu'elle a de plus transparent. Ce n'est pas le plus grand mal que l'empire centralisé aux États-Unis ait commis ; cette distinction serait certainement réservée à ses actes de massacre militaire de masse qu'il inflige à notre espèce en toute impunité depuis des générations sur tous les continents. Mais c'est le mal le plus effronté. Le plus manifeste. C'est la partie la plus puissante de la structure de pouvoir la plus dépravée sur terre qui nous regarde droit dans les yeux et nous dit exactement ce qu'elle est.

https://twitter.com/lecridespeuples/status/1363936236914831366

Et si nous pouvons vraiment regarder cette bête et ce qu'elle fait en ce moment, vraiment la voir avec les yeux grands ouverts, cela révèle bien plus sur ceux qui nous gouvernent que tout ce qu'un journaliste n'a jamais exposé.

***

En France, Le Monde et Mediapart sont de beaux exemples de cette « gauche » atlantiste, qui a soutenu les groupes armés en Syrie (en les présentant comme des « rebelles », démocrates ou autres), diffamé Assange et porte le folliculaire Navalny aux nues. Cf. par exemple cet éditorial du Monde suite à l’arrestation d’Assange et à son inculpation par les Etats-Unis, développements qui lui donnaient entièrement raison : au lieu de faire son mea culpa, Le Monde s’enfonce ignominieusement :

« Julian Assange est un justiciable comme les autres. Ses démêlés avec la police ont commencé parce qu’il a refusé de se rendre à une convocation de la police suédoise qui souhaitait l’entendre après les plaintes de deux femmes pour agression sexuelle, au motif fantaisiste, à l’époque, qu’il craignait que la Suède ne le livre à la CIA. Il a eu tort de refuser de s’expliquer sur ces graves accusations. »

Comme l’établit le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils MELZER, lorsqu’il était réfugié à Londres, la Suède a refusé d’interroger Assange à l’ambassade d’Equateur ou via vidéo (alors que durant la même période, de tels interrogatoires de suspects entre la Suède et l’Angleterre ont eu lieu dans 44 autres cas) et de lui garantir qu’il ne serait pas extradé :

« Assange n’a pas cherché à se cacher de la justice. Par l’intermédiaire de son avocat suédois, il a proposé aux procureurs plusieurs dates possibles d’interrogatoire en Suède. Cette correspondance existe. Ensuite, les événements suivants se sont produits : Assange a eu vent du fait qu’une affaire criminelle secrète avait été ouverte contre lui aux États-Unis. À l’époque, cela n’a pas été confirmé par les États-Unis, mais aujourd’hui nous savons que c’était vrai. À partir de ce moment, l’avocat d’Assange a commencé à dire que son client était prêt à témoigner en Suède, mais il a exigé l’assurance diplomatique que la Suède ne l’extraderait pas aux États-Unis. [Ce risque était tout à fait réel, car] quelques années auparavant, le personnel de sécurité suédois avait livré à la CIA deux demandeurs d’asile, tous deux enregistrés en Suède, sans passer par la moindre procédure judiciaire. Les abus ont commencé à l’aéroport de Stockholm, où ils ont été maltraités, drogués et transportés par avion en Égypte, où ils ont été torturés. Nous ne savons pas s’il s’agit des seuls cas de ce type. Mais nous sommes au courant de ces deux cas car les hommes ont survécu. Tous deux ont par la suite déposé plainte auprès des agences des droits de l’homme de l’ONU et ont obtenu gain de cause. La Suède a été obligée de payer à chacun d’eux un demi-million de dollars en dommages et intérêts. Les avocats d’Assange affirment que pendant les près des sept ans au cours desquels leur client a vécu à l’ambassade d’Équateur, ils ont fait plus de 30 offres pour organiser la visite d’Assange en Suède, en échange d’une garantie qu’il ne serait pas extradé vers les États-Unis. La Suède a refusé de fournir une telle garantie en faisant valoir que les États-Unis n’avaient pas fait de demande formelle d’extradition. »

Voir également l’infamant article de Mediapart Julian Assange, l’histoire d’une déchéance, qui prend au sérieux les accusations de viol et valide sans l’ombre d’une preuve la thèse de la collusion avec la Russie (réaffirmées dans l'article de Mediapart sur les projets d'enlèvement et d'assassinat d'Assange par la CIA, commodément attribués à Trump, comme s'il ne s'agissait pas du modus operandi de la CIA depuis des décennies).

Voir notre dossier sur Assange.

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