La Russie dénonce les violences policières aux USA et l'oppression de Julian Assange

  • Deux briefings hebdomadaires de Maria Zakharova
  • Interview de Vladimir Poutine sur la situation aux Etats-Unis

Briefing de la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, le 4 juin 2020.

Source : Ministère des Affaires Etrangères de la Fédération de Russie

Traduction : lecridespeuples.fr

Manifestations de masse contre les violences policières aux États-Unis

[...] Nous continuons de suivre de près les développements explosifs aux États-Unis qui ont suivi le meurtre d'un homme afro-américain, George Floyd, par des policiers à Minneapolis le 25 mai. Je tiens à souligner que c'est ainsi qu'il est qualifié aux États-Unis —un meurtre. Des manifestations de masse se sont déroulées dans tout le pays pour la deuxième semaine, comme il a été dit, contre « les violences policières et la discrimination raciale ». Hier, une vague de protestations a déferlé dans 27 États. Un couvre-feu a été imposé dans 200 villes et plus de 20 000 membres de la Garde nationale américaine ont été déployés en plus de la police.

Vidéo intégrale du meurtre de George Floyd par la police de Minneapolis (VOSTFR) © Le Cri des Peuples

 

Nous prenons note des actions des forces de l'ordre américaines lors des manifestations. Nous avons tous vu, dans la multitude de reportages télévisés, que des gaz lacrymogènes et d'autres armes anti-émeute sont utilisés contre des manifestants pacifiques, qui sont arrêtés et détenus en masse. Même des hélicoptères ont été engagés pour intimider les manifestants. De nombreux employés des médias, dont des journalistes russes, ont été blessés alors qu'ils couvraient des rassemblements et des manifestations. Nous avons commenté la situation en détail, fait des déclarations et des représentations aux États-Unis et envoyé une note diplomatique à ce sujet au Département d'État via l'ambassade de Russie à Washington.

Il nous semble qu'en empêchant le pillage et d'autres actions illégales, les autorités ne devraient pas violer le droit du peuple américain à une manifestation pacifique.

La récente signature par le Président Trump d'un décret sur la promotion de la liberté religieuse internationale semble particulièrement paradoxale dans ce contexte. C'est un sujet de préoccupation pour nos partenaires et ils suivent la situation internationale dans ce domaine. Ce décret stipule que la liberté religieuse et la protection des croyants dans le monde —et cela est particulièrement paradoxal— est une priorité de la politique étrangère des États-Unis. Il est prévu d'allouer un budget de 50 millions de dollars pour certains programmes qui promeuvent la liberté religieuse internationale.

Quand Trump encourageait les policiers à la violence lors des interpellations © Le Cri des Peuples

Pourquoi dis-je que cela semble ridicule ? Je voudrais croire qu'avant de faire montre de leur zèle à protéger les droits des « opprimés » et des « dissidents » dans d'autres pays, les autorités américaines feraient mieux de commencer par respecter scrupuleusement les normes démocratiques et garantir les libertés de leurs citoyens chez eux. Il serait grand temps de s'en préoccuper. Je pense que nos collègues américains devraient abandonner leur ton de prédication qu'ils ont adopté depuis de nombreuses années lorsqu'ils parlent à d'autres pays, et se diriger vers le miroir le plus proche pour s'y observer, et décrire tout ce qu'ils y voient dans des déclarations d'une verve comparable à celles qu'ils ont adressées à de nombreux pays.

Développements autour du fondateur de Wikileaks, Julian Assange

Nous sommes préoccupés par les informations selon lesquelles les avocats de Julian Assange ne peuvent pas avoir accès à lui, alors que la santé du journaliste, qui a déjà été compromise par de nombreuses années d'emprisonnement, continue de se détériorer. Sur l'insistance de ses médecins, le journaliste a dû s'abstenir d'assister aux audiences sur sa propre affaire, qui ont eu lieu le 18 mai. De plus, nous sommes confus par la décision du juge de rejeter l'appel d'Assange à bénéficier de la liberté sous caution au milieu de la crise du coronavirus qui frappe la prison HM de Belmarsh où il est détenu. Selon les médecins, le journaliste fait partie du groupe à risque en raison d'une maladie pulmonaire qui s'est aggravée au cours de ses nombreuses années d'emprisonnement.

Des militants internationaux des droits de l'homme ont souligné à plusieurs reprises qu'un total de 30 articles de la Déclaration universelle des droits de l'homme avaient été violés à l'égard d'Assange. Selon le rapporteur spécial des Nations Unies Nils Melzer, Assange a été soumis à la torture psychologique. Je ne peux pas tirer de conclusion ferme, car ce n'est pas une question de politique mais de médecine et de soins de santé, mais d'une manière ou d'une autre, l'opinion de Melzer n'a pas été contestée par des experts qualifiés et est toujours l'un des points focaux de nombreux rapports et publications concernant la cas de Julian Assange. Il est évident (et cela a été confirmé par des médecins de divers pays) que depuis plus de six mois, Assange a eu besoin d'une assistance médicale et psychologique d'urgence ; en fait, sa vie même est en danger.

Voir Julian Assange mourra-t-il en prison, où le coronavirus se propage rapidement ?

De telles mesures de la justice britannique concernant Julian Assange semblent au moins inhumaines et ressemblent plutôt à une punition pour son activité professionnelle. Il est étonnant qu'un tel bafouement des droits de l'homme se produise en Grande-Bretagne, dont le gouvernement promeut activement les droits de l'homme et les valeurs démocratiques dans le monde entier.

L'affaire Assange est un coup que le système judiciaire occidental s'est porté contre lui-même, tandis que le système, comme le notent de nombreux observateurs, est utilisé comme un outil de punition contre les personnes indésirables pour des raisons politiques.

Nous tenons à souligner que la Grande-Bretagne et les États-Unis mènent une campagne d'information contre les conditions d'emprisonnement de Paul Whelan, un ressortissant des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et du Canada, qui a purgé une peine pour espionnage en Russie depuis décembre 2018. Le 27 mai 2020, il a demandé une assistance médicale en raison d'une maladie chronique aggravée. Dès le lendemain, il a été opéré et a reçu l'aide médicale qualifiée nécessaire.

Nous considérons l'emprisonnement d'Assange au milieu de la pandémie de COVID-19 comme absolument inacceptable. Nous espérons que les autorités britanniques ne laisseront pas sa santé se détériorer et montreront de la compassion pour le journaliste. Il y a une dissonance entre les paroles et les actions de nos partenaires occidentaux, y compris en ce qui concerne les droits de l'homme.

Voir Toute la vérité sur Julian Assange : ‘Un système assassin est en train d’être créé sous nos yeux’

Nous exhortons la communauté internationale et les organisations de défense des droits de l’homme à conjuguer leurs efforts pour faire valoir les droits légitimes du journaliste. [...]

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Maria Zakharova dénonce les violations des droits de l'homme en Irak par la Grande-Bretagne.

Source : Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, le 11 juin 2020

Traduction : lecridespeuples.fr

Le procureur militaire en chef de la Grande-Bretagne s'abstient de poursuivre des militaires potentiellement impliqués dans des crimes de guerre en Irak

[...] Nous avons noté une récente déclaration d'Andrew Cayley, directeur de l'Autorité chargée des poursuites pénales contre les forces armées, qui a déclaré qu'il était « tout à fait possible » qu' « aucune » accusation de crimes de guerre ne soit portée contre contre les troupes britanniques pendant la campagne militaire en Irak, ajoutant que les enquêtes seraient bouclées « en quelques semaines ».

Cette déclaration d'un haut fonctionnaire démontre une fois de plus clairement l'intention de Londres de cacher à tout prix les nombreux cas de faute des troupes britanniques en Irak. Soit dit en passant, nous parlons de 3 500 cas, avec tous les dossiers posés sur la table, et attendant seulement d'être étudiés. Ce sont les pages honteuses des forces armées royales inscrites à jamais dans l'histoire de ce pays. Tout cela semble certainement bas et mesquin.

L'histoire se déroule au milieu des appels lancés par le frère aîné du Royaume-Uni, à savoir Washington, de lancer des enquêtes mondiales sur l'OMS et la Chine, c'est-à-dire des accusations en relation avec la pandémie contre une organisation internationale et un État souverain. Alors pourquoi le Royaume-Uni, qui a toujours suivi l'exemple des États-Unis sur de nombreuses questions, a-t-il soudainement décidé de boucler non pas des enquêtes farfelues mais une investigation concrète sur des cas concrets où des personnes sont mortes ? Les faits sont nombreux. C'est une tendance étrange.

Un tel comportement de Londres mérite une condamnation ferme de la communauté internationale des droits de l'homme. Nous continuerons certainement de suivre les progrès de l'enquête sur les violations des droits de l'homme commises par les troupes britanniques. Ce ne sont pas là de nouveaux éléments « hautement probables » [formule britannique dans l'accusation gratuite contre la Russie dans l'affaire Skripal], ce sont des faits. Il est vraiment difficile de comprendre pourquoi une enquête incomplète a été abandonnée à mi-chemin. Je sais que ce n'est pas le genre d'histoire qui peut faire vendre des tabloïds, du moins ce n'est pas aussi rentable que beaucoup d'autres au Royaume-Uni au cours des dernières années, mais néanmoins, il s'agit de vies fauchées par l'armée britannique, et un grand nombre d'autres faits hideux qu'ils essaient soigneusement de cacher à l'opinion publique —ou, à tout le moins, ils essaient d'éviter une véritable enquête publique. Mais ce qui serait vraiment important [et surprenant], c'est le contraire : que les crimes commis par la coalition occidentale en Irak soient dénoncés et les responsables poursuivis.

Des déclarations très médiatisées sont faites sur la nécessité d’enquêter sur les causes de la pandémie ; des États entiers sont accusés et des noms spécifiques sont cités, le tout dans un cadre politique solide. La campagne en Irak a eu lieu il y a tant d'années. Il y a des documents ; de nombreuses personnes sont mortes, y compris des civils d'un État souverain. N'est-il pas temps que quelqu'un de cette coalition très occidentale rende des comptes ? [...]

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Vladimir Poutine : les émeutes aux Etats-Unis expriment des problèmes structurels profondément ancrés dans la société américaine, toutes sortes de groupes et intérêts cherchent à les instrumentaliser

Poutine semble plus mesuré et « prudent » que Zakharova, afin de ne pas alimenter les accusations constantes d'ingérence russe dans les élections ou dans les émeutes, mais la teneur de son propos est la même.

Interview avec Rossiya 1, le 14 juin 2020.

Source : Russia Insight

Traduction : lecridespeuples.fr

Poutine commente les émeutes aux Etats-Unis suite au meurtre de George Floyd © Le Cri des Peuples

Transcription :

[...] Journaliste : [Aux Etats-Unis], les événements qui se déroulent sous nos yeux au cours des dernières semaines sont sans précédent. Nous ne nous souvenons de rien de semblable. Cela ressemble à des crises profondes qui ont éclaté à la surface. Que pensez-vous de ces événements lorsque vous voyez ce qui se passe ?

Vladimir Poutine : Vous savez, je suis très prudent quand il s'agit de commenter, ou de ne pas commenter du tout, ce qui se passe dans d'autres pays, y compris aux États-Unis. Cependant, vous avez raison. Ce qui s'est passé [aux États-Unis] est la manifestation de certaines crises intérieures profondes. En fait, nous observons cela depuis longtemps, depuis que le Président américain Donald Trump a pris ses fonctions. Lorsqu'il a gagné, et sa victoire était absolument évidente et démocratique, le parti vaincu a inventé toutes sortes d'histoires bidon juste pour remettre en question sa légitimité. Qu'ils règlent ce problème entre eux.

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Mais ce qui se passe aujourd'hui révèle clairement des problèmes [réels]. Les mesures liées au coronavirus ont révélé des problèmes généraux dans ce pays. Regardez, quels que soient le coût et les pertes, les autorités russes ont travaillé sur la lutte contre le coronavirus de manière plutôt cohérente et sont en train d'aplanir la crise en toute confiance avec un minimum de pertes, et si Dieu le veut, cela continuera ainsi. Ce n'est pas le cas aux États-Unis, y compris au niveau du système de gestion.

Voir Désastre sanitaire aux USA : les cadavres enterrés dans des fosses communes ?

En Russie, le gouvernement élargi représenté par le cabinet et les corps de gouverneurs fonctionne comme une seule équipe. Je doute que quiconque ici, au gouvernement ou dans les régions, puisse dire « Nous ne ferons pas ce qu'ordonnent le gouvernement ou le Président, nous pensons que ce n'est pas avisé. »  Si nos médecins et experts jugent telles mesures appropriées, le Président ne fait que les appuyer, donc personne ne s'opposera à ses décisions. La démocratie est le pouvoir du peuple, c'est vrai, mais si le peuple élit les organes suprêmes de pouvoir, alors ces organes suprêmes de pouvoir investis de la confiance des citoyens ont le droit d'organiser les actions des organes du pouvoir exécutif afin de garantir les intérêts de la grande majorité des citoyens du pays.

Aux Etats-Unis, le Président dit « Il est nécessaire de faire telle et telle chose », et sur le terrain, les gouverneurs rétorquent qu'ils se moquent  [...]

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