Quand le Directeur de la CIA exigeait la libération d'un chef d’Al-Qaïda

La publication de l'enregistrement d'un appel téléphonique entre l'ancien Directeur de la CIA George Tenet et l'ancien Président du Yémen Ali Abdullah Saleh le prouve sans appel... mais allez savoir pourquoi, aucun média n'a parlé de cette révélation explosive.

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  • George Tenet, Directeur de la CIA, exige du Président du Yémen la libération d’un dirigeant d’Al-Qaïda (avec l’enregistrement de leur conversation téléphonique sous-titré)
  • Hassan Nasrallah, Secrétaire Général du Hezbollah, réagit à cette information
  • Archive : Wesley Clark, ancien Commandant suprême de l’OTAN, avoue que Daech a été créé pour combattre le Hezbollah 

La CIA a demandé au Président du Yémen Saleh de libérer un chef d’Al-Qaïda

Source : Middle East Monitor, 18 mars 2021

Traduction : lecridespeuples.fr

Une conversation téléphonique alléguée entre l’ancien Directeur de la CIA George Tenet (en poste de 1996 à 2004) et l’ancien Président yéménite Ali Abdullah Saleh (en poste de 1990 à 2012), publiée mardi 16 par la chaîne Al-Masirah affiliée aux Houthis, contient un enregistrement de Tenet demandant à Saleh de libérer un membre éminent d’Al-Qaïda.

Dans la conversation, Tenet demande la libération « sous deux jours de quelqu’un de très important pour moi personnellement », et qui a été arrêté en relation avec le rôle d’Al-Qaïda dans l’attaque contre un destroyer naval américain, l’USS Cole en 2000. Cependant, lorsque Saleh lui a demandé son nom, Tenet a répondu qu’il était trop risqué de révéler des noms au téléphone, ajoutant qu’ils savaient tous les deux qui était cet individu.

Le Directeur de la CIA exige la libération d'un chef d'Al-Qaïda au Yémen (VOSTFR)

Cet enregistrement audio rare nous donne un aperçu éloquent de la manière dont les services secrets des Etats-Unis sévissent en coulisses, même auprès de chefs d’État qui n’ont d’autre choix que de leur signer des chèques en blanc sans discuter à la moindre demande. Que cette révélation sensationnelle ait été complètement passée sous silence par la totalité des médias occidentaux, dominants ou prétendument alternatifs (comme l’atlantiste Mediapart), est révélateur de l’invincible omerta qui pèse sur la prétendue « guerre contre le terrorisme », qui n’est autre qu’une instrumentalisation du terrorisme pour justifier l’occupation militaire perpétuelle du Moyen-Orient. Que l’attaque d’Al-Qaïda évoquée dans cet appel, un attentat-suicide contre l’USS Cole le 12 octobre 2000, ait tué 17 marines US et en ait blessé 39 autres, montre bien le caractère sans bornes du cynisme américain.

Selon le chef adjoint des services de sécurité et de renseignement actuel au Yémen, pro-Houthis, la personne en question était le religieux ayant la double nationalité américaine et yéménite, et devenu propagandiste et leader d’Al-Qaïda, Anwar Al-Awlaki, qui a ensuite été tué dans une frappe de drones américains controversée en 2011 approuvée par l’ancien Président Barack Obama. Le fils d’Al-Awlaki, âgé de 16 ans, également citoyen américain, a été tué dans une attaque de drone de la CIA deux semaines plus tard avec son cousin et plusieurs autres civils. En 2017, la fille d’Al-Awlaki, âgée de huit ans, a été tuée à son tour lors d’un raid commando ordonné par le Président américain de l’époque, Donald Trump. Anwar al-Awlaki est le premier musulman à avoir dirigé une prière au Capitole en 2001.

Un communiqué publié par les forces armées yéménites pro-Houthi a déclaré que la conversation constitue une nouvelle preuve de l’existence « de relations directes entre la CIA et les terroristes d’Al-Qaïda et de la coopération de la part des responsables du gouvernement Saleh dans la formation de la relation ». Saleh a été tué en 2017 après avoir commis une « trahison » en changeant de camp pendant la guerre au Yémen, passant du côté de la coalition saoudienne et abandonnant le mouvement Houthi auquel il était allié, à la suite de la prise de contrôle en 2014 de la capitale Sanaa par les rebelles. Les Houthis et le gouvernement Saleh ont mené six guerres intermittentes entre 2004 et 2010.

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Nasrallah : Daech, Al-Nosra et Al-Qaïda sont des instruments de l’impérialisme américain

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 18 mars 2021, à l’occasion de la célébration de la Journée du Blessé de la Résistance, célébrée chaque année le 4e jour du mois islamique de Cha’ban, qui a vu la naissance d’Abu Fadhl al-Abbas, demi-frère de l’Imam Hussein qui a été atrocement mutilé et tué à Karbala.

Source : https://video.moqawama.org/details.php?cid=1&linkid=2193

Traduction : lecridespeuples.fr

Transcription :

[…] Ces blessés (du Hezbollah) qui ont combattu et fait des sacrifices, ainsi que les blessés qui ont porté le fardeau de ces luttes —je parle des nombreux blessés civils touchés par les agressions israéliennes et les exactions des collaborateurs à l’époque de l’occupation (du Liban), qu’il s’agisse des blessés parmi les combattants ou les civils du fait des conséquences de la bataille contre les groupes (terroristes) takfiris, ceux qui ont été blessés par les voitures piégées qui étaient envoyées dans nos villes et nos villages durant les années précédentes, ou même durant l’occupation israélienne, car (les sionistes) recouraient également aux voitures piégées contre nos villes et nos villages pour tuer nos cadres et nos combattants… Quoi qu’il en soit, jour après jour, ces blessés deviennent plus lucides, comme c’est le cas des familles de martyrs, et de tous les résistants, moudjahidines et partisans de cette voie (du Hezbollah) : leur conscience, leur compréhension des choses et leur foi augmentent constamment grâce aux (nouveaux) faits et aux (nouvelles) données, qui confirment et les convainquent que la lutte dans laquelle ils se sont engagés, ont combattu et ont été blessés, que le lieu où ils ont été blessés, payant le prix de cette position (en faveur de la Résistance), était juste et approprié.

Concernant la lutte contre Israël, la légitimité de ce combat est claire, et concernant (la lutte contre) les groupes terroristes takfiris, je me contenterai de signaler une seule chose avant d’évoquer la situation interne (au Liban) : alors que nous commémorons actuellement le dixième anniversaire du déclenchement de la guerre universelle contre la Syrie, le rôle et la véritable identité de ces groupes terroristes takfiris armés apparaissent jour après jour avec toujours plus de clarté, de même que le rôle et l’identité de ceux qui les utilisent, les dirigent, les protègent, les soutiennent et les poussent à agir (dans telle ou telle direction).

Wesley Clark : " L'OTAN a créé Daech pour combattre le Hezbollah " © Le Cri des Peuples

Cf. l’aveu du Général américain Wesley Clark, ancien Commandant suprême des forces alliées de l’OTAN, sur CNN en 2015 : « Nous avons créé Daech pour combattre le Hezbollah »

En plus des aveux et des documents déjà révélés qui prouvent tout cela, de nouvelles preuves apparaissent jour après jour, et j’espère que malgré l’attention des Libanais accaparée par (la crise économique aigüe due au) dollar et à sa parité avec la livre libanaise (qui a atteint son seuil le plus bas de l’histoire), le peuple libanais et les peuples de la région prendront en considération ce qui a été publié hier dans les médias par nos frères au Yémen, à Sanaa. Une preuve vivante, un enregistrement sonore, montre que le Directeur de la CIA en personne (George Tenet), s’est préoccupé du sort d’un dirigeant bien connu d’Al-Qaïda (Anwar Al-Awlaki), qui était détenu à Sanaa du temps de l’ancien Président du Yémen, au point de contacter ce dernier directement pour lui demander de relâcher ce dirigeant de premier plan de l’organisation Al-Qaïda. Et ce alors qu’il s’agit d’un groupe terroriste, et que vous (Américains) avaient mis tout le Moyen-Orient à feu et à sang depuis (l’invasion de) l’Afghanistan (en 2001) à (l’invasion de) l’Irak (en 2003) et le monde entier au prétexte de combattre Al-Qaïda. Mais cela n’empêche pas Tenet de demander la libération de ce chef terroriste, exigeant qu’il soit remis (aux forces américaines). Bien sûr, (Anwar Al-Awlaki) a été libéré, et durant un certain temps, il a réalisé un grand nombre d’opérations (terroristes), puis lorsqu’ils n’ont plus eu besoin de lui, ils l’ont liquidé. Tout cela est clairement dit dans un enregistrement sonore explicite.

D’autres nouveaux documents ont été (récemment) publiés, indiquant que les services secrets américains ont recruté des prisonniers qui étaient détenus dans les prisons américaines en Irak, afin de fonder ce qui a été nommé l’État Islamique en Irak, puis l’État Islamique en Irak et au Levant (Daech) et enfin l’Organisation Etat Islamique. Le rôle des services secrets américains dans le recrutement, (la formation) et la libération des cadres de ce qui allait devenir Daech a été démontré dans de nouveaux documents, de même que leur rôle dans la création du Front al-Nosra, issu d’une scission avec Daech. Et jusqu’à présent encore, le rôle des services secrets américains dans la libération de membres de Daech qui étaient prisonniers de la milice Qasad (Forces démocratiques syriennes, kurdes séparatistes et pro-américains) à l’Est de l’Euphrate, et leur envoi en direction de l’Irak pour y raviver Daech, tandis que d’autres ont été amenés à la base américaine de Tanaf en Syrie, près de la frontière jordanienne, pour les pousser vers la Badia (vaste région semi-désertique au centre de la Syrie) et y perpétrer les actions (terroristes) qu’on voit presque quotidiennement dans cette région.

Par conséquent, il ne s’agit nullement de groupes islamiques/islamistes, ni de groupes qui aspirent à la justice, au bien-être, à la participation (politique), à la démocratie ou aux élections. Nous sommes face à des groupes terroristes takfiris armés qui sont créés, formés, armés, soutenus, dirigés et financés par les services secrets américains, qui organisent et facilitent leurs déplacements, et les conseillent et les orientent dans leurs différentes actions visant à détruire les armées, à détruire les peuples, à détruire les sociétés, et à permettre l’hégémonie américaine dans la région, de sorte qu’Israël soit le refuge, la perle, le joyau du Moyen-Orient (tandis que tous les autres pays seraient à feu et à sang). C’est là le projet ancien et nouveau des administrations américaines successives.

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Quand la presse occidentale chantait les louanges d’Oussama Ben Laden & Al-Qaïda, fabrications américano-saoudiennes pour combattre l’URSS en Afghanistan. Signalons cette vidéo de propagande grotesque de France Culture qui prétend battre en brèche la croyance complotiste selon laquelle « Les services secrets US ont créé Daech » sans rappeler ce fait historique, et va jusqu’à instaurer des distinctions surréalistes comme « financement » et « mécénat ». Cf. le commentaire de Poutine au sujet d’Al-Qaïda et Daech :

« Au lieu de régler les conflits, [l’ingérence américano-occidentale] conduit à leur escalade ; à la place d’États souverains et stables, nous voyons la propagation croissante du chaos ; et à la place de la démocratie, il y a un soutien pour un public très douteux allant de néo-fascistes avoués à des islamistes radicaux. Pourquoi soutiennent-ils de tels individus ? Ils le font parce qu’ils décident de les utiliser comme instruments dans la voie de la réalisation de leurs objectifs, mais ensuite, ils se brûlent les doigts et font marche arrière. Je ne cesse jamais d’être étonné par la façon dont nos partenaires ne cessent de marcher sur le même râteau, comme on dit ici en Russie, c’est-à-dire de faire les mêmes erreurs encore et encore. Ils ont jadis parrainé des mouvements islamistes extrémistes pour combattre l’Union soviétique. Ces groupes se sont formés au combat et aguerris en Afghanistan, et ont plus tard donné naissance aux Talibans et à Al–Qaïda. L’Occident les a sinon soutenus, du moins a fermé les yeux sur cela, et, je dirais, a fourni des informations et un soutien politique et financier à l’invasion de la Russie et des pays de la région d’Asie centrale par les terroristes internationaux (nous ne l’avons pas oublié). C’est seulement après que des attaques terroristes horribles aient été commises sur le sol américain lui-même que les États-Unis ont pris conscience de la menace collective du terrorisme. Au cours de mes conversations avec les dirigeants américains et européens, je parlais toujours de la nécessité de lutter ensemble contre le terrorisme, de le considérer comme un défi à l’échelle mondiale. Nous ne pouvons pas nous résigner et accepter cette menace, nous ne pouvons pas la couper en morceaux séparés à l’aide du deux poids deux mesures. Nos partenaires ont exprimé leur accord, mais après quelques temps, nous nous sommes retrouvés au point de départ. Ce fut d’abord l’opération militaire en Irak, puis en Libye, qui a été poussée au bord du gouffre. Pourquoi la Libye a-t-elle été réduite à cette situation ? Aujourd’hui, c’est un pays en danger de démantèlement et qui est devenu un terrain d’entraînement pour les terroristes.

En Syrie, comme par le passé, les États-Unis et leurs alliés ont commencé à financer et armer directement les rebelles et leur ont permis de remplir leurs rangs de mercenaires provenant de divers pays. Permettez-moi de vous demander où ces rebelles obtiennent leur argent, leurs armes et leurs spécialistes militaires ? D’où tout cela vient-il ? Comment le tristement célèbre Daech a-t-il réussi à devenir un groupe aussi puissant, de fait une véritable force armée ?

Nous avons parfois l’impression que nos collègues et amis sont constamment aux prises avec les conséquences de leurs propres politiques, et qu’ils dépensent tous leurs efforts dans le traitement des risques qu’ils ont eux-mêmes créés, en payant un prix de plus en plus élevé. »

J’ai tenu à rappeler cela pour déclarer ceci : ces blessés (du Hezbollah), qui sont en très grand nombre, et qui ont participé à cette bataille (contre Daech, Al-Nosra, etc.), ont contribué à défendre la Syrie, certes, mais également à défendre le Liban, la Résistance, la Palestine et l’avenir de cette région et de cette Oumma (communauté musulmane), surtout que ces documents parlent clairement du but de la création de ces groupes (terroristes) durant ces dernières décennies. Et ces objectifs sont toujours d’actualité.

Quoi qu’il en soit, en ce jour qui est le vôtre, ô mes très-chers blessés, ô mes frères et sœurs, je vous adresse, à vous ainsi qu’à vos nobles familles, surtout aux mères et épouses des blessés, mes félicitations en ce jour, en cette occasion et en cette commémoration de la naissance (d’Abu Fadhl al-Abbas, demi-frère de l’Imam Hussein). […]

***

Wesley Clark, ancien Commandant suprême de l’OTAN : « Nous avons créé Daech pour combattre le Hezbollah »

Interview du Général américain Wesley Clark, ancien Commandant suprême des forces alliées de l’OTAN, sur CNN, le 11 février 2015.

Source : http://transcripts.cnn.com/TRANSCRIPTS/1502/11/cnr.09.html

Traduction : lecridespeuples.fr

Transcription :

Journaliste : Je suis maintenant rejointe par le Général Wesley Clark, ancien Commandant suprême des forces alliées de l’OTAN. Ravi de vous voir, monsieur. Vous êtes l’auteur du livre « N’attendez pas la prochaine guerre ». Nous attendons l’intervention du Président Obama. Je parlais à notre correspondant à la Maison Blanche, Jim Acosta, et il insistait dans son briefing quotidien sur ce que nous allons entendre de la part du Président, et il se demandait si son message sera intentionnellement flou [au sujet de ce que feront les Etats-Unis en Syrie face à Daech], c’est le mot qu’il a utilisé. Cela fait partie du problème. Le Président n’a pas été clair sur sa stratégie dans cette guerre. Pensez-vous que nous aurons un message clair ?

Wesley Clark : Je pense que nous aurons une plus grande clarté que ce que nous avons vu dans le passé.

Journaliste : Plus de clarté.

Wesley Clark : Plus de clarté. Écoutez, le Président, en ce qui concerne ce que nous faisons contre Daech, va demander ou a déjà demandé au Congrès la permission légale d’obtenir l’autorisation d’utiliser la force. Et c’est une étape nécessaire, car nous ne savons pas dans quelle direction va aller la bataille contre Daech.

Il est assez clair qu’elle ne peut pas être menée avec la seule puissance aérienne. Nous voulons que les membres de la coalition sur le terrain fournissent des forces terrestres. Il est assez clair qu’ils ont besoin d’aide, comme peut-être un appui aérien rapproché des États-Unis. On ne peut pas obtenir cela sans envoyer des troupes des forces spéciales avec eux.

Journaliste : Pensez-vous qu’à ce stade, nous entendrons cela (de la part d’Obama) ?

Wesley Clark : Je pense que vous entendrez quelque chose qui va pointer dans cette direction.

Journaliste : Mais rien en particulier en ce qui concerne des troupes de combat au sol ?

Wesley Clark : Je ne pense pas qu’il va parler de l’introduction de troupes de combat au sol. J’espère certainement que nous ne le ferons pas parce que je ne pense pas que la situation le justifie.

Je pense que notre expérience antérieure dans la région indique que ce n’est pas vraiment la bonne façon de résoudre ce problème.

Journaliste : Ok. Et qu’en est-il du faut qu’ils ne mettent sur la table aucune limite géographique à cette bataille ? Qu’est-ce que cela vous dit sur les renseignements que peuvent avoir le Président et le Pentagone en ce qui concerne (la présence et les ambitions de) Daech, disons dans les pays voisins ?

Wesley Clark : Je pense qu’il est important de laisser la géographie flexible à ce stade.

Nous savons ce que nous faisons en Irak. Nous avons été un peu inhibés en Syrie. Nous avons de grandes questions géopolitiques à résoudre. Par exemple, si vous vous débarrassez de Daech en Syrie grâce à un travail militaire massif, où cela nous laisse-t-il avec Bashar Assad ? Il n’y a pas de réponse à cela.

Journaliste : C’est vrai.

Wesley Clark : Et d’un autre côté, nous ne voulons pas coopérer avec Bashar Assad, les Iraniens, le Hezbollah et les Russes, parce qu’ils ne sont pas non plus nos amis. Nous sommes donc confrontés à un dilemme, et nous devons maintenir ce genre de flou. Mais nous avons besoin de l’autorisation de suivre les pistes, de mettre nos troupes à l’intérieur (de la Syrie) et d’avancer nos pions.

Écoutez, Daech a été créé grâce au financement de nos amis et alliés, car comme les gens du Moyen-Orient vous le diront, si vous voulez recruter des gens qui se battront à mort contre le Hezbollah, vous n’y parviendrez pas avec des affiches de recrutement disant « Engagez-vous à nos côtés pour construire un monde meilleur. » Il faut recruter des fanatiques, des fondamentalistes religieux. C’est eux qui pourront combattre le Hezbollah.

Journaliste : Mais Général, je comprends bien que…

Wesley Clark : C’est comme un Frankenstein.

Journaliste : Je vous comprends sur le fait de rester flou sur nos intentions en Syrie. Mais (la Syrie, l’Iran, la Russie et le Hezbollah) ont été très clairs dans leur volonté de détruire et de démanteler Daech. Il n’y a aucun flou à ce sujet. La question est celle-ci : s’ils anéantissent Daech en Syrie, ce qui est leur but, alors qu’adviendra-t-il de Bachar al-Assad ? Il doit y avoir un plan pour cette phase.

Wesley Clark : Oui. Eh bien, il y a certaines choses qu’on ne peut pas planifier clairement, parce qu’elles relèvent du domaine de la politique. Un aspect de cette question est est-ce que nous pouvons amener les Russes à retirer leur soutien à Bachar al-Assad ? Comment y parvenir ? Eh bien, nous traitons avec les Russes en Ukraine en ce moment, et ils ne sont pas coopératifs.

Journaliste : Non, ils ne le sont pas.

Wesley Clark : En fait, du point de vue de Poutine, il s’agit probablement de l’échiquier opposé. Il se dit que parce que les Américains ont besoin de lui sur le dossier (nucléaire) iranien, parce qu’ils n’ont pas de force terrestre en Syrie, ils comptent en fait sur lui, et que la Russie peut donc avancer ses pions en Ukraine et que les Américains ne l’arrêteront pas parce qu’ils craignent de perdre leur coopération ailleurs dans le monde. C’est comme ça que manœuvre Poutine.

C’est (une situation) difficile. On ne peut pas toujours tout organiser linéairement à l’avance. Mais nous devons obtenir l’autorisation d’utiliser des troupes terrestres là-bas parce que nous ne voulons pas que nos adversaires (se) disent qu’ils n’ont aucun problème, que les Américains ne peuvent pas mettre les pieds ici (en Syrie) parce que cela leur est interdit.

J’aimerais que nous restions assez larges en termes de limites géographiques (du déploiement des forces américaines et de leur champ d’intervention). Je pense que le Président reconnaît qu’il va devoir faire travailler des personnes plus étroitement avec les troupes au sol. Je pense que nous avons découvert grâce à notre expérience en Irak et en Afghanistan qu’il doit y avoir des gouvernements pour résoudre ce problème.

Sortir et tuer des gens ne résout pas le problème. La gouvernance ne peut pas être faite par les États-Unis.

Journaliste : Je suis contente que vous ayez évoqué Poutine. Je parlais à Mikhaïl Saakashvili, l’ancien Président de la Géorgie l’autre jour, et il me disait que Poutine adore ça, qu’une grande partie de l’attention des États-Unis soit tournée vers l’Irak et la Syrie, et c’est peut-être l’une des raisons pour laquelle il profite, semble-t-il, de ce qui se passe.

Wesley Clark : Cela ne fait aucun doute.

Journaliste : Sans aucun doute. Général Wesley Clark, merci d’avoir été avec nous.

Wesley Clark : Merci à vous.

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