Le Hezbollah en guerre (9) : massacre de Wadi Hujayr et résolution 1701 (12/08/2006)

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah Sayed Hassan Nasrallah le 12 août 2006, au 31e jour de la guerre d’annihilation déclenchée par Israël.

Traduit pour la première fois à l’occasion du 13ème anniversaire de l’événement. Tous les discours du Secrétaire Général du Hezbollah durant la guerre de 2006, inédits en français, seront intégralement publiés cet été.

Traduction : lecridespeuples.fr

Wadi al-Hujayr fut la scène du ‘massacre des Merkava’ (tanks israéliens). Les Israéliens eux-mêmes parlent du massacre des Merkava à Wadi al-Hujayr. La plaine de Khiam vient en deuxième position pour les pertes israéliennes, juste après Wadi al-Hujayr, et on appelle les combats qui y ont eu lieu le ‘brasier des Merkava’. Hassan Nasrallah, 13 août 2017.

Le jour même du déclenchement de la guerre le 13 juillet 2006, un projet de cessez-le feu fut soumis à l’ONU, mais les Etats-Unis y opposèrent leur veto : il était hors de question de mettre fin au conflit avant la liquidation définitive du Hezbollah. Les seules conditions après lesquelles un arrêt des hostilités et un retrait des forces israéliennes seraient envisagés étaient les suivantes :

  • la Résistance devait livrer toutes ses armes et être démantelée ;
  • 15 000 soldats de forces multinationales (et non de l’ONU) devaient être déployés le long de la frontière avec Israël, avec la Syrie, au port et à l’aéroport, avec toute autorité de contrôle pour s’assurer qu’aucune livraison d’armes ne serait effectuée ;
  • les deux prisonniers du Hezbollah devaient être livrés inconditionnellement à Israël ;
  • toute la zone au sud du fleuve Litani devait être désarmée.

Sans cela, le Liban serait détruit et le Hezbollah annihilé par la force. Du côté de l’administration américaine, ce discours resta constant durant les quatre premières semaines du conflit et ils ne cessèrent de bloquer les résolutions de cessez-le-feu, même si au vu de ses revers sur le terrain, Israël ne cessait de revoir ses objectifs militaires à la baisse. Mais la décision et le droit de veto étaient entre les mains de George Bush, Dick Cheney et Condoleeza Rice.

Pourquoi les Etats-Unis ont-ils subitement fait marche arrière et voté en faveur de la résolution 1701 le 12 août 2006 ? Que s’était-il passé sur le terrain ? A en croire les Mémoires de George Bush, il s’agissait avant tout d’épargner les civils libanais et le gouvernement allié de Fouad Siniora, qui risquait d’être renversé du fait de l’ampleur des massacres israéliens :

Les Israéliens avaient l’opportunité de porter un coup majeur au Hezbollah et à leurs sponsors en Iran et en Syrie. Malheureusement, ils ont mal géré cette opportunité. La campagne de bombardement israélienne a touché des cibles d’une valeur militaire douteuse, notamment des sites situés au nord du Liban, loin de la base du Hezbollah. Les dégâts ont été diffusés à la télévision à la vue de tous. Pour aggraver les choses, le Premier ministre Olmert a annoncé que la Syrie ne serait pas une cible. Je pensais que c’était une erreur. En éliminant la menace de représailles, Olmert laissait filer la Syrie et les encourageait à continuer de soutenir le Hezbollah.

Alors que la violence se poursuivait au cours de sa deuxième semaine, de nombreux dirigeants du G8 qui soutenaient Israël au début ont appelé à un cessez-le-feu. Je n’ai pas adhéré à leur point de vue. Un cessez-le-feu pourrait apporter un soulagement à court terme, mais cela ne résoudrait pas la cause première du conflit. Si un Hezbollah bien armé continuait de menacer Israël depuis le sud du Liban, ce ne serait qu’une question de temps avant que les combats ne reprennent. Je voulais gagner du temps pour qu’Israël puisse affaiblir les forces du Hezbollah. Je voulais aussi envoyer un message à l’Iran et à la Syrie : ils ne seraient pas autorisés à utiliser des organisations terroristes comme armées par procuration pour attaquer les démocraties en toute impunité.

Malheureusement, Israël a aggravé la situation. Au cours de la troisième semaine du conflit, des avions israéliens ont détruit un complexe d’appartements dans la ville libanaise de Qana. Vingt-huit civils ont été tués, dont plus de la moitié étaient des enfants. Le Premier ministre Siniora était furieux. Les dirigeants arabes ont violemment condamné le bombardement, dont les images du carnage ont été diffusées en boucle sur les télévisions du Moyen-Orient. J’ai commencé à craindre que l’offensive israélienne puisse renverser le gouvernement démocratique du Premier ministre Siniora.

J’ai convoqué une réunion du Conseil de sécurité nationale pour discuter de notre stratégie. Le désaccord au sein de l’équipe était brûlant. « Nous devons laisser les Israéliens liquider le Hezbollah », a déclaré Dick Cheney. « Si vous faites cela, répondit Condi [Condoleeza Rice], l’Amérique sera morte au Moyen-Orient ». Elle a recommandé que nous œuvrions à une résolution des Nations Unies appelant à un cessez-le-feu et au déploiement d’une force multinationale de maintien de la paix.

Aucun des deux choix n’était idéal. À court terme, je voulais voir le Hezbollah et ses commanditaires sérieusement amochés. À long terme, notre stratégie consistait à isoler l’Iran et la Syrie afin de réduire leur influence et d’encourager le changement de l’intérieur. Si les Etats-Unis continuaient de soutenir l’offensive israélienne, il nous faudrait opposer veto après veto à l’ONU. En fin de compte, au lieu d’isoler l’Iran et la Syrie, nous nous isolerions nous-mêmes.

J’ai estimé que les avantages à long terme permettant de maintenir la pression sur la Syrie et l’Iran l’emportaient sur les avantages à court terme de frapper davantage le Hezbollah. J’ai envoyé Condi à l’ONU, où elle a négocié la résolution 1701, qui préconisait la cessation immédiate de la violence, le désarmement du Hezbollah et d’autres milices au Liban, un embargo sur les expéditions d’armes (à destination du Liban) et le déploiement d’une force de sécurité internationale robuste dans le sud du Liban. Le gouvernement libanais, le Hezbollah et Israël ont tous accepté la résolution. Le cessez-le-feu est entré en vigueur le matin du 14 août.

Il faudrait une dose exceptionnelle de crédulité pour imaginer que Bush se souciait des civils Libanais, du gouvernement Siniora ou de la réputation des Etats-Unis au Moyen-Orient, dont la politique a toujours été celle du bâton : n’ayant pas hésité à causer des millions de morts en Irak, allaient-ils se soucier de quelques centaines de vies arabes supplémentaires si cela pouvait affaiblir séreusement le Hezbollah ? Certes non. La seule chose qui importe aux Etats-Unis au Moyen-Orient est Israël, outil de leur hégémonie militaire qu’ils étaient résolus à exploiter au maximum dans leur projet d’éliminer l’Axe de la Résistance (Hezbollah, puis Syrie & Iran).

Le 14 août 2013, dans un entretien commémorant le 7e anniversaire de la victoire de 2006, Hassan Nasrallah révéla les coulisses du vote de la résolution 1701, nous permettant notamment de comprendre pourquoi elle a été votée à une heure si avancée de la nuit :

Après la guerre, Cheikh Hamad b. Jasser (Ministre des Affaires Etrangères du Qatar et émissaire de la Ligue Arabe à l’ONU en août 2006) a demandé à me voir. On s’est rencontrés, et dès qu’il s’est assis, il m’a dit que depuis les négociations à New York, il avait résolu de me demander un entretien pour me poser une question :

– Alors permets-moi de te commencer par te poser cette question qui me brûle, et ensuite on pourra discuter d’autre chose, m’a-t-il demandé.

– Je t’en prie, ai-je répondu, tu es mon invité, c’est ton droit.

– Je vais te raconter toute l’histoire, et ensuite, réponds-moi. Lorsque nous sommes allés à New York, moi, Amr Moussa (Secrétaire Général de la Ligue Arabe) et d’autres, nous avons rencontré John Bolton à l’entrée (de l’ONU). ‘Qu’est-ce que vous venez faire ici’, nous a-t-il demandé ?

(Ils sont proches, ce sont des amis qui s’apprécient.)

‘Nous sommes envoyés par la Ligue Arabe, et nous voulons faire tout ce qu’on peut pour parvenir à un cessez-le-feu’, ai-je répondu. John Bolton a rétorqué qu’on ferait mieux d’aller prendre l’air et se promener plutôt que de perdre notre temps, car il n’y avait qu’une alternative : soit le Hezbollah sera écrasé et anéanti, soit il acceptera de se débarrasser de ses armes. Inutile de chercher une autre solution pour mettre fin à la guerre, a affirmé Bolton. Je lui ai répondu qu’on allait voir et faire de notre mieux de toute façon, et nous sommes entrés à l’ONU pour discuter (avec Israël).

Les discussions ont duré des jours, et Israël a commencé à revoir ses exigences à la baisse. Mais il insistait toujours sur certains points (préalables à tout cessez-le-feu), comme par exemple que même si le Hezbollah ne livrait pas toutes ses armes, il fallait que toutes les armes au sud du fleuve Litani soient retirées ; il fallait que 15 000 soldats de la FINUL viennent prendre leur place avant qu’ils se retirent des territoires qu’ils occupaient ; il était interdit aux civils (réfugiés et déplacés) de revenir dans leurs villages et sur leurs terres (du sud-Liban) avant la venue des 15 000 soldats de la FINUL et le retrait des forces israéliennes ; etc. On a cherché à savoir combien de temps il fallait pour faire venir 15 000 soldats (dans le cadre de la FINUL), et on a posé la question aux pays qui étaient prêts à y participer, et il s’est avéré qu’il fallait 4 ou 5 mois.

Ainsi, les conditions imposées par Israël durant les derniers jours de la guerre étaient qu’il fallait conclure un cessez-le-feu, retirer toutes les armes au sud du fleuve Litani, attendre la venue des 15 000 soldats de l’ONU au sud-Liban pendant plusieurs mois, le peuple libanais restant réfugié et déplacé durant tout ce temps, avant que les forces israéliennes se retirent.

(Ils s’apprêtaient à nous proposer cela, mais bien sûr, le Hezbollah aurait refusé catégoriquement.)

Une nuit que les négociations avaient été particulièrement longues et éprouvantes, parce que les Israéliens insistaient sur les 15 000 soldats (de la FINUL), on était très fatigués, mais on avait une idée claire de ce qui était non négociable et ce qui pouvait être résolu. Je suis retourné à l’ambassade du Qatar pour dormir, j’avais besoin de me reposer. Après une demi-heure, on m’a dit que l’envoyé d’Israël au Conseil de Sécurité voulait entrer pour me parler. Je l’ai donc fait rentrer. Il m’a dit ‘Cheikh Hamad, on a besoin de toi. Il faut qu’on organise une réunion au Conseil de Sécurité pour arrêter immédiatement la guerre.’ Je lui ai demandé s’il se moquait de moi, disant que je n’avais pas le temps de plaisanter et que j’avais besoin de me reposer. ‘Non, je suis très sérieux’, a-t-il répondu. Je lui ai demandé ce qui s’était passé. Il m’a répondu qu’il ne savait pas, et qu’il venait d’être contacté par son gouvernement qui lui avait dit qu’il fallait un cessez-le-feu et la fin de la guerre à tout prix. ‘Préparez-nous cela’, m’a-t-il demandé. Je lui ai demandé si les Américains étaient au courant. Il m’a dit que oui.

Je me suis donc habillé, et nous sommes retournés au Conseil de Sécurité. Nous avons trouvé John Bolton qui nous attendait à la porte. Il m’a demandé mon aide pour faire cesser la guerre. 

(Ces propos sont très importants).

Je lui ai demandé : ‘Est-ce que le Hezbollah a été détruit ?’ ‘Non’, a répondu Bolton.  ‘Est-ce qu’il a accepté de livrer ses armes ?’ ‘Non’, a répondu Bolton. Il était donc revenu sur ce qu’il m’avait dit lors de notre première rencontre. ‘Que se passe-t-il donc ?’ ‘Je n’en sais rien, a répondu Bolton. Tout ce que je sais, c’est qu’Olmert a contacté George Bush, et qu’il lui a dit de faire cesser la guerre. Il faut qu’on arrange ça d’une manière ou d’une autre.’

Nous sommes donc allés à la session (à huis clos) du Conseil de Sécurité. Nous avons parlé des armes au sud du Litani, et Israël a dit qu’il n’y avait pas de problème, que ces armes pouvaient rester. Nous avons parlé des 15 000 soldats de la FINUL qui avaient besoin de 4 ou 5 mois avant de pouvoir venir, mais Israël a dit qu’il n’y avait pas de problème, que les 2 000 soldats déjà présents suffiraient : il suffisait qu’un moment soit convenu, et ils retireraient toutes leurs forces (du sud-Liban). Et les prisonniers (israéliens) ? On négociera avec le Hezbollah, pas de problème, a répondu Israël. 

J’ai été complètement abasourdi. On débattait depuis des jours de manière très véhémente, ils avaient des exigences préalables précises et non négociables, etc., et tout cela était maintenant oublié ?! Il s’est sûrement passé quelque chose de grave. Et depuis ce jour, j’ai résolu de venir te voir pour te demander ce qui s’était passé durant ces nuits, et qui expliquait ce effondrement total des exigences israéliennes au niveau des négociations politiques. Que s’est-il donc passé ?

 – Je ne sais pas exactement à quelles nuits tu fais référence, mais je vais te répondre de mon mieux, lui ai-je répondu. Durant les derniers jours de la guerre, et Bush en parle dans ses Mémoires, il y avait un débat au sein de l’administration américaine pour savoir s’il fallait mettre fin à la guerre ou pas. Condoleeza Rice voulait y mettre fin. Certains dirigeants israéliens affirment que si la guerre s’était poursuivie, Israël se serait effondré. Ce n’est pas moi qui le dis. Mais ce que je sais de première main, c’est que tout cela était le résultat de ce qui s’était accumulé durant 33 jours, et non le fait d’un événement précis qui serait survenu durant ces nuits-là. Mais il y a bien eu un développement qualitatif notable durant les derniers jours.

Lorsque la guerre a commencé, Israël a (rapidement) épuisé toutes ses cibles, étant même amené à les frapper plusieurs fois sans parvenir à remporter la bataille. Il n’est pas parvenu à faire cesser les frappes de missiles (contre les colonies et villes israéliennes), et il n’est pas parvenu à tuer des dirigeants de haut rang (du Hezbollah), ni même des dirigeants de rang intermédiaire. Et la Résistance se poursuivait. Israël savait bien, via ses renseignements et ce qui se passait sur le terrain, que notre moral, notre capacité et notre initiative restaient très forts. Donc l’aviation israélienne était impuissante. Et en ce qui concerne leur marine, lorsque la corvette Sa’ar 5 a été frappée, toutes leurs forces navales ont été exclues de l’équation.

Israël s’est donc résolu à aller sur le terrain, faisant intervenir ses troupes d’élite, mais elles ont rencontré une résistance très violente. Leurs tanks ont été frappés et détruits (par dizaines). En journée, il leur était impossible de transporter leurs troupes via hélicoptère (car la Résistance en a abattu plusieurs). Les avions de guerre ne peuvent pas transporter de troupes, ils ne font que frapper des cibles. S’ils veulent transporter des troupes (pour prendre la Résistance à revers) et leur assurer un soutien logistique, ils ont besoin d’utiliser leurs hélicoptères. Mais en journée, nous avons abattu plusieurs de leurs hélicoptères.

Il ne leur restait donc que la nuit. Durant les derniers jours de la guerre, Israël avait fait tout ce qu’il pouvait faire. Entre parenthèses, certaines personnes disent que le problème résidait dans l’incapacité israélienne, dans leurs failles, dans leurs échecs. Mais ce n’est pas ce que conclut la commission Winograd, qui établit que dans toutes les guerres contre les Arabes, Israël avait des failles dangereuses, mais l’avait tout de même emporté. Ce ne sont pas les failles israéliennes qui ont causé leur défaite durant la guerre de 2006, non ! C’est le front adverse qu’ils combattaient (qui leur a infligé cette défaite grâce à son efficacité).  

Il ne leur restait que deux possibilités : une vaste offensive blindée, mais leurs tanks ont été détruits dans le massacre de tanks bien connu (à Wadi al-Hujayr) ; et un héliportage de leurs troupes de nuit au-delà des lignes de combat, afin d’encercler le front et de nous frapper par derrière. Ils ont héliporté certaines troupes. Ils estimaient, durant les derniers jours, que nous étions incapables de frapper leurs hélicoptères de nuit, car seuls ceux qui pénétraient notre territoire de jour était abattus, les autres n’étant pas inquiétés par la Résistance. Ils en ont conclu que la Résistance était incapable de cibler leurs hélicoptères de nuit. Ils ont donc eu l’idée de transporter leurs troupes de nuit derrière les lignes de combat. Leur projet était d’arriver jusqu’au fleuve Litani, ce qui explique les efforts qu’ils ont déployés en direction de Ghandoriye, d’y déposer leurs forces, et d’encercler ainsi toute la Résistance présente au sud du Litani. Voilà ce qui devait bouleverser la guerre à leurs yeux, et renverser la donne en leur faveur. Lorsqu’ils ont commencé à transporter leurs troupes, considérant que la Résistance était incapable d’abattre leurs hélicoptères de nuit, durant les dernières nuits, la Résistance a abattu un hélicoptère très moderne au-dessus de la colline de Maryamim. Et il a été alors rapporté que cet hélicoptère transportait 5 officiers (de haut rang), dont les commandants de l’opération en cours. 

Israël était donc complètement paralysé : s’ils lançaient leurs (divisions de) tanks, on les détruisait avec nos Kornet ; s’ils transportaient leurs troupes par hélicoptère, on les abattait (de jour comme) de nuit. Israël ne pouvait donc plus transporter ses troupes, ni ramener celles qui étaient déjà sur place, sans les exposer au danger. Ils ne pouvaient plus rien faire. Et c’est lorsqu’ils sont arrivés à cette étape qu’ils ont cessé la guerre. Car la guerre n’avait plus aucune issue, et plus aucune raison d’être, sinon de causer davantage de pertes israéliennes en soldats, en officiers – car la plupart de leurs victimes ont été tuées durant les derniers jours –, en tanks et en hélicoptères, tandis que leur front intérieur continuait à être frappé quotidiennement par la Résistance. Israël ne pouvait plus rien faire.

L’arrêt des hostilités a donc été causé par l’accumulation de tout ce qui s’est passé durant les 33 jours de guerre, mais le dernier développement qualitatif qui l’a causé est la destruction d’un hélicoptère israélien de nuit, qui a anéanti les derniers espoirs israéliens.

Je tiens à conclure ce développement en disant que si nous avions eu une direction politique libanaise authentique à l’époque, si nous avions eu un gouvernement uni, patriote et sincèrement attaché à la souveraineté du Liban,  nous aurions mis fin à la guerre aux conditions demandées par le Liban. Je n’exagère nullement : toutes les données le confirment. Nous aurions récupéré les fermes de Chebaa, les collines de Kfar Chouba, nos prisonniers, sans devoir les attendre (jusqu’à l’échange de prisonniers de juillet 2008), et nous aurions pu imposer nos propres conditions aux Israéliens. Mais malheureusement, la bataille politique (la plus acharnée) était à l’intérieur, et non au Conseil de Sécurité.

La dernière opération israélienne dont parle ici Nasrallah, tentative de Blitzkrieg qui a triplé les effectifs des soldats israéliens présents au Liban, compte en effet parmi les plus honteuses débâcles militaires de l’histoire. Nommée ‘Opération Changement de Direction 11‘, sa phase opérationnelle débuta le 8 août et visait à prendre en tenaille les combattants du Hezbollah entre la frontière avec Israël et le fleuve Litani. Elle était censée durer un mois entier. Des colonnes de tanks israéliens s’avancèrent en direction du fleuve Litani depuis plusieurs points qu’ils pensaient désertés par les soldats du Hezbollah. Mais ceux-ci les attendaient en embuscade, et les repoussèrent en leur infligeant des pertes considérables. Les 9 et 10 août, toute une division blindée fut tenue en échec par une poignée de soldats du Hezbollah, ce qu’un contributeur du journal israélien Haaretz désignera comme « l’une des opérations les plus humiliantes de l’histoire des forces israéliennes », qui amènera le commandant de cette division à démissionner.  A Khiam, scène du ‘brasier des Merkava’, le commandant de la division israélienne résuma la situation en ces termes :

Il est difficile de mieux décrire cette situation que par l’expression ‘on se faisait tirer comme des lapins’. Sous une grêle de feu, les tanks Merkava et les blindés Puma subissaient des frappes directes. Un soldat a été tué. L’ingénieur de combat en chef a été grièvement blessé. Et c’est ainsi que toutes les forces se sont dispersées dans la vallée. Les soldats sont sortis (des tanks) terrifiés et se sont cachés dans la région. Deux tanks sont tombés dans les canaux et leurs canons ont coulé, ce qui a accru la difficulté de leur sauvetage. […] ‘Il faut que tu mettes fin à cette farce, que tu ordonnes le retrait des troupes et que tu oublies l’idée même de t’emparer de Khiam’, m’a ordonné le commandant de la région nord. Une poignée soldats du Hezbollah a jeté un bataillon entier dans un trouble et une confusion telles qu’ils en ont perdu les notions de combat les plus élémentaires.

Et quant à Wadi al-Hujayr, scène du ‘massacre des Merkava’, la vidéo ci-dessous en montre des images éloquentes. Au total, au moins 34 soldats israéliens furent tués, 447 blessés, et des dizaines de tanks et de véhicules blindés détruits. On comprend que Bush ait été convaincu par Olmert de voter un cessez-le feu sans plus tarder, car une poursuite de la guerre aurait pu entraîner l’effondrement de l’entité sioniste. Certes, les termes de la résolution 1701 sont injustes et trop favorables à l’entité sioniste, condamnant le Hezbollah pour son opération de capture de soldats, mais pas Israël pour ses massacres et son agression, dont la responsabilité semble rejetée sur le Hezbollah. Mais en les comparant avec les objectifs israéliens et leurs exigences antérieures d’une part, considérablement revues à la baisse, et avec le fait que le Hezbollah ne s’estimait tenu que par la clause de cessez-le-feu, considérant comme nuls et non avenus les appels au désarmement de la Résistance, on comprend que Nasrallah ne se soit pas opposé à cette résolution, son souci principal étant de mettre fin à la guerre et ainsi de préserver les civils libanais. C’est pourquoi le Hezbollah s’est contenté d’exprimer ses réserves et ses critiques, énoncées ci-dessous, mais ses ministres ont voté en faveur de la résolution lors de la session du gouvernement qui s’est tenue le lendemain.

Comme on le verra, même si le cessez-le-feu entra effectivement en vigueur le 14 août 2006, Nasrallah avait raison de rester méfiant quant aux véritables intentions d’Israël.

Sayed Hasan

Le Hezbollah en guerre (9) : du 'massacre des Merkava' à la résolution de cessez-le-feu (12 août 2006) © Sayed Hasan

Transcription :

Je cherche refuge auprès de Dieu contre le démon lapidé.

Au Nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Louange à Dieu, Seigneur des Mondes, et que les prières et les salutations soient sur le Sceau des Prophètes, notre Maitre et Prophète Muhammad, sur sa famille pure, sur ses compagnons fidèles et sur l’ensemble des Prophètes et des Messagers.

Que la paix soit sur vous, ainsi que la Miséricorde de Dieu et ses Bénédictions.

Après les salutations de paix, les invocations et les compliments que j’adresse aux moudjahidines résistants héroïques et à notre peuple noble, endurant et loyal, et à quiconque nous aime, à toute personne sincère qui nous a soutenus ou assistés, que ce soit par une parole, une action ou de l’amour, je tiens aujourd’hui à m’adresser à vous essentiellement au sujet de la résolution de l’ONU votée au milieu de cette nuit, pour commenter cette résolution et expliquer la manière dont nous allons réagir aux événements durant les jours à venir. De même, je vais vous faire part de notre analyse politique de cette résolution, et de la manière dont nous la considérons dans les grands traits.

Pour commencer, je tiens à souligner que sans la lutte (victorieuse) des résistants héroïques, courageux, et honorables, et l’endurance de notre peuple courageux, grand, noble, loyal et persévérant, et sans l’endurance des forces politiques libanaises et de l’Etat libanais à travers ses différentes institutions – politiques, sécuritaires, militaires et civiles –, c’est-à-dire en un mot, sans l’endurance du Liban, nous serions aujourd’hui face à une situation ou à des résultats politiques et sécuritaires très préjudiciables, et notre ennemi aurait été en position d’imposer ses conditions politiques et sécuritaires, qui auraient mis le Liban dans une situation très différente,  bien pire que les accords du 17 mai [1983, signés entre Israël et le gouvernement collaborationniste d’Amine Gemayel]. Je prends ici en considération les objectifs annoncés de la guerre israélienne contre le Liban, ainsi que ses objectifs non annoncés, de même que les objectifs annoncés par l’administration américaine pour cette guerre contre le Liban. Par conséquent, aujourd’hui, nous sommes face aux conséquences naturelles, logiques et possibles de la Résistance extraordinaire exprimée par les Libanais via leurs différentes positions.

En ce qui concerne la résolution internationale qui a été votée, et notre réaction aux clauses et aux conséquences de cette résolution, indépendamment de notre position politique que je vais évoquer dans quelques instants, avec nos remarques, nos réserves et notre estimation, je tiens à commencer par souligner la manière dont la Résistance va se comporter durant les jours à venir.

Premièrement, au cas où un timing est établi pour la cessation des « activités de guerre » ou « actes d’agression », ou de toute autre nom qu’ils pourront leur donner, si on parvient à un accord pour un moment précis (auquel les hostilités cesseront) grâce aux efforts du Secrétaire Général de l’ONU ou à une coordination entre le Liban et le gouvernement ennemi, tout moment annoncé pour la cessation des hostilités sera respecté sans aucune hésitation par la Résistance. Et à cet égard, avant et après cette annonce, je souligne à nouveau que la Résistance n’est qu’une réaction (à l’agression israélienne), et par conséquent, lorsque les actes d’agression israéliens cesseront, les réactions (défensives) de la Résistance cesseront naturellement.

Deuxièmement, tout ce qui peut aider au retour de notre peuple déplacé et réfugié dans leurs terres et leurs maisons, et tout ce qui peut aider les actions humanitaires et de secours d’urgence, nous serons aussi disposés que possible à les faciliter et à y contribuer durant cette étape.

Troisièmement, par le passé, à travers notre position politique et notre présence au sein du gouvernement libanais, nous avons déclaré que nous étions d’accord avec l’idée du déploiement de l’armée libanaise renforcée par les forces de la FINUL, et nous respecterons cette position. Et lorsque la décision du déploiement de l’armée et des forces de la FINUL sera prise, la Résistance l’aidera et la facilitera avec toute la diligence requise, avec la grâce de Dieu.

Quatrièmement, puisqu’ils parlent de l’arrêt des hostilités, il semble que l’ennemi sioniste a interprété cela, et c’est ce qu’ont dit aujourd’hui certains de ses dirigeants, comme lui donnant le droit de poursuivre ses activités terrestres sur le champ de bataille, qu’ils considèrent comme défensives, ce qui leur permettrait ainsi de réaliser certains objectifs militaires et pratiques de l’agression israélienne contre le Liban. A cet égard, tant qu’il y aura des mouvements militaires israéliens, des agressions terrestres israéliennes et des soldats israéliens qui occupent notre territoire, nous aurons parfaitement le droit de leur faire face et de les combattre, et de défendre notre territoire, nos maisons et nos vies. Par conséquent, naturellement, tant que l’ennemi israélien occupera et agressera (le Liban), le Hezbollah et le peuple libanais auront pleinement le droit de résister, et nous exercerons ce droit de la manière qui nous paraitra la plus appropriée et la plus efficace. Et dans ce cadre, comme cela a été rappelé hier durant les interventions qui ont précédé le vote de la résolution internationale, et qui ont confirmé que l’accord d’avril 1996 régirait toute confrontation de ce type sur le terrain, je confirme naturellement que nous respecterons l’accord d’avril 1996, et nous appelons l’ennemi à le respecter également.

Voilà en ce qui concerne le côté pratique des jours à venir, car le véritable problème de cette résolution est qu’aucun cessez-le-feu complet n’y est annoncé, ni de retrait des forces occupantes : cette résolution ne parle que de l’arrêt des « hostilités », et il peut y avoir des interprétations différentes sur la définition de ce terme.

Je veux en venir à ceci : nous ne devons pas nous tromper, ni au sein de la Résistance, ni au sein du gouvernement, ni au niveau du peuple libanais. Nous ne devons pas nous imaginer – ni agir en conséquence – qu’au milieu de la nuit, lorsque le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté cette résolution, la guerre s’est terminée. La guerre n’est pas terminée, et j’en veux pour preuve le fait que l’agression se poursuit. Aujourd’hui, il y a eu des tentatives d’avancée (de l’ennemi) sur plus d’un point, des descentes (en hélicoptère) dans certaines régions, des frappes aériennes dans plusieurs régions, des morts, des destructions… Rien n’a changé, et tout porte à croire que demain, rien ne changera non plus. Et il semble que l’administration américaine, qui a accordé délai supplémentaire sur délai supplémentaire aux Israéliens pour qu’ils puissent accomplir des accomplissements sur le terrain – car ce n’est qu’après un mois de guerre d’agression contre le Liban que le Conseil de Sécurité (a pu voter la résolution de cessation des hostilités, Washington ayant enfin cessé d’user de son droit de veto) –, insiste également pour qu’il n’y ait pas d’accord de cessez-le-feu global. Et par conséquent, aujourd’hui samedi, l’ennemi a encore une chance devant lui (de poursuivre ses actes d’agression), jusqu’à demain dimanche, date de réunion du gouvernement ennemi (qui doit se prononcer sur la résolution de l’ONU), ce qui nous amène jusqu’à lundi pour qu’il puisse y avoir une coordination (sur l’heure de la cessation des hostilités). Et même lorsque ce moment sera annoncé, l’ennemi aura encore plusieurs jours devant lui, car il pourra prétexter que le cessez-le-feu ne commencera qu’au moment où l’armée libanaise et les forces de la FINUL se déploieront sur les lieux d’où l’ennemi se retirera. En fin de compte, tout ce processus accorde à l’ennemi israélien au moins plusieurs jours pour poursuivre son agression de différentes manières.

Nous devons tous être vigilants au Liban, et ne pas nous comporter en considérant que la guerre est finie, ce qui entrainerait le Liban, le peuple libanais, l’Etat libanais et l’armée libanaise, et surtout la Résistance, à une période de relâchement, comme si l’ennemi avait le droit, à la fin de la guerre, de tuer, de détruire, de lancer des incursions, de semer le trouble et la corruption sur nos terres, et de perpétrer toutes sortes de crimes, puisque dans quelques jours, la guerre va se terminer. Ce serait une grave erreur dans laquelle nous ne devons pas tomber. Et c’est pourquoi aujourd’hui encore, la Résistance est encore en train de mener des batailles héroïques, et elle continuera à le faire, remplissant ses devoirs nationaux, djihadistes, religieux, humanitaires et moraux en luttant contre l’ennemi féroce, cruel et bestial dont l’agression et les appétits n’ont aucune limite.

Voilà en ce qui concerne la manière dont nous allons conduire les choses durant les jours à venir et cette nouvelle étape.

En ce qui concerne la résolution elle-même, je ne vais pas en donner d’appréciation générale, ni considérer dans quelle mesure celle-ci soutient les demandes libanaises exprimées dans les 7 points sur lesquels nous nous sommes unanimement mis d’accord, ou dans quelle mesure elle s’en rapproche ou prépare le terrain pour qu’elles soient appliquées. Quoi qu’il en soit, je considère que le débat et la question ont maintenant dépassé cette estimation et ces discussions.

Mais en bref et en toute clarté, je tiens à dire ceci. Premièrement, nous considérons que certains aspects de cette résolution sont injustes et iniques, par exemple lorsqu’elle tente de faire porter la responsabilité (de la guerre) à la Résistance qui a réalisé une opération militaire limitée : malgré les mensonges que nous avons entendus hier au Conseil de Sécurité, que ce soit de la part de l’envoyé américain ou de l’envoyé israélien, tout ce qui s’est passé, c’est que deux soldats israéliens ont été capturés, point final. Ce sont les Israéliens qui ont commencé à bombarder les bâtiments, les villes, la banlieue sud de Beyrouth… En vérité, ils ont commencé par la fin (le pire en fait de crimes contre les civils), ils ont (immédiatement) attaqué les civils, et c’est seulement après que nous avons riposté en frappant les colonies du Nord de la Palestine occupée. Ce que les Etats-Unis, Israël et certains responsables des Nations Unies ne cessent de répéter, à savoir que le Hezbollah aurait capturé deux soldats puis immédiatement tiré des milliers de missiles contre le nord (d’Israël) n’est pas vrai : ce sont des mensonges, une falsification et une imposture manifestes. Que la Résistance soit condamnée pour avoir mené une opération militaire limitée, (et doive porter la responsabilité de tous) les actes, les conséquences et les répercussions (qui ont suivi), mais qu’en même temps, Israël ne soit ni critiquée ni dénoncée, et qu’il n’y ait pas la moindre mention dans la résolution internationale au sujet de l’agression (féroce) d’Israël,  de ses massacres atroces, de son meurtre de plus de 1 000 civils Libanais, des femmes et des enfants tués à Qana, à Chiyah, à Qaa, à Brital, à Akkar, à Srifa… Il est impossible d’énumérer et de dénombrer tous les villages dans lesquels des massacres ont été commis durant cette agression. Que le fait qu’Israël ait détruit l’infrastructure libanaise et commis des crimes de guerre ne soit pas même mentionné dans cette résolution, et certains vont même jusqu’à considérer que tout cela entrait dans le cadre du droit naturel d’Israël (à se défendre), c’est évidemment quelque chose d’injuste, d’inique et de scandaleux.

Quoi qu’il en soit, je m’arrête sur cet aspect pour des raisons morales, humanitaires et politiques. Et il y a d’autres points de cette résolution sur lesquels nous avons des réserves, mais nous retardons leur évocation de quelques jours, jusqu’à ce que des actions sérieuses soient menées en vue d’un cessez-le-feu, car nous voulons découvrir et qu’apparaissent véritablement les intentions de l’ennemi israélien à travers cette tactique américano-israélienne visant à parvenir à un cessez-le-feu en deux étapes, d’abord une cessation des hostilités puis ensuite un cessez-le-feu.

Il y a également des points dans la résolution que nous considérons comme des affaires internes libanaises (dans laquelle la communauté internationale n’a pas son mot à dire), qui doivent être débattues au sein du gouvernement, au sein de la Commission du dialogue national, entre nous, en tant que Libanais et forces politiques au Liban, qui sommes (les seuls) concernés par ces débats et la manière dont ils seront résolus. Nous avancerons notre avis et nos idées à ce sujet via le gouvernement et notre participation au gouvernement, et via notre participation générale sur la scène politique nationale où sont débattues ces questions.

Cette position de principe et ces réserves seront exprimés par nos ministres dans la session du gouvernement qui doit se tenir aujourd’hui pour que le gouvernement libanais prenne une position officielle.

Bien sûr, nous exprimons notre respect pour tous les efforts qui ont été effectués au niveau politique et officiel (pour parvenir à cette résolution), et dont les conséquences sont de nous avoir épargné quelque chose de pire. Car il y a des choses plus graves et plus néfastes encore qui auraient pu être soutenues par cette résolution internationale, mais que les efforts politiques et diplomatiques ont aidé (à écarter du texte final de la résolution), en plus de l’endurance, je tiens à répéter et souligner ce point, en plus de l’endurance exceptionnelle du peuple libanais, confinant à la légende, qui ont permis de repousser le pire.

Aujourd’hui, le gouvernement libanais peut… En toute certitude, il se comporte avec un sens de la responsabilité nationale, et peut se comporter sur la base de ce que lui dictera ce sens de la responsabilité nationale. Nous ne constituerons pas un obstacle face à toute résolution que le gouvernement libanais considèrera appropriée, mais nos ministres enregistreront nos réserves quant à celle-ci, quant à certains points du texte et du préambule de cette résolution que nous considérons injuste et inique.

Durant les prochaines étapes, il est évident que des responsabilités énormes pèseront sur le gouvernement libanais et l’Etat libanais en général, touchant à l’aspect sécuritaire, à la reconstruction, à la situation humanitaire et politique. Cela confirme, comme je l’ai souligné durant la guerre et comme je le souligne à nouveau en ces jours (de résolution du conflit), que nous avons toujours besoin de solidarité nationale et d’unité nationale. Et même durant la prochaine étape, lorsque la guerre aura vraiment cessé, je souligne l’importance de la solidarité nationale et de l’unité nationale face aux prochains défis qui sont imminents, et qui sont d’une importance capitale, très sensibles et très dangereux. Car lorsque, en fin de compte, l’ennemi israélien se rendra compte qu’il n’est pas parvenu à réaliser ses objectifs annoncés et non annoncés pour cette guerre, il ne laissera pas le Liban en paix et n’oubliera pas (son ressentiment contre) le Liban. Et il y a certains dangers que nous devons nous préparer à affronter, et auxquels nous ne pouvons faire face que par la solidarité, par la lucidité, par la vigilance et par l’unité nationale qui s’est manifestée de différentes manières durant ces dernières semaines, et nous devons la préserver durant l’étape à venir.

Bien sûr, je ne vais pas entrer maintenant dans une analyse de la guerre et une estimation de ses résultats, ni évoquer tout ce qui est débattu actuellement dans bien des disputes médiatiques et politiques, car je considère que nous sommes toujours au stade de la guerre. Notre véritable priorité à l’heure actuelle reste de mettre fin à l’agression, de parvenir à un cessez-le-feu qui signifiera la fin de l’agression israélienne, la reprise en main de nos territoires (occupés), la sécurité et la stabilité dans notre pays, et le retour des réfugiés et des déplacés. Et après cela, il sera temps d’évoquer ces questions. Nous ne voulons pas aller trop vite en besogne. Nous sommes toujours en plein combats, et nous voulons nous comporter avec les mêmes sentiments, les mêmes émotions et le même sens de la responsabilité avec lesquels nous nous sommes tous comportés depuis le début.

Actuellement, les efforts politiques se poursuivent. Le gouvernement libanais prendra la position qu’il estime adaptée, et les efforts se poursuivront pour parvenir à une cessation des hostilités. Nous verrons où vont les choses durant les jours à venir et comment l’ennemi se comportera véritablement. A cet égard, j’ai dit au début (de mon discours) que nous nous comporterons de manière pragmatique et constructive, comme il se doit, surtout en ce qui concerne le terrain, mais nous devons tous être vigilants et éveillés.

Aujourd’hui, l’ennemi poursuit ses opérations militaires et surtout terrestres, et l’armée israélienne se donne toute latitude pour continuer ses mouvements (sur notre territoire). Il semble que la véritable raison, ou qu’une des véritables raisons de la poursuite des hostilités, surtout terrestres, pour quelques jours encore, est liée à des problèmes intérieurs de l’armée et du gouvernement israéliens eux-mêmes, et à (la préparation de) l’étape d’après-guerre au sein de l’entité israélienne. C’est pourquoi aujourd’hui, (face au) Liban, après que le cadre politique pouvant mettre fin à la guerre ait été façonné via cette résolution de l’ONU, les Israéliens poursuivent leur guerre, et j’affirme qu’ils le font pour leurs propres raisons internes, qui touchent à l’image de leur armée et à une tentative de pouvoir offrir quelque succès militaire (à l’opinion israélienne), pour qu’ils puissent plus ou moins sauver la face. Mais quoi qu’il en soit, quels que puissent être les raisons de la poursuite de l’agression, ne serait-ce qu’au niveau de l’offensive terrestre, nous, au sein de la Résistance, vos frères, vos fils et vos bien-aimés (combattants) qui ont jusqu’à présent offert le spectacle le plus exalté de la virilité, de l’héroïsme, de l’honneur et de la dignité sur les terres du sud-Liban, poursuivent leurs actions, leur résistance et le combat. Et je considère que quelles que soient les actions mises en œuvre par l’armée d’occupation, qui essaie de percer dans telle ou telle région, et fait des efforts considérables pour essayer de parvenir au fleuve Litani, quel qu’en soit le point, pour pouvoir se vanter auprès de l’opinion israélienne et mondiale d’y être parvenu et d’occuper une (vaste) région. Quoi qu’il en soit, quelle que puisse être l’image que l’armée ennemie veut offrir via la poursuite de son agression, je vous confirme que la Résistance est toujours présente, puissante, déterminée et courageuse, et inflige à l’ennemi toujours plus de pertes en officiers, en soldats, en tanks et autres véhicules militaires, ainsi que ses bateaux militaires, comme cela s’est encore produit hier, et comme cela se produit encore aujourd’hui avec le massacre de tanks perpétré par les combattants héroïques de la Résistance Islamique au sud du Liban. Ces combattants poursuivent leur résistance, et nous sommes tous actifs à leurs côtés, espérant que nous sommes très proches de la fin de cette guerre, dont le Liban – le peuple, la Résistance et l’Etat – ne sortira que la tête haute, victorieux, honoré et glorieux, avec la grâce de Dieu.

Que la paix soit sur vous, ainsi que la Miséricorde de Dieu et ses Bénédictions.

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