Syrie : le projet d’épuration ethnique d’Erdogan

Explications d’Al-Mayadeen, chaîne libanaise proche de l’Axe de la Résistance.

Source : https://www.youtube.com/watch?v=5uVGGnnDqlc

Traduction : lecridespeuples.fr

Erdogan veut repousser les Kurdes loin des frontières de la Turquie, pour empêcher toute possibilité de création d’un Kurdistan en Syrie. Les Kurdes paient le prix de leur alignement sur les Etats-Unis, qu’ils ont préférés aux autorités syriennes : comme l’avaient prévu de nombreux observateurs, dont Hassan Nasrallah (pour qui les Kurdes ET les Turcs seraient les grands perdants de la victoire en Syrie), une fois le projet de partition de la Syrie neutralisé par l’Axe de la Résistance, la trahison de Trump était inévitable. On comprend que malgré sa condamnation de la Turquie, soutien majeur des terroristes depuis 2011, Damas ne soit pas pressée de venir en aide à une cinquième colonne toujours prête à trahir la Syrie, et se réjouisse du départ des Américains. Rappelons qu’Israël était le principal soutien de l’idée d’un Kurdistan indépendant.

Syrie : comprendre le projet d'épuration ethnique d'Erdogan

Transcription :

Journaliste : Quelles sont les chances de succès de l’opération d’Erdogan à l’Est de la Syrie ? Les détails avec Ahmad Abdallah.

Ahmad Abdallah : Bonsoir. Les plans turcs visant à créer une zone de sécurité à l’Est de la Syrie font face à des difficultés de terrain, militaires et politiques.

Le Président turc, Reccep Tayyip Erdogan, est victime d’un abandon des Etats-Unis, et n’a pas pu rencontrer son homologue Donald Trump en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies pour obtenir une bénédiction américaine avant cette opération. Erdogan est résolu à mener cette opération, qui semble quasiment impossible à réaliser.

Quels en sont les détails ?

Il est question pour la Turquie d’établir une zone de sécurité sur une bande de 32 kilomètres de large et de 480 kilomètres de long, et le coût de cette opération atteint les 27 milliards de dollars. Erdogan parle de son intention de renvoyer un million de réfugiés Syriens à l’Est de l’Euphrate, jusqu’à Raqqa et Deir-Ezzor si possible, ce qui pourrait porter le nombre à 3 millions de réfugiés.

Afin de réaliser ce projet (de repeuplement), des zones résidentielles seraient construites pour accueillir un million de réfugiés Syriens, et 10 villes capables d’accueillir 30 000 habitants seraient bâties, de même que 140 villages de 5000 habitants. Mais sur cette zone convoitée par Erdogan, 850 000 habitants vivent déjà, en majorité des Kurdes. Il s’agirait donc de les expulser de leur lieu de résidence. Le but de cette opération est donc clairement une épuration ethnique, démographique et religieuse de la région, (pour remplacer les populations syriennes Kurdes par des Syriens Arabes).

Militairement, Erdogan a préparé une force armée dans la région de Tal Abyad en intégrant des forces de diverses factions armées sous le nom d’Armée Nationale. Il est clair que le Président turc ne va pas combattre avec sa propre armée, mais avec les rebelles (terroristes) de l’opposition qui passent de la guerre contre l’Armée Syrienne au service du projet turc.

Politiquement, et en plus de ces difficultés sur le terrain, la question la plus importante reste celle-ci : le Président Erdogan pourra-t-il réaliser cette opération seul, sans bénédiction des Etats-Unis ? Et la Russie, qui entretient des bonnes relations avec les Kurdes, restera-t-elle les bras croisés ? Sans parler des Forces Syriennes Démocratiques (unités kurdes soutenues par les américains), qui ont promis une guerre totale si le Président turc met ses menaces à exécution.

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