Israël détruit des maisons palestiniennes sur les territoires occupés

Source : Al-Jazeera, le 22 juillet 2019

Traduction : lecridespeuples.fr

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Les troupes israéliennes ont détruit des dizaines de maisons palestiniennes dans le village de Sur Baher, malgré le tollé international.

Des centaines de soldats israéliens assistés de bulldozers ont détruit des maisons dans le village palestinien de Sur Baher malgré les protestations locales et les critiques internationales.

Les habitants du quartier de Wadi al-Hummus, situé dans ce village, ont déclaré lundi 22 juillet aux médias locaux que 16 immeubles résidentiels comptant une centaine d’appartements étaient en train d’être démolis.

« Les préparatifs ont commencé après minuit, alors que des centaines de soldats israéliens armés et assistés de bulldozers ont pris d’assaut la ville. Les familles dont les maisons étaient menacées de démolition ont été réveillées et expulsées de leur domicile », a déclaré l’organisation de libération de la Palestine (OLP) dans un tweet.

L’armée israélienne s’est justifiée en prétendant que les maisons situées à proximité du long mur de séparation israélien sinueux qui traverse la Cisjordanie occupée constituent un « risque de sécurité ».

La Cour suprême israélienne s’est prononcée en faveur de l’armée le mois dernier, mettant fin à une bataille juridique de sept ans, et a fixé à lundi la date limite pour la destruction des maisons. Selon les Palestiniens, les démolitions ont créé un précédent pour d’autres villes situées le long du tracé du mur de séparation, qui parcourt des centaines de kilomètres de la Cisjordanie occupée, empiétant sur son territoire.

Rob Matheson, envoyé spécial de la chaîne Al-Jazeera sur la zone de démolition, a rapporté que les démolitions avaient commencé à 07h15 du matin heure locale (04h15 GMT).

« Nous avons entendu des détonations très fortes venant d’un bâtiment situé juste à côté de chez nous. Elles étaient causées par une grosse pelle mécanique qui déchirait une partie du toit d’un bâtiment qui, jusqu’à ce matin, était la maison de deux familles », a-t-il déclaré.

« Le père d’une des familles est assis sur une chaise dans la rue et voit sa maison se faire détruire sous ses yeux. »

Le village de Sur Baher chevauche la ligne séparant Jérusalem-Est occupée de la Cisjordanie occupée. Il a été capturé et occupé par Israël lors de la guerre de 1967.

Selon Matheson, jusqu’à présent, les forces israéliennes ont rasé un bâtiment situé en Cisjordanie et détruit 50% d’une maison appartenant à une famille palestinienne de 10 personnes à Jérusalem-Est.

« Ils ont emmené la famille – nous avons entendu des cris et des lamentations. Et en deux heures, 50% du bâtiment a été détruit. »

Les démolitions marquent un « jour très sombre et triste » pour les résidents palestiniens, a-t-il déclaré.

Tout perdre

Selon le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, les habitants « suivaient leur propre loi » en construisant ces bâtiments.

« Il existe des centaines de structures illégales », a-t-il déclaré à la radio de l’armée israélienne.

« À mon grand regret, la gouvernance n’y est pas suffisante. Mais il ne s’agit pas seulement de la présence de centaines de structures : en plus, plusieurs dizaines d’entre elles sont situées presque directement sur le tracé de la barrière de séparation, constituant un danger pour les forces de sécurité qui y opèrent. »

Pour les Palestiniens, Israël utilise la sécurité comme prétexte pour les forcer à quitter la zone dans le cadre d’efforts à long terme visant à étendre les colonies de peuplement. Toutes les colonies sur les terres palestiniennes occupées sont illégales au regard du droit international.

Ils soulignent également que la plupart des bâtiments du quartier de Wadi al-Hummus sont censés être sous le contrôle de l’Autorité palestinienne et sous contrôle civil d’après les accords d’Oslo de 1993.

« J’ai construit cette maison pierre par pierre. Je rêvais de vivre dans cette maison. Maintenant, je suis en train de tout perdre », a déclaré Fadi al-Wahash, 37 ans. Sa voix s’est brisée lorsqu’un bulldozer a détruit sa maison inachevée de trois étages.

« J’avais un permis de construire de l’Autorité palestinienne. J’ai suivi les procédures. »

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Israël a commencé à démolir des dizaines de maisons palestiniennes [Mahmoud Illean / AP Photo]

« Ce qui se passe aujourd’hui, c’est un déplacement massif des personnes vivant à Wadi al-Houmous, en dépit de la tentative légale et diplomatique de protéger leurs biens », a déclaré Ali al-Obeidi, Président du comité Wadi al-Houmous, à l’agence de presse locale Maan.

Culture de l’impunité

Dalia Qumsieh, une avocate du groupe palestinien de défense des droits Al Haq, a déclaré à Al Jazeera que depuis le début de l’occupation israélienne, l’État juif « a toujours maintenu  cette politique de destruction de biens et de maisons palestiniens dans les territoires palestiniens occupés, et ce des deux côtés de la ligne verte. »

« Le cas de Sur Baher représente la traduction physique de la culture d’impunité qui prévaut », a-t-elle déclaré, s’exprimant depuis la ville occupée de Ramallah en Cisjordanie.

Qumsieh a déclaré que les démolitions s’inscrivaient dans une « situation à plusieurs niveaux de violations massives des droits de l’homme » qui inclut la destruction militaire injustifiée de biens, le transfert forcé de Palestiniens, le mur de séparation lui-même et enfin la violation de la souveraineté palestinienne et du droit imprescriptible à l’autodétermination.

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Traduction de ce Tweet : Le plus grand acte de démolition à Jérusalem occupée depuis 1967. L’occupation israélienne a légalisé la démolition de 16 bâtiments résidentiels dans le secteur de Wadi al-Hummus à Sur Baher.

Les résidents ont déclaré qu’ils se retrouveraient sans abri.

« Quand nos maisons seront démolies, nous nous retrouverons à la rue », a déclaré Ismail Abadiyeh, âgé de 42 ans, qui vit dans l’un des bâtiments menacés de destruction. Sa famille comprend quatre enfants.

Selon des responsables palestiniens, les structures menacées se situent dans des zones qu’elles devraient contrôler. À l’origine, tous les bâtiments avaient reçu un permis et une autorisation de l’Autorité palestinienne, qui administre cette partie du quartier.

Mais la Cour suprême israélienne a déclaré que ces structures violaient une interdiction de construction, ajoutant que des bâtiments proches de la barrière pourraient couvrir d’éventuels assaillants.

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Une centaine de maisons seront démolies dans la région de Wadi al-Hummus, près du mur de séparation [Mussa Qawasma / Reuters]

« Des centaines de soldats »

Les forces israéliennes ont découpé la clôture de fer près du village tôt lundi matin, ce qui leur a permis d’accéder plus facilement aux bâtiments. Des projecteurs ont éclairé un bâtiment de plusieurs étages en cours de construction, tandis que des dizaines de véhicules amenaient des policiers et des soldats casqués sur la zone.

À la première heure de la journée, des pelleteuses ont commencé à détruire une maison de deux étages tandis que des soldats prenaient position. Les pelleteuses en action ont été filmées et photographiées par des activistes palestiniens, israéliens et internationaux qui se sont mobilisés pour tenter d’arrêter la démolition.

« Depuis 2 heures du matin, ils évacuent les résidents de leurs maisons par la force et ils ont commencé à installer des explosifs dans les maisons à détruire. Il y a des centaines de soldats ici », a déclaré Hamada Hamada, un porte-parole de la communauté dans l’une des zones menacées de destruction.

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Des soldats israéliens placent des explosifs pour démolir un bâtiment à Sur Baher, à Jérusalem-Est [Abed Al Hashlamoun / EPA]

L’OLP a publié une déclaration dans laquelle elle accuse la Cour suprême israélienne de « créer un précédent permettant aux forces d’occupation israéliennes de démolir de nombreux bâtiments palestiniens situés à proximité immédiate » du mur.

Dans un communiqué, l’Union européenne a déclaré que les structures se trouvaient dans des zones sous juridiction de l’Autorité palestinienne et que la politique de démolition menée par Israël en territoire occupé était illégale au regard du droit international.

« Conformément à la position de longue date de l’UE, nous attendons des autorités israéliennes qu’elles arrêtent immédiatement les démolitions en cours », a-t-il déclaré.

Erdan, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, a accusé l’UE d’avoir porté foi « aux mensonges des Palestiniens ». Il a tweeté qu’en vertu des accords d’Oslo, Israël a le droit d’agir contre les constructions illégales qui représentent une menace pour sa sécurité.

La France a condamné séparément les destructions, affirmant qu’elles violaient le droit international.

« Pour la première fois, de telles démolitions ont eu lieu dans une zone contrôlée par l’Autorité palestinienne en vertu des Accords d’Oslo. Elles constituent un précédent dangereux, qui constitue une menace directe pour la solution à deux États », a déclaré le ministère français des Affaires étrangères dans une déclaration.

Le Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh a déclaré que les Palestiniens se plaindraient devant la Cour pénale internationale.

« Il s’agit d’une continuation du déplacement forcé des habitants de Jérusalem de leurs maisons et de leurs terres – un crime de guerre et un crime contre l’humanité », a déclaré Shtayyeh.

Israël prétend que ce mur de séparation – dont la longueur est estimée à 720 km une fois qu’il sera achevé – a empêché les attentats-suicides palestiniens qui ont culminé en 2002 et 2003.

Les Palestiniens appellent cela un accaparement de terres destiné à annexer des parties de la Cisjordanie à Israël, y compris des colonies israéliennes.

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