Toute la vérité sur Julian Assange: « Un système assassin est créé sous nos yeux »

Interview de Nils Melzer, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture.

Plutôt que les gesticulations des saltimbanques Branco & Dupond-Moretti, qui veulent faire croire aux nigauds que la France macronienne, plus que jamais asservie à Washington, pourrait ne serait-ce qu'envisager un instant d'accorder l'asile politique à Assange, cette même France-esclavissime qui sous Hollande a mis en danger la vie d'Evo Morales et violé son immunité pour s'assurer que Snowden n'était pas à bord de l'avion présidentiel, voilà un rappel des faits nécessaire que ni Le Monde ni Mediapart, parties prenantes de la cabale contre Assange, ne daigneraient fournir à leurs lecteurs.

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« Je n'ai jamais vu d'affaire comparable » Nils Melzer, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture.

Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, des pressions du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l'affaire, un juge partial, la détention dans une prison à sécurité maximale, la torture psychologique... et bientôt l'extradition vers les États-Unis, où il pourrait faire face à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des découvertes explosives de son enquête sur le cas du fondateur de Wikileaks, Julian Assange.

Une interview réalisée par Daniel Ryser, Yves Bachmann (Photos) et Charles Hawley (Traduction), le 31 janvier 2020.

Source : https://www.republik.ch/2020/01/31/nils-melzer-about-wikileaks-founder-julian-assange

Traduction : lecridespeuples.fr

1. La police suédoise a fabriqué de toutes pièces une histoire de viol 

Nils Melzer, pourquoi le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture s'intéresse-t-il à Julian Assange ?

C'est une chose que le ministère allemand des Affaires étrangères m'a récemment demandée : est-ce vraiment votre mandat principal ? Assange est-il victime de torture ?

Quelle a été votre réponse ?

L'affaire relève de mon mandat de trois manières différentes.

Premièrement, Assange a publié des preuves de torture systématique. Mais au lieu des responsables de ces actes de torture, c'est Assange qui est persécuté.

Deuxièmement, il a lui-même été maltraité au point qu'il présente maintenant des symptômes de torture psychologique.

Et troisièmement, il doit être extradé vers un pays qui détient des personnes comme lui dans des conditions de détention qu'Amnesty International a qualifiées de torture.

En résumé : Julian Assange a révélé des actes de torture, a été torturé lui-même et pourrait être torturé à mort aux États-Unis. Et un cas comme celui-ci ne devrait pas faire partie de mon domaine de responsabilité ? Au-delà de cela, l'affaire a une importance symbolique et affecte tous les citoyens des pays démocratiques.

Pourquoi n’avez-vous pas abordé le cas beaucoup plus tôt ?

Imaginez une pièce sombre. Soudain, quelqu'un fait la lumière sur l'éléphant qui se trouve dans la pièce, à savoir les criminels de guerre, la corruption. Assange est l'homme à l'honneur (qui a permis de révéler tout cela). Les gouvernements incriminés sont brièvement sous le choc, mais ils détournent ensuite l'attention avec des accusations de viol. C'est une manœuvre classique lorsqu'il s'agit de manipuler l'opinion publique. L'éléphant disparaît à nouveau dans l'obscurité, derrière les projecteurs. Et Assange devient le centre d'attention à la place, et nous commençons à nous demander si Assange fait du skateboard à l'ambassade ou s'il nourrit correctement son chat. Soudain, nous savons tous qu'il est un violeur, un pirate informatique, un espion et un narcissique (notamment à en croire Le Monde et Mediapart). Mais les abus et les crimes de guerre qu'il a découverts s'estompent dans l'obscurité. J'ai également perdu ma concentration, malgré mon expérience professionnelle, qui aurait dû me conduire à être plus vigilant.

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 Cinquante semaines de prison pour avoir violé les termes de sa libération sous caution : Julian Assange en janvier 2020 dans un fourgon de police, en route vers la prison de sécurité maximale de Belmarsh située à Londres.[/caption]

Commençons par le commencement : qu'est-ce qui vous a amené à vous saisir de l'affaire ?

En décembre 2018, ses avocats m'ont demandé d'intervenir. J'ai d'abord refusé. J'étais surchargé par d'autres requêtes et je ne connaissais pas vraiment le dossier. Mon impression, largement influencée par les médias, était également teintée par le préjugé selon lequel Julian Assange était en quelque sorte coupable et qu'il voulait me manipuler. En mars 2019, ses avocats m'ont approché pour la deuxième fois car les indications qu'Assange serait bientôt expulsé de l'ambassade d'Équateur se faisaient de plus en plus fortes. Ils m'ont envoyé quelques documents clés et un résumé de l'affaire, et j'ai pensé que mon intégrité professionnelle exigeait que j'examine au moins le matériel.

Et puis ?

Il est rapidement devenu clair pour moi que quelque chose n'allait pas. Qu'il y avait une contradiction qui n'avait aucun sens pour moi avec ma vaste expérience juridique : pourquoi une personne ferait-elle l'objet d'une enquête préliminaire de neuf ans pour viol sans qu'aucune accusation n'ait jamais été déposée ?

Est-ce inhabituel ?

Je n'ai jamais vu de cas comparable. N'importe qui peut déclencher une enquête préliminaire contre quelqu'un d'autre en se rendant simplement à la police et en accusant ladite personne d'un crime. Cependant, les autorités suédoises ne se sont jamais intéressées aux témoignages d'Assange. Elles l'ont intentionnellement laissé dans l'incertitude. Imaginez simplement être accusé de viol pendant neuf ans et demi par tout un appareil d'État et par les médias sans jamais avoir eu la chance de vous défendre, car aucune accusation n'avait jamais été déposée.

Vous dites que les autorités suédoises ne se sont jamais intéressées aux témoignages d'Assange. Mais les médias et les agences gouvernementales ont brossé un tableau complètement différent au fil des ans : Julian Assange, disent-ils, a fui le système judiciaire suédois afin d'éviter de devoir rendre compte de ses actes.

C’est ce que j’ai toujours pensé, jusqu’à ce que je commence à enquêter. Mais c'est précisément l'inverse qui est vrai. Assange a dénoncé les autorités suédoises à plusieurs reprises car il voulait être entendu et répondre aux accusations. Mais les autorités ont fait la sourde oreille.

Que voulez-vous dire par là ?

Permettez-moi de commencer par le commencement. Je parle couramment le suédois et j'ai donc pu lire tous les documents originaux. Je pouvais à peine en croire mes yeux : selon le témoignage de la femme en question, un viol n'avait jamais eu lieu. Et pas seulement cela : le témoignage de cette femme a ensuite été modifié par la police de Stockholm sans son implication afin de faire en quelque sorte penser à un possible viol. J'ai tous les documents en ma possession, les mails, les SMS.

« Le témoignage de la femme a ensuite été modifié par la police ». De quelle manière exactement ?

Le 20 août 2010, une femme nommée S. W. est entrée dans un poste de police de Stockholm avec une deuxième femme nommée A. A. La première femme, S. W., a déclaré qu'elle avait eu des relations sexuelles consensuelles avec Julian Assange, mais qu'il ne portait pas de préservatif. Elle a dit qu'elle craignait maintenant d'être infectée par le VIH et voulait savoir si elle pouvait forcer Assange à passer un test de dépistage du VIH. Elle a déclaré qu'elle était vraiment inquiète. La police a enregistré sa déclaration et a immédiatement informé le parquet. Avant même la fin de l'interrogatoire, S. W. a été informé qu'Assange serait arrêté pour des soupçons de viol. S. W. a été choquée et a refusé de poursuivre l'interrogatoire. Alors qu'elle était encore au poste de police, elle a écrit un SMS à un ami lui disant qu'elle ne voulait pas incriminer Assange, qu'elle voulait seulement qu'il passe un test de dépistage du VIH, mais que la police voulait apparemment « mettre la main sur lui ».

Qu'est-ce que ça veut dire ?

S. W. n'a jamais accusé Julian Assange de viol. Elle a refusé de participer à d'autres interrogatoires et est rentrée chez elle. Néanmoins, deux heures plus tard, un gros titre est apparu sur la première page d'Expressen, un tabloïd suédois, disant que Julian Assange était soupçonné d'avoir commis deux viols.

Deux viols ?

Oui, car il y avait la deuxième femme, A. A. Elle ne voulait pas non plus porter plainte ; elle avait simplement accompagné S. W. au poste de police. Elle n'a même pas été interrogée ce jour-là. Elle a dit plus tard qu'Assange l'avait harcelée sexuellement. Je ne peux pas dire, bien sûr, si c'est vrai ou non. Je peux seulement indiquer l'ordre des événements : une femme entre dans un poste de police. Elle ne veut pas porter plainte mais veut demander un test de dépistage du VIH. La police décide alors que cela pourrait être un cas de viol et une affaire justifiant l'intervention du procureur. La femme refuse de suivre cette version des événements, puis rentre chez elle et écrit à un ami que ce n'était pas son intention, mais que la police veut « mettre la main sur » Assange. Deux heures plus tard, l'affaire sort dans la presse. Comme nous le savons aujourd'hui, les procureurs l'ont divulguée à la presse, et ils l'ont fait sans même inviter Assange à faire une déclaration. Et la deuxième femme qui aurait été violée selon les titres du 20 août n'a été interrogée que le 21 août.

Qu'a dit la deuxième femme lorsqu'elle a été interrogée ?

Elle a dit qu'elle avait mis son appartement à la disposition d'Assange, qui était en Suède pour une conférence. Un petit appartement d'une pièce. Quand Assange était dans l'appartement, elle est rentrée à la maison plus tôt que prévu, mais lui a dit que ce n'était pas un problème et qu'ils pouvaient dormir dans le même lit. Cette nuit-là, ils ont eu des relations sexuelles consensuelles, avec un préservatif. Mais elle a dit que pendant les rapports sexuels, Assange avait intentionnellement déchiré le préservatif. Si cela est vrai, il s'agit bien sûr d'une infraction sexuelle dite « furtive ». Mais la femme a également déclaré qu'elle n'avait remarqué que plus tard que le préservatif était déchiré. C'est une contradiction qui aurait dû absolument être clarifiée. Si je ne le remarque pas, je ne peux pas savoir que l'autre l'a déchiré intentionnellement. Pas une seule trace d'ADN d'Assange ou d'A. A. n'a pu être détectée sur le préservatif qui a été présenté comme preuve.

Comment les deux femmes se connaissaient-elles ?

Elles ne se connaissaient pas vraiment. A. A., qui accueillait Assange et était son attachée de presse, avait rencontré S. W. lors d'un événement où S. W. portait un pull en cachemire rose. Apparemment, elle savait par Assange qu'il était intéressé par une rencontre sexuelle avec S. W., car un soir, elle a reçu un SMS d'une connaissance disant qu'il savait qu'Assange était chez elle et que lui, la connaissance, aimerait entrer en contact avec Assange. A. A. a répondu : Assange couche apparemment en ce moment avec la « fille en cachemire ». Le lendemain matin, S. W. a parlé avec A. A. au téléphone et a dit qu'elle aussi avait couché avec Assange et craignait maintenant d'être infectée par le VIH. Cette préoccupation était apparemment réelle, car S.W. est même allée à une clinique pour consultation. A. A. a ensuite suggéré : allons voir la police ; ils peuvent forcer Assange à passer un test de dépistage du VIH. Les deux femmes, cependant, ne se sont pas rendues au poste de police le plus proche, mais à un poste assez éloigné où une amie de A. A. travaille comme policière. Celle-ci a ensuite interrogé S. W., initialement en présence d'A. A., ce qui n'est pas réglementaire. Jusqu'à présent, cependant, le seul problème était tout au plus un manque de professionnalisme. La malveillance délibérée des autorités ne s'est manifestée que lorsqu'elles ont immédiatement diffusé les soupçons de viol via la presse à sensation, et ce sans avoir entendu A. A. et en contradiction avec la déclaration de S. W. Cela violait également une interdiction claire dans la loi suédoise de ne pas divulguer les noms des victimes ou des auteurs présumés dans les affaires d'infraction sexuelle. L'affaire avait maintenant été portée à l'attention du procureur général de la capitale, qui a suspendu l'enquête sur le viol quelques jours plus tard, estimant que même si les déclarations de S. W. étaient crédibles, rien n'indiquait qu'un crime avait été commis.

Mais c'est alors que l'affaire a vraiment pris des proportions énormes. Pourquoi donc ?

Ensuite, le superviseur de la policière qui avait mené l'interrogatoire lui a écrit un e-mail lui disant de réécrire la déclaration de S. W.

ae7c94c0202d2e237296d811e97f684822e69dc5 Les copies originales des échanges de courrier entre la police suédoise.[/caption]

Qu'est-ce que la policière a changé ?

Nous ne le savons pas, car la première déclaration a été directement réécrite dans le programme informatique et n'existe plus. Nous savons seulement que la déclaration d'origine, selon le procureur général, ne contenait apparemment aucune indication qu'un crime avait été commis. Dans le formulaire édité, il est dit que les deux personnes ont eu des relations sexuelles plusieurs fois, consenties et avec un préservatif. Mais le matin, selon la déclaration révisée, la femme s'est réveillée parce qu'il a essayé de la pénétrer sans préservatif. Elle lui demande : « Tu portes un préservatif ? » Il répond : « Non » Puis elle dit : « Tu ferais mieux de ne pas avoir le VIH », et elle lui permet de continuer. La déclaration a été révisée sans la participation de la femme en question et n'a pas été signée par elle. Il s'agit d'un élément de preuve manipulé à partir duquel les autorités suédoises ont ensuite fabriqué une histoire de viol.

Pourquoi les autorités suédoises feraient-elles une chose pareille ?

Le timing est décisif : fin juillet, Wikileaks, en collaboration avec le New York Times, le Guardian et Der Spiegel, a publié le « Journal de guerre d'Afghanistan ». C'était l'une des plus grandes fuites de l'histoire de l'armée américaine. Les États-Unis ont immédiatement exigé que leurs alliés inondent Assange d'affaires criminelles. Nous ne connaissons pas toute la correspondance, mais Stratfor, un cabinet de conseil en sécurité qui travaille pour le gouvernement américain, a apparemment conseillé aux responsables américains de noyer Assange sous toutes sortes d'affaires criminelles durant les 25 prochaines années.

2. Assange contacte le pouvoir judiciaire suédois à plusieurs reprises pour faire une déclaration, mais il est rejeté

Pourquoi Assange ne s'est-il pas livré à la police à l'époque ?

Il a fait. Je l'ai mentionné plus tôt.

Veuillez nous expliquer cela plus en detail.

Assange a appris les allégations de viol par la presse. Il a contacté la police pour pouvoir faire une déclaration. Bien que le scandale ait atteint le public, il n'a été autorisé à le faire que neuf jours plus tard, alors que l'accusation d'avoir violé S. W. n'était plus poursuivie par la justice, le procureur ayant classé l'affaire. Mais les procédures liées au harcèlement sexuel de A. A. se poursuivaient. Le 30 août 2010, Assange s'est présenté au poste de police pour faire une déclaration. Il a été interrogé par le même policier qui avait depuis ordonné la révision de la déclaration de S. W. Au début de la conversation, Assange a déclaré qu'il était prêt à faire une déclaration, mais a ajouté qu'il ne voulait pas la lire à nouveau dans la presse. C'est son droit et il a reçu l'assurance que cela serait accordé. Mais le soir même, tout était à nouveau dans les journaux. Cela ne pouvait provenir que des autorités car personne d'autre n'était présent lors de son interrogatoire. L'intention était très clairement de salir son nom.

b511f8f682dc659826735bd7233edfdf3f78c963 Le professeur suisse de droit international, Nils Melzer, est photographié près de Bienne, en Suisse.[/caption]

D'où est venue l'histoire selon laquelle Assange cherchait à éviter la justice suédoise ?

Cette version a été fabriquée, mais elle n'est pas conforme aux faits. S'il avait essayé de se cacher, il n'aurait pas comparu de son plein gré au poste de police. Sur la base de la déclaration révisée de S. W., un appel a été déposé contre la tentative du procureur de suspendre l'enquête, et le 2 septembre 2010, la procédure d'enquête pour viol a repris. Un représentant légal du nom de Claes Borgström a été nommé pour les deux femmes aux frais du contribuable. L'homme était un associé du cabinet d'avocats du précédent ministre de la Justice, Thomas Bodström, sous la supervision duquel le personnel de sécurité suédois avait saisi deux hommes en plein milieu de Stockholm au simple prétexte que les États-Unis les considéraient suspects. Les deux hommes ont été saisis sans aucune forme de procédure judiciaire, puis livrés à la CIA, qui les a torturés. Cela montre plus clairement le contexte transatlantique de cette affaire. Après la reprise de l'enquête pour viol, Assange a indiqué à plusieurs reprises par l'intermédiaire de son avocat qu'il souhaitait répondre aux accusations. Le procureur responsable de l'affaire a continué de repousser cette audition. À un moment, cela ne collait pas avec le calendrier du procureur ; à un autre, le policier responsable était malade. Trois semaines plus tard, son avocat a finalement écrit qu'Assange devait absolument se rendre à Berlin pour une conférence et a demandé s'il était autorisé à quitter le pays. Le parquet lui a donné l’autorisation écrite de quitter la Suède pour de courtes périodes.

Et puis ?

Le fait est que le jour où Julian Assange a quitté la Suède, à un moment où il n'était pas clair s'il partait pour une courte ou une longue période, un mandat d'arrêt a été émis contre lui. Il est allé de Stockholm à Berlin sur un vol de Scandinavian Airlines. Pendant le vol, ses ordinateurs portables ont disparu de ses bagages enregistrés. À son arrivée à Berlin, Lufthansa a demandé une enquête à SAS, mais la compagnie aérienne a apparemment refusé de fournir la moindre information.

Pourquoi ?

C'est exactement le problème. Dans cette affaire, il se passe constamment des choses qui ne devraient pas être possibles, à moins de les regarder sous un angle différent. Assange, en tout cas, a poursuivi sa route en direction de Londres, mais n'a pas cherché à se cacher de la justice. Par l'intermédiaire de son avocat suédois, il a proposé aux procureurs plusieurs dates possibles d'interrogatoire en Suède. Cette correspondance existe. Ensuite, les événements suivants se sont produits : Assange a eu vent du fait qu'une affaire criminelle secrète avait été ouverte contre lui aux États-Unis. À l'époque, cela n'a pas été confirmé par les États-Unis, mais aujourd'hui nous savons que c'était vrai. À partir de ce moment, l'avocat d'Assange a commencé à dire que son client était prêt à témoigner en Suède, mais il a exigé l'assurance diplomatique que la Suède ne l'extraderait pas aux États-Unis.

Était-ce seulement un scénario réaliste ?

Absolument. Quelques années auparavant, comme je l'ai déjà mentionné, le personnel de sécurité suédois avait livré à la CIA deux demandeurs d'asile, tous deux enregistrés en Suède, sans passer par la moindre procédure judiciaire. Les abus ont déjà commencé à l'aéroport de Stockholm, où ils ont été maltraités, drogués et transportés par avion en Égypte, où ils ont été torturés. Nous ne savons pas s’il s’agit des seuls cas de ce type. Mais nous sommes au courant de ces deux cas car les hommes ont survécu. Tous deux ont par la suite déposé plainte auprès des agences des droits de l'homme de l'ONU et ont obtenu gain de cause. La Suède a été obligée de payer à chacun d'eux un demi-million de dollars en dommages et intérêts.

La Suède a-t-elle accepté les demandes soumises par Assange ?

Les avocats disent que pendant les près des sept ans au cours desquels Assange a vécu à l'ambassade d'Équateur, ils ont fait plus de 30 offres pour organiser la visite d'Assange en Suède, en échange d'une garantie qu'il ne serait pas extradé vers les États-Unis. La Suède a refusé de fournir une telle garantie en faisant valoir que les États-Unis n'avaient pas fait de demande formelle d'extradition.

Comment jugez-vous la demande des avocats d'Assange ?

Ces assurances diplomatiques sont une pratique internationale courante. Les gens demandent l’assurance qu’ils ne seront pas extradés vers des endroits où il existe un risque de graves violations des droits de l’homme, indépendamment du fait qu’une demande d’extradition ait été déposée par le pays en question ou non. Il s'agit d'une procédure politique et non juridique. Voici un exemple : disons que la France exige que la Suisse extrade un homme d'affaires kazakh qui vit en Suisse mais qui est recherché par la France et le Kazakhstan pour des allégations de fraude fiscale. La Suisse ne voit aucun danger de torture en France, mais pense qu'un tel danger existe au Kazakhstan. Ainsi, la Suisse dit à la France : Nous allons extrader cet homme vers vous, mais nous voulons une assurance diplomatique qu'il ne sera pas extradé vers le Kazakhstan. La réponse française ne serait pas: « Le Kazakhstan n'a même pas déposé de demande ! » Au contraire, ils accorderaient bien entendu une telle assurance. Les arguments venant de Suède étaient au mieux ténus. C'est une partie de la question. L'autre aspect, et je le dis sur la base de toute mon expérience dans les coulisses de la pratique internationale standard, est que si un pays refuse de fournir une telle assurance diplomatique, tous les doutes quant aux bonnes intentions du pays en question sont justifiés. Pourquoi la Suède ne fournirait-elle pas de telles assurances ? D'un point de vue juridique, après tout, les États-Unis n'ont absolument rien à voir avec les procédures d'infraction sexuelle en Suède.

Pourquoi la Suède ne voulait-elle pas offrir une telle assurance ?

Il suffit de regarder comment l'affaire s'est déroulée : pour la Suède, il n'a jamais été question des intérêts des deux femmes. Même après sa demande d’assurance qu’il ne serait pas extradé, Assange voulait toujours témoigner. Il a déclaré : Si vous ne pouvez pas garantir que je ne serai pas extradé, alors je suis prêt à être interrogé à Londres ou via une liaison vidéo.

Mais est-il normal, voire légalement acceptable, que les autorités suédoises se rendent dans un autre pays pour un tel interrogatoire ?

C'est une autre indication que la Suède n'a jamais voulu découvrir la vérité. Pour exactement ce genre de questions judiciaires, il existe un traité de coopération entre le Royaume-Uni et la Suède, qui prévoit que les fonctionnaires suédois peuvent se rendre au Royaume-Uni, ou vice versa, pour mener des interrogatoires, ou que ces interrogatoires peuvent avoir lieu par liaison vidéo. Au cours de la période en question, de tels interrogatoires entre la Suède et l'Angleterre ont eu lieu dans 44 autres cas. Ce n’est que dans le cas de Julian Assange que la Suède a insisté sur le fait qu’il était essentiel qu’il comparaisse en personne.

3. Lorsque le plus haut tribunal suédois a finalement contraint les procureurs de Stockholm à porter plainte ou à suspendre l’affaire, les autorités britanniques ont exigé : « Ne prenez pas froid aux pieds !! »

Pourquoi cela ?

Il n'y a qu'une seule explication à tout cela (refus d'accorder des assurances diplomatiques, refus de l'interroger à Londres...) : ils voulaient [...]

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Voir notre dossier sur Assange.

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