L’avenir du Liban, les armes du Hezbollah et le poignard d’Esmeralda

Suivi de réflexions de Ali Khamenei sur les écrivains français et l'art

Ce que l’Ayatollah Khamenei a dit à Saad Hariri à propos des armes du Hezbollah

Source : Al-Alam, 13 janvier 2018

Traduction : lecridespeuples.fr

Le Président libanais, Saad Hariri, a considéré le Hezbollah comme un membre du gouvernement libanais, soulignant que « la porte est toujours ouverte pour que le Hezbollah participe au gouvernement, qui doit être formé après les élections prévues en mai prochain ».

De nombreux observateurs des affaires libanaises ont considéré cette position comme une gifle pour l’Arabie saoudite, et c’est une position qui rappelle ce que l’ancien ministre iranien de la Culture, Sayed Atallah Muhajirani, a écrit à propos de la rencontre de Hariri avec le Guide Suprême de la Révolution Islamique, l’Ayatollah Ali Khamenei.

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Atallah Muhajirani a relaté sur son site Internet Maktoob les souvenirs qu’il avait avec l’ancien ministre de la Culture libanais, Tariq Mitri, notamment le jour où ce dernier lui a raconté les détails de la rencontre de Saad Hariri avec le Guide de la Révolution Islamique en 2010 et les détails de leur échange au sujet des armes du Hezbollah.

Voici les souvenirs de Muhajirani à ce sujet :

Tariq al-Mitri, le ministre libanais de la Culture (2008-2005) était et est toujours rigoureux, agréable, compétent et versé dans la littérature. Le rencontrer m’a toujours beaucoup apporté ! Nous mêlions le thé à la menthe aux bavardages, sans modération ! Un jour que nous nous trouvions à Tanger, il m’a dit :

« Je vais te raconter l’histoire de la rencontre de Saad Hariri avec l’Ayatollah Khamenei. Je ne pense pas que tu la connaisses.

Nous avons accompagné Saad Hariri à Téhéran. Nous devions rencontrer l’Ayatollah Khamenei (le 29 novembre 2010), et il a été décidé que Saad Hariri se joindrait à nous en tant que Premier ministre. Nous étions six ministres ensemble et notre réunion (préalable) a eu lieu au palais de Saadabad, où résidait Hariri. Hariri a déclaré :

– Nous devons soulever la question des armes du Hezbollah comme étant le principal problème au Liban.

Je n’ai rien dit, mais tous les autres étaient d’accord.

L’Ayatollah Khamenei a reçu Hariri à notre arrivée à son bureau, chaleureusement et cordialement. Il a fait l’éloge de sa jeunesse et de son intelligence, a mentionné Rafik Hariri avec bienveillance et a parlé du Liban dans les meilleurs termes. Puis il a demandé à Hariri :

– Monsieur le Premier ministre, avez-vous lu le roman Le Bossu de Notre-Dame ?

Il était clair qu’il ne l’avait pas lu, mais il a simplement hoché la tête, sans indiquer clairement s’il l’avait lu ou non.

L’Ayatollah Khamenei a poursuivi :

– Ce roman parle d’une belle femme. C’est la plus belle femme de Paris, et il est naturel que les puissants cherchent à la posséder, de même que les influents, les humbles et les meurtriers, mais tout le monde savait…

Soudain, il demanda à Hariri :

– Comment s’appelait-elle ?

Tariq Mitri a pris la parole pour répondre :

– Esmeralda.

Les yeux de l’Ayatollah Khamenei ont pétillé et il a repris :

– C’est ça. Vous êtes bien le ministre de la Culture !

Puis il a poursuivi :

– Tout le monde savait qu’Esmeralda avait un beau poignard tranchant, qu’elle portait sur elle en permanence. Elle l’utilisait chaque fois que quelqu’un s’avisait de vouloir la déshonorer. Monsieur le Président ! Le Liban est comme cette belle femme. Le Liban est la perle du Moyen-Orient. Nombreux sont ceux qui cherchent à mettre la main sur votre pays. Israël est le principal danger qui vous menace. Ne sont-ils pas venus jusque dans les rues de Beyrouth ? N’ont-ils pas tué des gens ? N’ont-ils pas détruit votre pays ? Les armes de la Résistance sont le poignard d’Esmeralda, qui amènera vos ennemis à désespérer et les privera de leur capacité d’agir contre vous.

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Le dialogue s’est poursuivi, mais Hariri n’a pas dit un mot sur les armes du Hezbollah. Quand je lui en ai demandé la raison après la réunion, il m’a répondu :

– Au vu de ce qui a été dit, je ne pouvais rien dire à ce sujet.

Commentaires de l’Ayatollah Khamenei sur Victor Hugo & l’œuvre de Romain Rolland

Sources : khamenei.ir (1, 2 & 3)

Traduction : lecridespeuples.fr

Les Misérables est une œuvre miraculeuse

Extrait d’un discours du 20 septembre 1993

[…] Je dirais que Les Misérables est miraculeux parmi tous les autres romans. J’ai recommandé à tous les jeunes, à plusieurs reprises, de lire ce roman. Les Misérables est en quelque sorte une œuvre d’art sociologique. C’est un témoignage historique. C’est un livre important : un livre sur la divinité, la bonté, la compassion et l’amour.

Je me suis souvenu du talent de Victor Hugo, illustré dans son livre Les Misérables, qui raconte les guerres de Napoléon. Plus précisément, on y trouve le récit de certains épisodes des guerres napoléoniennes. Je pense que Victor Hugo a représenté le meilleur de ces scènes à travers ses mots. Victor Hugo est un homme sage, et non un auteur typique. Il est en effet un sage, au sens où nous musulmans l’entendons, et ce sage a inséré ses plus belles pensées dans Les Misérables. Les Misérables est un livre de sagesse, et à mon avis, tout le monde devrait le lire. […]


A propos de Romain Rolland

Discours du 14 mai 2009

[…] Puisque M. Ahmad Qazi est présent parmi nous, et que nous avons été informés qu’il est le frère de feu Mohammad Qazi, le fameux traducteur, je voudrais dire qu’il y a peut-être 40 ans ou plus, j’ai lu la première traduction de feu Mohammad Qazi. Je pense que c’était la traduction du livre Mahatma Gandhi écrit par Romain Rolland. Le livre et la traduction de Mohammad Qazi sont vraiment exceptionnels et importants.

Quelques années plus tard, j’ai lu une autre traduction faite par lui. C’était une traduction d’un autre ouvrage très important écrit par Romain Rolland qui est Amour d’enfants. Je pense qu’il est en trois ou quatre volumes, et la prose utilisée par M. Qazi était vraiment élégante et bien organisée.

Bien sûr, je ne peux pas dire à quel point la traduction est exacte et rigoureuse. Ceux qui connaissent la langue originale peuvent dire si elle est exacte ou non. Cependant, cette traduction est vraiment exceptionnelle en termes de style littéraire et de prose. Je connais les travaux des traducteurs et écrivains persans et je sais à quel point ils sont précieux. Compte tenu de cette évaluation, je pense que la traduction de M. Qazi est exceptionnelle. Je l’ai vu une fois de près. À la fin de mon mandat présidentiel, je l’ai rencontré lors d’un congrès de commémoration de Hafiz à Chiraz. Il m’a été présenté. Il avait un problème au larynx et il utilisait un laryngophone pour parler. Nous avons engagé une courte conversation. […]


L’art et les artistes selon Khamenei, 29 juillet 2010

[…] Si les êtres humains sont honorables, leur cœur et leur esprit méritent également le respect. Il n’est pas correct de tout présenter au public simplement parce qu’il prête attention à ce que dit l’artiste. Nous devons voir ce que l’artiste essaie de dire. Considérer ce que quelqu’un veut dire est une vertu. Si je me souviens bien, j’ai un jour cité Romain Rolland qui disait que chaque œuvre artistique est un pour cent de l’art et quatre-vingt-dix-neuf pour cent de l’éthique. Pour être plus prudent, disons que chaque œuvre artistique est à 10% de l’art et à 90% de l’éthique. J’ai réalisé que le commentaire de Rolland n’est pas un commentaire exact. Si on me posait la question, je dirais pour ma part que chaque œuvre artistique est 100% art et 100% éthique. Ces deux éléments ne sont pas nécessairement incompatibles. Il faut présenter 100% de son travail artistique à travers l’innovation artistique et en remplir 100% avec un contenu qui promeut les vertus et les idées nobles et éclairantes. Par conséquent,  « l’art engagé » est une expression cohérente. Certaines personnes qui se soucient des questions artistiques craignent que l’artiste puisse agir contre les vertus humaines et l’éthique sous prétexte de la liberté d’imagination et de la liberté artistique. C’est un point très important. […]

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