Kadyrov : Macron, principal terroriste en France, incite les musulmans à la violence

Déclaration de Ramzan Kadyrov, Président de la République de Tchétchénie, le 27 octobre 2020

Source : Telegram

Traduction : lecridespeuples.fr

Les autorités françaises soutiennent la publication de caricatures du Prophète Muhammad (saas). C’est ce qu’a déclaré le Président Emmanuel Macron. Il qualifie les actions offensantes pour près de deux milliards de musulmans du monde de « liberté d’expression ». De plus, Macron a décidé qu’il changerait leur religion et créerait un « islam éclairé » en France.

Je ne sais pas dans quel état se trouvait Macron lorsqu’il a fait cette déclaration, mais les conséquences d’une telle réaction peuvent être très tragiques. Le Président français lui-même devient désormais comme un terroriste. En soutenant les provocations, il appelle implicitement les musulmans à commettre des crimes.

Macron ne peut manquer de savoir que les caricatures du Prophète sont douloureusement perçues par les croyants. Et par ses actions, au contraire, il attise les flammes, et ne les éteint pas, comme tout dirigeant digne de ce nom aurait dû le faire.

Jamais dans l’histoire une telle politique ne s’est bien terminée. Mais le Président français a besoin de tels bouleversements liés spécifiquement au monde musulman.

Se cachant derrière une volonté de rétablir l’ordre, il élabore de nouvelles lois, évoquant la nécessité de contrôler les mosquées et les organisations religieuses. Mais en fait, tout le problème réside en lui-même. Tant que lui et les dirigeants des autres pays européens ne commenceront pas à respecter des concepts tels que la « RELIGION », la « CULTURE », la « MORALITÉ », il n’y aura pas d’ordre ni de futur qui en vaille la peine dans leurs États. Dénigrer la religion, s’en moquer ouvertement, ils considèrent tout cela comme un respect de la liberté d’expression, mais en même temps, ils empiètent eux-mêmes sur les valeurs des autres.

kadyrov

Le Prophète Muhammad (saas) est un exemple pour tous les musulmans du monde. Nous sommes tous, près de deux milliards de personnes, adeptes de sa sunna. Et cela, entre autres, nous unit. La chose la plus importante dans la vie d’un musulman est la religion. Personne n’a le droit de la traiter de manière avilissante. Les musulmans ne le pardonneront pas.

Cesse donc, Macron, avant qu’il ne soit trop tard, les provocations et les attaques contre la foi. Sinon, tu resteras dans l’histoire comme le Président qui a pris des décisions insensées. Votre position absurde sur la publication de caricatures aujourd’hui est condamnée non seulement par les musulmans du monde entier, mais également par tous les représentants modérés d’autres confessions.

Tu n’as même pas le courage d’admettre que le dénigrement de la foi et sa dérision ont été à l’origine du sort tragique du Professeur en banlieue parisienne. Il a œuvré sans relâche à ce résultat, provoquant avec défi les élèves, malgré leur indignation et leurs demandes de ne pas montrer des dessins offensants. En conséquence, tu l’élèves au rang de héros de la France, et la personne qu’il a provoquée est considérée comme terroriste.

Eh bien, Macron, si tu le qualifies de terroriste, alors dans ce cas, tu es cent fois pire, car tu forces les gens au terrorisme, tu y pousses les gens, tu ne leur laisses pas le choix, tu crées toutes les conditions pour nourrir les idées extrémistes dans les esprits des jeunes. Tu peux légitimement te qualifier de chef de file et d’inspirateur du terrorisme dans ton pays.

En te cachant derrière de faux slogans sur les valeurs humaines les plus élevées, par ton comportement et tes actions, tu obliges les gens à commettre des crimes. Et si tu ne veux pas comprendre de simples vérités, alors sois prêt au fait que les musulmans du monde entier ne permettront pas que le nom du Grand Prophète Muhammad (saas) soit insulté. Tu ne dois même pas en douter !

Voir également L'avertissement de l'Iran, du Hezbollah et du Pakistan aux pyromanes de l'islamophobie

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A mettre en perspective avec ces extraits de l'indispensable article de Pierre Tevanian, « Je suis prof : 16 brèves réflexions contre la terreur et l’obscurantisme, en hommage à Samuel Paty »

[...] 3. Puis, au fil des lectures, une gêne s’est installée, concernant ce que, sur les réseaux sociaux, je pouvais lire, « dans mon camp » cette fois-ci – c’est-à-dire principalement chez des gens dont je partage plus ou moins une certaine conception du combat antiraciste. Ce qui tout d’abord m’a gêné fut le fait d’énoncer tout de suite des analyses explicatives alors qu’au fond on ne savait à peu près rien sur le détail des faits : quel comportement avait eu précisément Samuel Paty, en montrant quels dessins, quelles interactions avaient eu lieu après-coup avec les élèves, avec les parents, qui avait protesté et en quels termes, sous quelles forme, qui avait envenimé le contentieux et comment s’était produit l’embrasement des réseaux sociaux, et enfin quel était le profil de l’assassin, quel était son vécu russe, tchétchène, français – son vécu dans toutes ses dimensions (familiale, socio-économique, scolaire, médicale), sa sociabilité et ses accointances (ou absences d’accointances) religieuses, politiques, délinquantes, terroristes ?

J’étais gêné par exemple par le fait que soit souvent validée a priori, dès les premières heures qui suivirent le crime, l’hypothèse que Samuel Paty avait « déconné », alors qu’on n’était même pas certain par exemple que c’était le dessin dégoutant du prophète cul nu (j’y reviendrai) qui avait été montré en classe (puisqu’on lisait aussi que le professeur avait déposé plainte « pour diffamation » suite aux accusations proférées contre lui), et qu’on ne savait rien des conditions et de la manière dont il avait agencé son cours.

4. Par ailleurs, dans l’hypothèse (qui a fini par se confirmer) que c’était bien ce dessin, effectivement problématique (j’y reviendrai), qui avait servi de déclencheur ou de prétexte pour la campagne contre Samuel Paty, autre chose me gênait. D’abord cet oubli : montrer un dessin, aussi problématique soit-il, obscène, grossier, de mauvais goût, ou même raciste, peut très bien s’intégrer dans une démarche pédagogique, particulièrement en cours d’histoire – après tout, nous montrons bien des caricatures anti-juives ignobles quand nous étudions la montée de l’antisémitisme, me confiait un collègue historien, et cela ne constitue évidemment pas en soi une pure et simple perpétuation de l’offense raciste. Les deux cas sont différents par bien des aspects, mais dans tous les cas tout se joue dans la manière dont les documents sont présentés et ensuite collectivement commentés, analysés, critiqués. Or, sur ladite manière, en l’occurrence, nous sommes restés longtemps sans savoir ce qui exactement s’était passé, et ce que nous avons fini par appendre est que Samuel Paty n’avait pas eu d’intention maligne : il s’agissait vraiment de discuter de la liberté d’expression, autour d’un cas particulièrement litigieux.

5. En outre, s’il s’est avéré ensuite, dans les récits qui ont pu être reconstitués (notamment dans Libération), que Samuel Paty n’avait fait aucun usage malveillant de ces caricatures, et que les parents d’élèves qui s’étaient au départ inquiétés l’avaient assez rapidement et facilement compris après discussion, s’il s’est avéré aussi qu’au-delà de cet épisode particulier, Samuel Paty était un professeur très impliqué et apprécié, chaleureux, blagueur, il est dommageable que d’emblée, il n’ait pas été martelé ceci, aussi bien par les inconditionnels de l’ « esprit Charlie » que par les personnes légitimement choquées par certaines des caricatures : que même dans le cas contraire, même si le professeur avait « déconné », que ce soit un peu ou beaucoup, que même s’il avait manqué de précautions pédagogiques, que même s’il avait intentionnellement cherché à blesser, bref : que même s’il avait été un « mauvais prof », hautain, fumiste, ou même raciste, rien, absolument rien ne justifiait ce qui a été commis. [...]

14. Puis, quelques jours à peine après l’effroyable attentat, sans aucune concertation sur le terrain, auprès de la profession concernée, est tombée par voie de presse (comme d’habitude) une stupéfiante nouvelle : l’ensemble des Conseils régionaux de France a décidé de faire distribuer un « recueil de caricatures » (on ne sait pas lesquelles) dans tous les lycées. S’il faut donner son sang, allez donner le vôtre, disait la chanson. Qu’ils aillent donc, ces élus, distribuer eux-mêmes leurs petites bibles républicaines, sur les marchés. Mais non : c’est notre sang à nous, petits profs de merde, méprisés, sous-payés, insultés depuis des années, qui doit couler, a-t-il été décidé en haut lieu. Et possiblement aussi celui de nos élèves.

Car il faut se rendre à l’évidence : si cette information est confirmée, et si nous acceptons ce rôle de héros et martyrs d’un pouvoir qui joue aux petits soldats de plomb avec des profs et des élèves de chair et d’os, nous devenons officiellement la cible privilégiée des groupes terroristes. À un ennemi qui ne fonctionne, dans ses choix de cibles et dans sa communication politique, qu’au défi, au symbole et à l’invocation de l’honneur du Prophète, nos dirigeants répondent en toute irresponsabilité par le défi, le symbole, et la remise en jeu de l’image du Prophète. À quoi doit-on s’attendre ? Y sommes-nous prêts ? Moi non. [...]

9. Le temps du choc, du deuil et de l’amertume « contre mon propre camp » fut cela dit parasité assez vite par un vacarme médiatique assourdissant, charriant son lot d’infamie dans des proportions autrement plus terrifiantes. Samuel Gontier, fidèle « au poste », en a donné un aperçu glaçant :

- des panels politiques dans lesquels « l’équilibre » invoqué par le présentateur (Pascal Praud) consiste en un trio droite, droite extrême et extrême droite (LREM, Les Républicains, Rassemblement national), et où les différentes familles de la gauche (Verts, PS, PCF, France insoumise, sans même parler de l’extrême gauche) sont tout simplement exclues ;

- des « débats » où sont mis sérieusement à l’agenda l’interdiction du voile dans tout l’espace public, l’expulsion de toutes les femmes portant le foulard, la déchéance de nationalité pour celles qui seraient françaises, la réouverture des « bagnes » « dans îles Kerguelen », le rétablissement de la peine de mort, et enfin la « criminalisation » de toutes les idéologies musulmanes conservatrices, « pas seulement le djihadisme mais aussi l’islamisme » (un peu comme si, à la suite des attentats des Brigades Rouges, de la Fraction Armée Rouge ou d’Action Directe, on avait voulu criminaliser, donc interdire et dissoudre toute la gauche socialiste, communiste, écologiste ou radicale, sous prétexte qu’elle partageait avec les groupes terroristes « l’opposition au capitalisme ») ;

- des « plateaux » sur lesquels un Manuel Valls peut appeler en toute conscience et en toute tranquillité, sans causer de scandale, à piétiner la Convention Européenne des Droits Humains : « S’il nous faut, dans un moment exceptionnel, s’éloigner du droit européen, faire évoluer notre Constitution, il faut le faire. », « Je l’ai dit en 2015, nous sommes en guerre. Si nous sommes en guerre, donc il faut agir, frapper. ».

10. Puis, très vite, il y a eu cette offensive du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin contre le CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France), dénuée de tout fondement du point de vue de la lutte anti-terroriste – puisque l’association n’a évidemment pris aucune part dans le crime du 17 octobre 2020, ni même dans la campagne publique (sur Youtube et Twitter) qui y a conduit.

Cette dénonciation – proprement calomnieuse, donc – s’est autorisée en fait d’une montée en généralité, en abstraction et même en « nébulosité », et d’un grossier sophisme : le meurtre de Samuel Paty est une atteinte aux « valeurs » et aux « institutions » de « la République », que justement le CCIF « combat » aussi – moyennant quoi le CCIF a « quelque chose à voir » avec ce crime et il doit donc être dissous, CQFD. L’accusation n’en demeure pas moins fantaisiste autant qu’infamante, puisque le « combat » de l’association, loin de viser les principes et les institutions républicaines en tant que telles, vise tout au contraire leur manque d’effectivité : toute l’activité du CCIF (c’est vérifiable, sur le site de l’association aussi bien que dans les rapports des journalistes, au fil de l’actualité, depuis des années) consiste à combattre la discrimination en raison de l’appartenance ou de la pratique réelle ou supposée d’une religion, donc à faire appliquer une loi de la république. Le CCIF réalise ce travail par les moyens les plus républicains qui soient, en rappelant l’état du Droit, en proposant des médiations ou en portant devant la Justice, institution républicaine s’il en est, des cas d’atteinte au principe d’égalité, principe républicain s’il en est.

Ce travail fait donc du CCIF une institution précieuse (en tout cas dans une république démocratique) qu’on appelle un « contre-pouvoir » : en d’autres termes, un ennemi de l’arbitraire d’État et non de la « République ». Son travail d’alerte contribue même à sauver ladite République, d’elle-même pourrait-on dire, ou plutôt de ses serviteurs défaillants et de ses démons que sont le racisme et la discrimination.

Il s’est rapidement avéré, du coup, que cette offensive sans rapport réel avec la lutte anti-terroriste s’inscrivait en fait dans un tout autre agenda, dont on avait connu les prémisses dès le début de mandat d’Emmanuel Macron, dans les injures violentes et les tentatives d’interdiction de Jean-Michel Blanquer contre le syndicat Sud éducation 93, ou plus récemment dans l’acharnement haineux du député Robin Réda, censé diriger une audition parlementaire antiraciste, contre les associations de soutien aux immigrés, et notamment le GISTI (Groupe d’Information et de Soutien aux Immigrés). Cet agenda est ni plus ni moins que la mise hors-jeu des « corps intermédiaires » de la société civile, et en premier lieu des contre-pouvoirs que sont les associations antiracistes et de défense des droits humains, ainsi que les syndicats, en attendant le tour des partis politiques – confère, déjà, la brutalisation du débat politique, et notamment les attaques tout à fait inouïes, contraires pour le coup à la tradition républicaine, de Gérald Darmanin contre les écologistes (Julien Bayou, Sandra Regol et Esther Benbassa) puis contre la France insoumise et son supposé « islamo-gauchisme qui a détruit la république », ces dernières semaines, avant donc le meurtre de Samuel Paty.

Un agenda dans lequel figure aussi, on vient de l’apprendre, un combat judiciaire contre le site d’information Mediapart. [...]

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