Nasrallah: Israël n'est pas un État juif, les colons seront expulsés ou décimés

Extrait d'une interview du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 26 mai 2020, à l'occasion des 20 ans de la Libération du sud-Liban. L'entretien a duré près de 3 heures.

Al-Quds (Jérusalem) sera-t-elle « libérée » à la manière des Croisés en 1099, qui ont passé tous les musulmans & Juifs au fil de l'épée, y compris les femmes et les enfants, ou à la manière de Saladin en 1187, qui a permis à tous les occupants chrétiens de repartir sains et saufs ? Pour sa part, en 1948, Israël avait largement recouru aux massacres pour faire fuir la population palestinienne. Nasrallah marque clairement sa préférence, mais comme il l'explique, cela ne dépendra pas de lui, et une fois la Grande Guerre de Libération déclenchée, il se peut « qu'il n'y ait plus le temps pour les Juifs de quitter la Palestine, et il n'y aura pour eux aucun endroit sûr en Palestine occupée. [...] Et l'ampleur des massacres commis par Israël contre le peuple palestinien et les peuples de la région, son partenariat avec Daech et sa complicité ouverte dans le projet de partition de la région [...], tout cela fera que les peuples de la région rendront un verdict capital à leur encontre. »

Nasrallah : 'Israël n'est pas un Etat juif et sera détruit, les colons seront expulsés ou décimés' © Le Cri des Peuples

Transcription :

Journaliste : [...] Eminent Sayed (descendant du Prophète), nous avons commencé (cet entretien) en abordant (les déclarations récentes d'Ehoud Barak affirmant que dès 1985, il avait prévu la débâcle survenue en 2000), et vous avez déclaré que dès 1982, la Résistance envisageait la victoire comme un horizon certain. Maintenant, je me tourne vers l'avenir et je vous demande : aux yeux du Hezbollah et de la Résistance, comment envisagez-vous l'an 2035 (en ce qui concerne l'existence d'Israël) ?

Hassan Nasrallah : Vous m'interrogez donc au sujet des 25 années (d'existence maximale) pronostiquées par Son Éminence le Guide Suprême (Sayed Khamenei en 2015). Son Éminence le Guide, que Dieu le préserve, n'a pas déclaré qu'Israël disparaîtrait en 2035, mais a dit qu'il n'était même pas sûr (et même improbable) qu'il survive jusque-là. C'est là une intime conviction, une certitude absolue à nos yeux. Cette entité —nous ne parlons plus seulement (de l'occupation) du sud-Liban, mais de (l'existence même de) l'entité israélienne— est, premièrement, une entité artificielle, façonnée de toutes pièces et étrangère à cette région, c'est un corps étranger (implanté de force) au Moyen-Orient.

Voir Khamenei : le virus du sionisme disparaîtra bientôt

Deuxièmement, il y a un point très important, à savoir que c'est une entité raciste. Son Éminence l'Imam Musa al-Sadr, que Dieu le ramène sain et sauf parmi nous, insistait beaucoup sur un point très important, à savoir qu'Israël n'est pas un État juif. Ils prétendent que c'est un État juif, mais ce n'est (nullement) un État religieux. Pourquoi, Netanyahou est-il quelqu'un de pieux ? [Rires] Si on considère son gouvernement, il y a quelques ministres de ces partis religieux, mais la droite et la gauche israéliennes (majoritaires) ne sont pas pieux ou religieux. On ne peut pas dire que c'est un État religieux gouverné par la Torah. Pourquoi est-ce un État raciste ? Car ils se considèrent comme les descendants des enfants d'Israël (autre nom du Prophète Jacob), ils considèrent que cette terre est leur propriété (exclusive et éternelle), qu'ils sont le peuple élu de Dieu, que c'est leur droit, (que les Goyim sont des créatures inférieures vouées à les servir), etc., etc., etc. Et il se comporte de manière raciste.

Le soldat israélien disparu, Bibi, Poutine et ... la providence divine - RAV ANKRY © Rav Ron Chaya - Leava.fr

Dans cette vidéo, les amis du charlatan de l'Apocalypse Rav Ron Chaya prétendent toute honte bue que Netanyahou serait pieux voire mystique, et présentent à leurs coreligionnaires la géopolitique d'une manière grotesque qui en dit long sur les mensonges et manipulations inhérents au talmudisme. De tels fanatiques mènent leur peuple à la destruction (mais on peut être sûr que pour leur part, ils renouvellent consciencieusement leur passeport français au cas où...).

D'un côté, il s'agit donc d'un État raciste, artificiel, étranger à la région et à sa texture. D'un autre côté, fondamentalement, il est basé sur le terrorisme, le meurtre, le viol, et n'a aucune légalité, aucune légitimité, aucun fondement moral ou éthique, aucun fondement humanitaire. Et il s'appuie en partie sur sa force intrinsèque limitée, qui n'est pas une force absolue, en partie sur l'environnement passif (des régimes arabes soumis à Washington), et sur sa force de soutien principale, à savoir les États-Unis d'Amérique et l'Occident. Tout cela n'est pas voué à durer (éternellement). L'Israël d'avant (la défaite humiliante) de l'an 2000 —et ils le reconnaissent eux-mêmes aujourd'hui— n'est plus l'Israël d'après l'an 2000. L'armée prétendument invincible est devenue une armée vaincue, non seulement au sud-Liban, mais même à Gaza. Et elle sera vaincue dans toute nouvelle confrontation, avec la grâce de Dieu. L'environnement de notre région ne doit pas les tromper du fait de la complaisance des régimes (arabo-musulmans vassaux des Etats-Unis). Pour les peuples (de la région), la foi en la Résistance (armée) et la crédibilité de ce choix aux yeux des peuples arabo-musulmans sont plus fortes que jamais, malgré les mensonges des armées électroniques (trolls sur Internet). Et la base sur laquelle Israël s'appuie fondamentalement, leur véritable pilier, à savoir les États-Unis, n'est pas vouée à rester toujours si puissante, si imposante et si arrogante, capable de menacer toute la région, tous les régimes arabes, et de constituer un soutien indéfectible et éternel pour l'entité israélienne. Récemment, l'un des grands intellectuels de notre temps, Chomsky, a déclaré que les États-Unis se dirigent vers un désastre. Quiconque regarde ce Président (Trump), cette administration, son comportement, il est clair qu'ils se dirigent (tout droit) vers un désastre, un désastre à tous les sens du terme.

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Les Neturei Karta, avocats de la destruction d'Israël au nom du judaïsme authentique.

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Un État dont l'existence même repose sur un élément étranger est voué à s'effondrer lorsque l'élément étranger s'affaiblira. C'est pourquoi nous considérons que ce n'est qu'une question de temps (avant qu'Israël disparaisse). L'avenir que nous envisageons (avec certitude) n'est pas seulement celui de l'an 2000 (un retrait israélien de telle ou telle zone) ; c'est celui d'une région dans laquelle il est absolument impossible —c'est ainsi que je vois les choses—, il est absolument impossible que subsiste cette tumeur cancéreuse, ce germe de corruption, ce mal absolu, cette entité artificielle dénuée de toute légitimité, de tout fondement éthique, basée sur le racisme et le terrorisme, et qui ne perdure que grâce au soutien étranger. Lorsque les équations seront modifiées, (les colons sionistes) n'auront pas d'autre choix que de plier bagage et de s'en aller. En ce qui me concerne, le spectacle des colons sionistes faisant leurs bagages et embarquant dans les avions ou les bateaux pour retourner d'où ils viennent est une certitude absolue, une nécessité inéluctable. Ce n'est qu'une question de temps. Et ce jour-là, j'espère que les mouvements de Résistance dans la région leur permettront de plier bagage et de fuir (sains et saufs), comme ils ont fui (du sud-Liban) en 2000 et comme ils ont fui de la bande de Gaza (en 2005).

Nasrallah : Israël est un Etat raciste et terroriste, où est l'honneur des Arabes ? © Le Cri des Peuples

Journaliste : « Nous prierons bientôt à al-Quds », (avez-vous déclaré). Cette certitude que vous avez...

Hassan Nasrallah : Je ne peux pas dire exactement quelle durée il faut mettre derrière le mot « bientôt », mais ce n'est qu'une question de temps. Je le vois comme un spectacle qui se produira inéluctablement. C'est avant tout une promesse divine, et une tradition historique bien ancrée. Toute l'histoire (montre que les Empires se sont écroulés et que les colons et envahisseurs ont fini par plier bagage). Nous ne parlons pas de quelque chose qui serait sans précédent ou contreviendrait à l'expérience historique. C'est l'histoire elle-même et ses lois qui prédisent un tel dénouement.

Voir Nasrallah : ‘La Libération de la Palestine est proche, nous prierons bientôt à Al-Quds’

Journaliste : Eminent Sayed Hassan Nasrallah, Secrétaire Général du Hezbollah, ce que vous dites est une opinion forte, existante et présente. Mais d'un autre côté, il y a des gens qui considèrent qu'Israël a réussi à créer des changements (en sa faveur) dans l'environnement stratégique. Nous savons qu'Israël tient souvent des conférences et aime parler de son « environnement stratégique » (au Moyen-Orient). Certains considèrent qu'Israël a réussi à susciter des bouleversements (profonds) qui lui permettront de restaurer sa capacité d'initiative. Ils soutiennent qu'en 2000, l'environnement stratégique était bien plus propice au Hezbollah qu'aujourd'hui : celui-ci avait la main haute, il y a eu une Intifada en Palestine occupée (de 2000 à 2005), il y avait des opérations armées (de la Résistance palestinienne) au cœur de Tel-Aviv, il y avait un soutien populaire arabe universel et massif (pour la cause palestinienne), il y avait des régimes arabes gênés (de leur inaction), la stabilité régnait en Syrie, et même la Turquie d'alors se rapprochait de la Résistance et prenait ses distances avec Israël. Mais aujourd'hui, les Etats-Unis sont présents dans notre région depuis 20 ans (invasion de l'Afghanistan en 2001 puis de l'Irak en 2003), la Syrie s'est retirée du Liban, le printemps arabe a mené à ce que les armées arabes soient prises pour cible (destruction de pays arabes majeurs comme la Syrie et la Libye), des pays arabes normalisent leurs relations (avec Israël), et même au Liban, il n'y a pas de stabilité interne. Tout cela est-il vrai ? Et ma deuxième question est celle-ci : à qui l'environnement stratégique donne-t-il la capacité d'initiative aujourd'hui ?

Hassan Nasrallah : Ce sont des questions très vastes... [Rires] Même dans les indices que vous avez mentionnés... Il y a des choses qui n'ont pas changé, du moins pas en faveur d'Israël, et se sont peut-être améliorées (en notre faveur) d'une certaine manière. Par exemple, en 1982, au Liban, il y avait une guerre civile. Il y avait des divisions fondamentales, des lignes de front (à Beyrouth même), des combats, des Libanais qui combattaient aux côtés des Israéliens contre les autres Libanais (Samir Geagea, Bachir Gemayel...). Aujourd'hui, il n'y a plus de guerre civile. Il n'y a plus de lignes de front, n'est-ce pas ? Il y a certes...

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Journaliste : Mais je vous parlais de la situation en 2000. C'est en 2000 que l'environnement stratégique était particulièrement propice à la Résistance, et évidemment pas en 1982.

Hassan Nasrallah : Très bien, ne parlons pas de 1982. Mais même en 2000, je ne considère pas que l'atmosphère intérieure au Liban était bien meilleure que celle d'aujourd'hui, si on veut parler de l'atmosphère intérieure. Certaines des divisions fondamentales persistent (entre les pro-occidentaux de l'alliance dite du 14 Mars et les souverainistes pro-Iran de l'alliance du 8 Mars) au niveau interne. Et il y a quelque chose sur quoi je veux m'arrêter : lorsque l'on parle de l'histoire proche ou lointaine, il ne faut pas embellir la réalité. Il faut décrire l'histoire telle qu'elle est. En 2000, il n'y avait pas d'unanimité sur le principe de la Résistance (à l'occupation israélienne). Il n'y avait pas d'union des Libanais (autour du Hezbollah). C'est une fiction. Au contraire, il y avait des divergences sévères sur la question de la Résistance, et certaines forces libanaises considéraient que le Hezbollah n'était même pas un mouvement patriote ou lié au Liban, et ne faisait que combattre dans l'intérêt de la Syrie et de l'Iran. Les opérations (de la Résistance) dans le sud étaient mentionnées comme des violences (condamnables), et certains médias libanais ne désignaient pas nos martyrs comme des martyrs, mais simplement comme des « tués » : les jeunes combattants de la Résistance étaient des « tués », et les soldats israéliens étaient des « tués », (ils ne faisaient aucune différence entre les deux). Je ne veux pas rouvrir cette histoire. Mais je souligne qu'il n'y avait nullement unanimité. Contrairement à tous ceux qui prétendent que le Hezbollah aurait perdu l'unanimité dont il jouissait auparavant, je soutiens que depuis 1982 jusqu'à ce jour, la Résistance n'a rien perdu, car il n'y a JAMAIS eu d'unanimité sur la question de la Résistance. Cela a toujours été un point de désaccord.

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Concernant les points que vous avez soulevés au sujet de l'environnement stratégique, nous interprétons la venue des Américains dans la région (à partir de 2001) de manière différente. A nos yeux, il s'agit d'une preuve de l'avancée de l'Axe de la Résistance : lorsque les États-Unis se sont rendus compte qu'Israël seul était incapable de protéger les intérêts de Washington, ce qui est son rôle fondamental, car cette entité est un instrument (de l'impérialisme britannique puis américain) ; lorsque les États-Unis ont eu la conviction que les régimes de la région qu'ils soutiennent (Arabie Saoudite, pays du Golfe, Égypte, etc.) sont devenus incapables de protéger les intérêts de Washington, lorsqu'ils ont commencé à avoir peur de certains États dans la région (Syrie, Iran) et des peuples de la région, qui risquaient de transformer le Moyen-Orient dans un sens contraire aux intérêts de Washington, cela les a contraints à être présents directement avec leur flotte, leur bases militaires, leurs forces armées, etc. C'est un signe de force de l'environnement stratégique en notre faveur, et non en faveur de l'ennemi. Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, afin de ne pas aborder un par un tous les points que vous avez mentionnés, regardons-plutôt les choses de l'autre côté. Où était la Résistance ? Aujourd'hui, lorsqu'on demande à Israël si le Hezbollah de 2000 est le même que celui d'aujourd'hui, il répond : « Bien sûr que non ! Il s'est développé et renforcé, et il est des dizaines de fois plus puissant qu'avant ! » Nous sommes passés du statut de Résistance (de guérilla) d'un petit groupe de jeunes, de personnes ayant la foi mais aux capacités (très) limitées, à celui d'une « armée terroriste », d'après les mots du chef d'état-major israélien, mais je souligne le mot « armée ». Et il ajoute qu'Israël doit œuvrer à creuser à nouveau l'écart entre la Résistance et l'armée israélienne, ce qui indique bien que le Hezbollah est en ascension.

Si nous considérons le peuple palestinien, il y avait beaucoup de personnes en son sein qui misaient sur les négociations (pour aboutir à un accord de paix et à un État palestinien), mais aujourd'hui, les négociations sont parvenues à une impasse. Aujourd'hui, le niveau de soutien du peuple palestinien au choix de la Résistance armée est plus élevé que jamais. On parle donc bien de bouleversement de l'environnement stratégique, (mais il n'est certainement pas en faveur d'Israël). Car le peuple palestinien est l'élément clé. Le principal élément qui décidera de l'avenir de l'entité (sioniste), c'est l'état d'esprit, le point de vue et les convictions du peuple palestinien, ainsi que sa volonté et sa détermination.

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Et en ce qui concerne Gaza, qui était occupée en 2000, pour parler de l'an 2000, aujourd'hui, Gaza est entre les mains des Résistants. Après l'an 2000, tout ce qu'avaient à craindre les Israéliens de la part des Palestiniens, c'était une embuscade, une charge explosive ou une opération martyre ici ou là. Mais aujourd'hui, les dirigeants des factions de la Résistance à Gaza (Hamas et Jihad Islamique) affirment que leur capacité balistique leur permet de frapper toutes les villes de la Palestine occupée. C'est un développement en faveur de qui ? Et cela se passe au cœur même d'Israël, dans sa profondeur sécuritaire et existentielle !

A nos yeux, les transformations dans la région sont en notre faveur, et non en faveur de l'ennemi. Nous ne disons pas que l'environnement stratégique est entièrement en notre faveur, mais il n'est pas entièrement en faveur de l'ennemi. Il y a des points forts de part et d'autre...

Norman Finkelstein : le Hezbollah est l'honneur du monde arabe © Le Cri des Peuples

Journaliste : Il y a un équilibre ?

Hassan Nasrallah : Oui, il y a un haut niveau d'équilibre (de dissuasion). Sans cet équilibre, Israël aurait déclenché une guerre contre le Liban maintenant (profitant de la guerre en Syrie et de la crise économique et sanitaire en Iran).

Journaliste : L'environnement stratégique actuel donne-t-il l'initiative, la capacité d'initiative au Hezbollah ?

Hassan Nasrallah : Le Hezbollah à la capacité d'initiative, et l'ennemi a également la capacité d'initiative. Mais du fait de l'équilibre (de dissuasion) entre les deux, chacun y réfléchit à deux fois (avant d'attaquer l'autre). Chacun y réfléchit à deux fois. [...]

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