Streamonsports : le modèle économique douteux du petit génie du streaming

Le site Streamonsports et sa galaxie de sites associés connaissent un succès croissant parmi les « pratiquants » de live streaming. Derrière cette plateforme aux pratiques douteuses et risquées pour les utilisateurs, des liens étranges avec une société anglaise et une PDG de tchèque d’à peine vingt-cinq ans.

Streamonsports, c’est le nouveau MegaUpload du sport. S’articulant autour d’une pléthore de sites aux extensions de noms de domaines douteuses (fcstream.com, streamonsports.me, streamonsports.com, neuf.xyz, footstream.live), la galaxie Streamonsports, comme MegaUpload par le passé, entretient le flou sur une offre payante mais non légale. La plateforme a ainsi été plusieurs fois condamnée, comme le montre ce message d’avertissement Google quand on effectue la requête « Streamonsports ».

 

Message d’avertissement Google sur la suppression de contenus Streamonsport

 

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Mais qui se cache derrière ce site ? Quels risques pèsent sur les utilisateurs ? Peut-on parler d’arnaque ? Une enquête plus poussée démontre tout d’abord que le service, tout comme MegaUpload a son époque, est payant.

Sur le forum PCastuces.com, on retrouve ainsi le post d’un internaute indiquant s’être rendu sur le site streamonsports.com. Au cours du processus d’inscription, il lui a été demandé ses coordonnées de carte bancaire. Inquiet, l’internaute aurait demandé les explications au site sur cette demande peu conventionnelle. Outre des explications peu convaincantes (le site prétend qu’ils ont besoin de la carte de crédit afin de « vérifier l’adresse postale »), Streamonsports met à disposition le numéro de téléphone suivant : 33-9-75-18-1446

 

Message Streamonsports : les recommandations de sécurité sont fantaisistes

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(https://forum.pcastuces.com/un_avis_sur_un_site-f6s73674.htm,

Ici, le site laisse entendre que le protocole SSL - devenu depuis longtemps la norme - est un gage de protection ultime contre les pirates. La réalité est plus complexe)

 

Un numéro de téléphone mutualisé

Le numéro de téléphone indiqué précédemment est identique à celui présent dans la page dédiée aux conditions générales du site funlizard.net qui se présente comme un service d’abonnement personnalisé offrant l’accès à des films, jeux, musiques et ebooks.

Le produit final est assez proche de ce que propose Streamonsports, des produits probablement piratés et redistribués moyennant un abonnement.

https://www2.funlizard.net/terms

 

Là encore, il est légitime de suspecter une arnaque. Sur le forum Droit-Finances, une personne se plaint de prélèvements de 65€/mois sur son compte bancaire par le site funlizard.

https://droit-finances.commentcamarche.com/forum/affich-7873532-funlizard-qu-est-ce

 

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Toujours dans la page dédiée à ses conditions générales, le site funlizard.net indique son adresse et le nom de la société responsable/éditrice du site, DIGITAL BREAK LTD, basée au Royaume-Uni.

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Digital Break LTD et Streamonsports, une société plutôt trouble

Après vérification auprès du RCS britannique, il semble effectivement que la société DIGITAL BREAK LTD existe bel et bien à l’adresse indiquée.

https://beta.companieshouse.gov.uk/company/08846365

 

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L’analyse des documents officiels fournis par la société est riche d’enseignements. D’emblée, plusieurs points interrogent. Fin 2017, la compagnie avait fait un bénéfice de 88000 livres sterlings, mais a dû accuser des charges d’exploitation de 72 000 livres, pour un profit de « seulement » 12,778 livres sterling.

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Un chiffre surprenant quand on sait qu’il y a deux ans, la compagnie soupçonnée d’être derrière Streamonsports.com avait reçu d’un mystérieux créditeur 1,2 millions de livre sterling qui ont étrangement disparu l’an suivant. Des fluctuations étranges pour une entreprise bénéficiant d’un statut de TPE, d’un actionnaire unique, et qui, deux ans auparavant en 2015, n’avait sur son compte en banque qu’une livre symbolique…

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(En 2016, Digital Break LTD recevait une généreuse somme de 1,2 millions de livres sterling)

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(Auparavant, elle ne touchait que la livre symbolique)

 

Quant aux dirigeants de la société, elles sont à la fois incroyablement jeunes pour ce niveau de responsabilités et discrètes. Elles ont été successivement :

  • Ms Caterina Ricco née en 1988 et de nationalité italienne du 15 janvier 2014 au 17 juillet 2017 ;
  • Ms Michaela Rakosova née en 1994 et de nationalité tchèque depuis le 17 juillet 2017.

Ces méthodes rappellent en tout point celles utilisées par le crime organisé pour recueillir des fonds et blanchir ses actifs. On se souvient par exemple de comment les frères Touil ont été soupçonnés d'avoir fait enregistrer un nombre impressionnant de fausses sociétés par des sans domiciles fixes dans l’objective de recevoir les fonds de l’arnaque à la taxe carbone. Il est bien entendu impossible de le vérifier, mais derrière Streamonsports et Digital Break LTD, on semble retrouver les mécanismes classiques des arnaques au long cours dont affectionnent le crime organisé – qui a, depuis longtemps, adopté Internet comme un nouveau terrain de jeu.

 

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