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Billet de blog 12 janv. 2022

Technopolice : défaire le rêve sécuritaire de la safe city

Un texte sur l’avancée de la technopolice se concentrant sur le cas de la ville de Marseille : « Technopolice : défaire le rêve sécuritaire de la safe city » de Claire Richard et Louise Drulhe aux éditions 369.

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Technopolice : défaire le rêve sécuritaire de la safe city

de Claire Richard et Louise Drulhe aux éditions 369

« Pour échapper au rêve de la safe city, il faut d’abord le rendre visible, puis le combattre »

Les visions de la ville :

Au XXe se déploie l’idée de la ville « managériale » (fonctionnelle, agencée pour mieux ordonnée administrativement) ; depuis 50 ans on a vus arrivé la vision de la ville « néolibérale » (basé entre autre sur l’attractivité et la mise en compétition des espaces urbain).

Maintenant voila la ville « intelligente », la smart city, construite sur une logique de flux géré informatiquement.

Dans cette vision « les villes deviennent ainsi des nouveaux sites d’extraction de données ». Cela grâce à différents types de caméra et capteur, le tout afin de dissuader certains usages et comportements.

Safe city :

De plus en plus de villes françaises se lancent dans des projets de safe city, de villes sécurisées et sécuritaires, à coup de caméras « intelligentes », de reconnaissance faciale, de capteurs sonores,…

Avec Nice et Paris, Marseille est un des principaux champs d’expérimentations de la safe city.

La safe city est un marché en plein essor en France, liant intérêts privés et publics,de plus la France compte devenir un « leader mondial de la ville intelligente ».

Marseille

La safe city marseillaise mobilise des fonds qui manque depuis longtemps pour d’autres projets plus utile socialement.

Les images des caméras finissent au Centre de Supervision Urbain, dans le 3e arrondissement marseillais dans un bâtiment abritant également l’Observatoire Big Data de la Tranquillité Urbaine lancé en 2015.

Cet Observatoire Big Data de la Tranquillité Urbaine est un projet d’analyse des risques dans l’espace urbain construit par Engie Ineo. Son but étant de détecter et anticiper les menaces à l’ordre public via l’analyse en temps réel de nombreuses données (venant du CSU, de la police, des hôpitaux, des transports, des médias sociaux,…). Mais toutes les promesses portées par cet observatoire sont loin de s’être réalisées, la nouvelle mairie de gauche l’a quand même gardé pour en faire un outil de « gestion de l’espace public ».

Un autre projet se développe au sein du bâtiment, celui de la vidéosurveillance « intelligente » : l’analyse d’images par algorithme afin de détecter les comportements suspects et/ou des individus. Ce marché a été confié à l’entreprise SNEF qui collabore entre autres avec Evitech (France), Genetec (Canada), Brief Cam (Israël),…

Les technologies d’identification biométriques y étant explorées transforment le corps en marqueur, les données biométriques étant produites par nos corps indépendamment de notre volonté elles sont difficilement falsifiables (on ne peut pas changer notre iris, notre rythme cardiaque…).

Parmi ces technologies la plus connus et la plus développée est sûrement la reconnaissance faciale déjà très utilisée en France.

L’efficacité :

Une des principales justifications de ces technologies est le fait que les flux de vidéos sont trop importants pour la supervision humaine et qu'ils doivent donc être traité par de l’IA.

Toutes les études sur l’impact de la vidéosurveillance sur la délinquance n’en trouvent aucun ou de très légers. Cela sert en réalité à gérer l’espace public.

Les problèmes de l’automatisation :

La traduction algorithmique d’un comportement illégal est un comportement statistiquement rare, anormal, « ce qui n’est pas commun ». De plus la technologie intègre les représentations de celleux qui les conçoivent, ainsi l’analyse automatisé d’image a tendance à reproduire voir augmenter les discriminations.

Effets sur la ville :

Les systèmes numériques de sécurité « favorisent la clôture et la privatisation des espaces ».

A Paris on trouve les caméras essentiellement dans les zones touristiques ou d’affaire, le numérique semble être pour les quartiers centraux alors que la surveillance physique (patrouilles,…) est plus pressente dans les quartiers populaires.

La safe city est un espace où l’on ne stagne pas (rester immobile sort de la norme statistique), cela limite alors les utilisations politiques de l’espace urbain.

La Plaine

C’est une place populaire du centre de Marseille qui à été rénové malgré l’opposition et la mobilisation des habitant·es.

Maintenant « les caméras sont partout » fondues dans le décor mais quand on les remarque, il est impossible de na plus les voire.

« Soudain, ces hauts poteaux blancs que le regard pressé assimilait à des lampadaires redeviennent ce qu’ils sont : des postes de contrôle surplombants la ville, conçus pour surveiller en permanence et traquer les comportements suspects. »

Se protéger :

On peut limiter ses données en ligne, se renseigner sur l’utilisation de ses données (notamment les photos), désactivé/refusé les appli utilisant la reconnaissance faciale.

Fawkes ou Camera Adversaria pour ajouter des filtres anti-reconnaissance faciale aux photos.

On peut aussi rejoindre la campagne Technopolice pour lutter collectivement.

« La lutte contre la safe city ne peut être une affaire individuelle. C’est une action collective »

Autres ressources :

  • L’œil sécuritaire de Elodie Lemaire à La Découverte
  • Vous êtes filmé ! De Laurent Mucchielli chez Armant Colin
  • A la trace de Olivier Tesquet chez Premier paralelle
  • La domination policière de Mathieu Rigouste à La Fabrique
  • Défaire la police de Elsa Dorlin, Jérôme Baschet, Serge Quadruppani, le Collectif Matsuda, Irene et Guy Lerouge chez Divergences
  • Un espace indefendable de Jean-Pierre Garnier au Monde à l’envers.
  • L’age du capitalisme de surveillance de Shoshana Zuboff chez Zulma
  • https://technopolice.fr/
  • La quadrature du net
  • Le documentaire Nothing to hide
  • Tous surveillés 7 milliards de suspects
  • Le documentaire Pourtant la ville t'appartient 
  • https://sunders.uber.space/
  • https://www.sous-surveillance.net/-la-carte-.html

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