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Billet de blog 25 avr. 2022

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La privatisation numérique

Un texte pointant une tendance discrète mais importante. Il n’est pas toujours facile à lire mais une fois finit, le tout prend forme.

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La privatisation numérique

Déstabilisation et réinvention du service public

De Gilles Jeannot et Simon Cottin-Marx

Chez Raisons d’Agir

« La thèse de ce livre est que le numérique ouvre une nouvelle forme de recomposition du partage public-privé que nous nommerons « privatisation numérique » ».

Des entreprises du numérique prennent en charge des fonctions jusqu’alors réservées au public, jusqu’à empiéter sur la souveraineté de l’État.

Cette privatisation numérique impose de nouveaux standards aux organisations du secteur public.

L’offre publique est complétée voire remplacé par des services gratuits, mais du coup,de l’argent public sert sans contrepartie, à des entreprises privées .

Les politiques étatiques peuvent influer sur cette tendance, en France les politiques vont dans le sens du développement de ces entreprises, la fameuse « start-up nation ».

2 Grandes caractéristiques de l’économie numérique :

- Big Data : l’accumulation de données et leur analyse par algorithmes afin de permettre des améliorations marketing et des améliorations de services et d’expertise (exemple détection de maladie). L’objectif du big data, c’est l’amélioration des connaissances mais repose sur une forte captation de donner (sur le capitalisme de surveillance).

-Plateformes : système de mise en relation captant une part des profits de la transaction.

Risques de monopoles :

-Effets club:plus il y a d’utilisateurices, plus le service devient qualitatif.

-Quasi nullité du coût marginal : l’extension à de nouveaux·elles utilisateurices ne coûte presque rien aux entreprises du numérique (pas besoin d’investir dans de nouvelles infrastructures,..)

-Lock-in :le changement de plateforme est coûteux pour les utilisateurice.

A cela s’ajoutent des pratiques des plateformes comme des prix trop bas pour éliminer la concurrence, le rachat de la concurrence, le lobbying,…

Du côté des citoyen·nes la défense du service public face au numérique n’est pas un enjeu majeur de lutte. D’ailleurs il y a une méfiance vis à vis de l’État et ses capacités de surveillance est bien plus grande que celle face aux GAFAM+ à qui on offre continuellement nos données.

Transfère de capital, Blalbacar et les bus

Suite à la loi du 6/02015 qui a ouvert le marché des transports urbains d’intérieurs (les fameux « car Macron »)

5 sociétés arrivent sur le marché moins de 5 ans après il en reste 2, Flixbus et Ouibus.Fin 2018 la SNCF fait un partenariat avec Blablacar, elle propose alors des trajets BlaBlaCar sur son site. Puis fin 2019 Blablacar privatise Ouibus (SNCF) qui devient Blablabus.Le capital public de la SNCF (ou mixte avec Isiline qui a était racheté par Flixbus) à ainsi était transféré au privé.

La privatisation par substitution, l’exemple de Citymapper

Les services d’orientation des automobilistes, de régulation du trafique, de vente de billets,… sont concurrencé et remplacé par les offres numériques. Citymapper est une société londonienne proposant de planifier ses trajets via de nombreux mode de transport (bus, métro,vélo,..) le tout dans un style décontracté et ludique. Les services publics historiques (SNCF,RATP) proposaient eux uniquement leurs offres.

Citymapper fonctionnait au début grâce aux horaires théoriques (sans les retard et autre imprévus) fournis par les sociétés de transport. En 2015 la loi sur la croissance (dite « loi Macron ») contraint les entreprises publiques à fournir des informations aux sociétés concurrentes, ce qui va permettre à la plateforme d’accéder à des données plus précise sur le trafique.

Appropriation de l’espace public, Waze

Le système de Waze (Google) pour calculer les trajets, à amené les automobilistes à passer dans des voies résidentielles qui n’ont pas étaient pensées pour un tel trafique. Cela impact donc l’entretient et l’aménagement de la voirie et plus d’impacter la vie des habitant·es qui se retrouvent avec une augmentation du trafique routier devant chez elleux.

Ainsi certains services impact l’espace public en y dirigeant leurs utilisateurices ou encore en l’occupant et le modifiant (comme avec les trottinettes en libre service).

Des capteurs dans la ville, la smart-city sous traitée.

Les projets de safe-city concernent des missions publiques (gestion, sécurité,…) mais leur développements sont confiés au privé (IBM,Cisco,Huawei, Engie Ineo,…).

Les entreprises privées se retrouvent alors à créer les infrastructures de la surveillance et donc ce qu’il y a à surveiller. De plus le manque d’expertise technique des municipalités créer une dépendance aux prestataires privés.

On peut aussi noter que le laxisme de la CNIL au sujet des données personnelles face au privé, pourrait motiver des mairies peu attachées au respect de la vie privé à déléguer la surveillance au secteur privé.

Doctolib la sous traitance poussée par l’État:

Le choix de Doctolib (,Maïa et Keldoc) pour prendre les rendez-vous de vaccination s’apparente à une volonté soutenir des acteurs privés de la « French Tech ».

Il y a pourtant des offres publiques pour la logistique de la vaccination (sante.fr pour contacter les centre de vaccination, les ARS pour la vaccination en Hepad,…). Les systèmes de prise de rdv ou un système fonctionnant comme Vite ma dose,aurait pu être mis en place par l’État.

Par ce choix l’État à conforté la position dominante de Doctolib.

Problèmes posés par Doctolib :

- Les patient·es ne se fidélisent plus (et sont donc moins bien suivis)

- Cela favorise les populations habituées au numérique

- Se pose aussi la question des données capter par la plateforme

L’uberisation chez la poste.

Ubérisation:multiplication d’emplois aux statuts dégradés rendu possible par l’intermédiation, entre offre et demande, permis par les plateformes numériques.

Pour le moment le service public échappe à l’uberisation.

Mais La Poste à racheter la start-up Stuart, qui propose de la livraison à vélo sur un modèle ubérisé.

L’État Plateforme : c’est l’idée d’un État où les services (porter plainte, payer les impôts,…) sont disponible via une multitude de solutions numériques développer par le privé, le tout supervisés par l’État. C’est un peu un État qui fonctionnerait comme un store d’appli.

Les start-ups d’État : un entreprenariat venant de l’État afin de créer des solutions numériques (comme FranceConnect).

Des projets comme Etatlab et Beta.gouv.fr permettent de développer des solutions informatique dans la fonction publique et donc de garder un minimum de compétence technique au sein de celle ci.

Service public de la donnée et l’open data : créer en 2016 suite à la loi pour une République numérique, ça correspond à une obligation de mise à disposition de certains jeux de données.

L’open data est à la fois un instrument de transparence de l’État et un support de développement économique (données permettant de créer de nouveaux services, transparence des transactions facilitant l’accès à des marchés,…).

Actuellement l’open data sert surtout à l’innovation, les espoirs de réappropriation citoyenne des données ne s’étant pas réalisé (c’est difficilement lisible pour tout un chanqu’un·e). La transparence à donc permis un usage économique des données plus efficace.

Les solutions libres dans l’administration publique :

Il y à des fonctionnaires millitant·es du libre promouvant le libre dans les administrations.

La gendarmerie nationale : c’est la seule administration majoritairement basée sur du libre (système d’exploitation Linux (nommé Gendbuntu), logiciels libres, développement de logiciel libre (notamment VLC),…). Ce passage au libre à était poussé par des gendarmes millitant·es du libre, les arguments etaient à la base économique puis ce fut sur des questions de souveraineté que s’est basé l’argumentation. Le passage au libre y à était progressif afin d’être accepter et compris.

L’éducation nationale : Le mouvement pro libre y a pris une forme de mobilisation syndicale, suite à un accord en 2015 entre le ministère et Microsoft. L’éducation nationale utilise majoritairement des logiciels propriétaires (ce qui pose des problèmes de dépendance, de prix et de promotion de logiciel propriétaire envers les élèves). Mais un certain nombre d’enseignant·es se tournent vers du libre, notamment via les services proposés par Framasoft.

Open Street Map :

C’est une base de données géographiques, libre et collaborative.

Mais une cartographie 100 % bénévole ne peut pas être complète (zones peu denses,…). Des majores du numérique (Apple,Yahoo !,...) ont alors participé à la création des fonds de cartes.

OpenStreetMap France a utilisé des plans cadastraux du site cadastre.data.gouv ; puis a fait des partenariats avec l’IGN, la SNCF,…

Ces cartes ont aidé certaine collectivités et sont plus orienté vers le bien commun que celles de Google (mise en avant des pistes cyclable, de l’accessibilité des lieux,… plutôt que des entreprises ayant payé de la pub). Mais en même temps ca a aidé le privé en donnant un accès libre à la cartographie.

Tous ce qui évoqué dans ce livre sont des processus récents et extrêmement rapides, il faut donc rester prudent dans les interprétations.

La privatisation numérique semble pouvoir passer par : un transfère de capital, une sous traitance,une appropriation de l’espace public, une forme dégradée d’emploi ou encore une « dégénérescense des services » par la concurrence pour l’information.

Autres ressources:

  • Technopolice : défaire le rêve sécuritaire de la safe city de Claire Richard et Louise Drulhe chez 369
  • Affaires privées de Christophe Masutti chez C&F
  • La nouvelle guerre des étoiles de Vincent Coquaz et Ismaël Halissat chez Kero
  • L’age du capitalisme de surveillance de Shoshana Zuboff chez Zulma
  • Techno-féodalisme de Cédric Durand chez Zones
  • Sur quoi reposent nos infrastructures numériques ? De Nadia Eghbal (traduction Framalang) chez OpenEdition Press et Framabook
  • Gratuit ! de Olivier Bomsel chez Folio
  • La finance autoritaire par Marlène Benquet et Théo Bourgeron chez Raisons d’agir
  • Podcast Disruption protestante
  • La Quadrature du net
  • Framasoft
  • La vidéo de Sortie d’usine sur les car macron
  • La campagne technopolice
  • Comment Doctolib se sert de nos données de santé sur Franceinfo
  • Doctolib : l’entreprise qui a récupéré le marché de la vaccination... et nos données personnelles sur Bastamag !
  • Doctolib, la plateforme de réservation de médecins, a envoyé des données à Facebook et Outbrain et Il génère du trafic dans Google Maps pour simuler des bouchons sur des voies afin de les garder pour lui sur Developpez.org

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