La destruction des radars : un symbole de l’activisme de la résistance ?

Cet article trouvé sur le site du franc parleur amène à s'interroger sur la motivation des destructions de radars

Les radars, représentent-ils le symbole de cet État qui, sous couvert de protection du citoyen, le plume allégrement : une sorte d’impôt supplémentaire qui touche essentiellement les personnes qui se déplacent beaucoup, les travailleurs ?
Pas étonnant que pour certains, les radars soient perçus comme des « pompes à fric », une ponction injuste et arbitraire, car leur répartition est inégale sur le territoire et la plupart du temps leur emplacement choisi, non en raison de la dangerosité du lieu, mais de la conjonction qui entraînera le plus facilement un dépassement de vitesse : dans les pentes, à l’entrée d’un village, dans une bretelle d’autoroute etc.
En taxant la vitesse, le gouvernement choisit de privilégier le discours de la vitesse comme seule responsable de la mortalité. Or, beaucoup de facteurs causent des accidents : la fatigue, les distances de sécurité, l’alcool, des prises de risque en doublant etc.... On évite également de dire qu’une immense partie des accidents est due aux poids lourds. Mais cela montrerait trop du doigt une profession protégée. En effet, on a choisi majoritairement le transport par camions plutôt que celui par train ou bateau, pourtant bien plus écologique.
L’abaissement imposé par E. Philippe de la vitesse sur les routes nationales à 80 km/h participe de ce sentiment de culpabilisation associé à de la répression sur des justifications fallacieuses et discriminatoires. Cet abaissement de la vitesse s’oppose largement à la conception d’une société capitaliste basée sur la vitesse et dans laquelle de plus en plus de marchandises circulent, pour réaliser le profit des entreprises. C’est donc un discours hors sol, même du point  de vue des entreprises et du patronat.
Du coup, le radar devient aux yeux des activistes l’emblème de la surveillance et de l'oppression arbitraires et aveugles de l’État, symbole du racket fiscal qui appauvrit encore les plus pauvres et touche bien plus ceux qui vivent en dehors des grandes villes. Le radar symbolise la fracture entre deux France : celle des villes et celle des champs, celle des riches, des bobos et celle de la population laborieuse et déclassée, mise en lumière par le mouvement des GJ.
Les destructions systématiques de radars qui sont opérées depuis un an et qui se poursuivent presque quotidiennement dans un silence complet des médias aux ordres, représentent donc pour les activistes, un acte militant et politique. Cet activisme montre une des facettes de la résistance active aux côtés des manifestations qui se poursuivent depuis 67 semaines. L’élimination des radars constitue en quelque sorte leur réponse politique et « citoyenne » à la mise en place par le gouvernement Macron, de mesures sociales toujours plus inégalitaires qui ponctionnent les plus pauvres, l’immense majorité des travailleurs au smic, voire les petits patrons, tout en favorisant les classes les plus aisées qui continuent de s’enrichir.
La destruction des radars semble fonctionner comme une forme de guérilla contre ce qui constitue un symbole fort du gouvernement Macron et de l’État, la seule chose qu’ils reconnaissent et devant laquelle ils plient : l’argent !
Il ne faut pas se méprendre ; lorsqu’une partie assez importante de la population décide de passer à l’acte de sabotage ouvert, c’est que le pacte de légitimité et de reconnaissance qui lie les citoyens à l’État a été largement abîmé, voire rompu.
Le silence, le déni, l’absence de dialogue, la répression policière et judiciaire des mouvements sociaux, a entraîné une véritable défiance d’une grande fraction de la population envers ses gouvernants. Cela se traduit par un passage à l’acte qui constitue pour certains le seul moyen désormais de faire entendre leur voix. Le gouvernement est seul responsable de cette dérive.

le texte sur le site du franc parleur

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.