Manche : la voiture fissile remplace la voiture fossile

Emmanuel Macron, en pleine crise avec “les gilets jaunes”, présentera les orientations du Plan Pluriannuel de l’énergie (PPE) mardi 27 novembre, définissant notamment la part du nucléaire dans la production d’électricité. Dans la Manche, des habitants ont trouvé depuis plusieurs années déjà une alternative aux combustibles fossiles.

Emmanuel Macron, en pleine crise avec “les gilets jaunes”, présentera les orientations du Plan Pluriannuel de l’énergie (PPE) mardi 27 novembre, définissant notamment la part du nucléaire dans la production d’électricité. Dans la Manche, des habitants ont trouvé depuis plusieurs années déjà une alternative aux combustibles fossiles.

C’est à quelques kilomètres de l’Usine de retraitement de la Hague ORANO (ex-Areva), dans le village de Vasteville (prononcer ‘Vatvil’) entre les Pompes funèbres Dalmont et la boucherie Fauvel, que l’entreprise Wasteville transforme les véhicules actuels en voitures nucléaires.

Entre garage et centre de stockage de déchets radioactifs

Le gérant, Paul Michard, ancien tuyauteur à l’usine nous accueille tout sourire dans son hangar qui est le mixte entre un garage et un centre de stockage de déchets radioactifs.

L’entreprise est segmenté comme suit, côté route le garage qui reçoit tout type de véhicules ( essence, diesel, berline, citadine, ...) et à l’arrière séparé par “une épaisse cloison en béton lourd plombé” nous confie M Michard l’IDIOT (Insertion Déchets IOnisés Tranquillement).

Paul Michard commence par nous présenter l’activité du garage qui consiste à désosser l’arrière des véhicules pour installer une chaudière nucléaire. L’ensemble de l’habitacle est plombée, la carcasse de la voiture est bien évidemment renforcée. Une fois les véhicules transformés et homologués, ceux-ci passent côté IDIOT pour l’introduction du combustible.

D’où qui viennent les déchets ?

"Après chaque chantier on repartait avec not’ fût dans le coffre"

Sur l’origine du combustible M Michard n’est pas très loquace de prime abord mais après quelques verres de Calvadium (la liqueur locale, exquis mélange de plutonium et de calvados), Paulo le fou, c’est son surnom dans le village, nous explique :

“- Il y a vingt ans c’était beaucoup plus facile, on pouvait rentrer avec nos bagnoles sur l’usine atomique, du coup après chaque chantier on repartait avec not’ fût dans le coffre. et c’est comme ça que tout a commencé.

Au jour d’aujourd’hui c’est plus compliqué, j’ai eu la semaine dernière l’agrément d’ORANO (ex-Areva, ex-Cogema, ex-CEA/Framatome) pour sortir les déchets de l’usine.

Bon bien sûr c’est pas les plus dangereux hein ! Eux y z’appelle ça les TFA (ndlr : Très faible Activité), y’a pas ou presque rien comme contamination et puis tout’ façon ça se voit pas, ça sent pas donc c’est pas dangereux !

- Mais Msieur Michard, [c]es déchets qu’ vous b[r]ûlez dans les [v]oitures ça produit du CO2 ? Hips RRRRRRoooooonnnnn

- Bah oui ! mais comme c’est déchets nucléaires et que le nucléaire n’émet pas de CO2 bah c’est du CO2 propre, ils l’ont dit à la TV !”

Nous repartons de la petite entreprise sous le charme avec en souvenir un petit fût de déchet.

Souvenir de Paulo le fou

"C’est l’équivalent de 4 pleins de gazoil par semaine pour 100 kilo, c’est pas rien !"

Dans le village, nous rencontrons Gilbert M. décontamineur à l‘usine qui nous confie :

“Savez, moi avant je collectionnais les timbres mais de nos jours ça rapporte pas grand chose, du coup maintenant avec le gars Paulo, je collectionne les déchets, je les ramène de l’usine, et lui revend, c’est l’équivalent de 4 pleins de gazoil par semaine pour 100 kilo, c’est pas rien !”

Nous avons sollicité à plusieurs reprises la direction de l’usine de la Hague, sans retour. À l’heure où d’autres entreprises n’hésitent pas à faire du greenwashing, pas de publicité de leur part sur cette innovante manière de se déplacer proprement et de ménager notre belle planète, c’est une belle marque d’engagement de la part d’Orano de “make our planet great again”.

Mister P.C

 

Une des premières voitures aménagées par Paul Michard

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.