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Billet de blog 24 sept. 2012

Si, M. de Pracontal, cette étude sur les OGM change tout

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Il fallait s'attendre à ce que l'étude de l'équipe de M. Seralini, portant sur les effets d'une alimentation par le PGM NK 603 et le pesticide associé le Roundup, soit immédiatement sévérement attaquée. Médiapart participe à la curée, par l'intermédiaire d'un article de M. de Pracontal: http://www.mediapart.fr/journal/france/210912/ogm-une-etude-fait-beaucoup-de-bruit-pour-presque-rien.

Le nécessaire débat scientifique

Le débat en matière scientifique est utile, nécessaire, indispensable. Mais en ce qui concerne l'étude de M. Séralini, la plupart des critiques visent à dénier le caractère scientifique de cette étude, à la disqualifier et donc à clore le débat, celui-ci à peine ouvert.

Rappelons donc que cette étude est publiée dans une revue scientifique, Food and Chemical Toxicology, qui est soumise à comité de lecture. Les scientifiques qui composent ce comité de lecture ont donc passé plusieurs semaines à vérifier que les modalités de cette étude répondaient bien aux critères d'une étude scientifique, à l'issue de laquelle l'étude a été publiée. Il est pour le moins curieux que dès le lendemain de la parution de cette étude, certains aient pu avoir le temps d'en faire une étude suffisament approfondie pour en critiquer les modalités.

Reprenons maintenant quelques uns des arguments développés par M. de Pracontal.

Les américains mangent des OGM depuis plus de quinze ans et ne sont pas malades

Cet argument, qui revient régulièrement et qui est repris dans cet article par Mark Tester, n'a aucune valeur statistique ou scientifique. Il est d'ailleurs étonnant que M. de Pracontal, qui s'emploie à démontrer que l'étude de M. Séralini a des défauts statistiques, ne le mentionne pas en citant M. Tester.

En effet, il n'y aucune traçabilité sur les OGM aux Etats-Unis. Il est donc impossible quand un américain est malade, de savoir si les OGM ont pu avoir une incidence, puisqu'il est impossible de savoir si il en a mangé, et si oui, en quelle quantité.

Par contre, il est patent que l'espérance de vie diminue aux Etats-Unis, contrairement à ce qu'affirme Tester. Il est bien sur hors de question d'imputer cette diminution aux seuls OGM. Ce serait ridicule. Mais il est tout aussi ridicule de déduire de cette absence de données l'inocuité des OGM.

Quant à l'absence de pathologie chez le bétail nourri aux OGM, rappelons là aussi que les animaux d'élevage sont abattus jeunes alors que l'étude de Séralini montre justement que les tumeurs apparaissent chez les rats de l'étude à partir d'un certain age.

L'étude traite de deux sujets différents

M. de Pracontal reproche à l'étude de traiter à la fois des effets du RoundUp et du PGM NK 603, ce qui nuirait à la crédibilité de l'étude. Or,  des lots différents ont permis de suivre des rats sans consommation d'OGM ni de Roundup, avec uniquement du Roundup, avec uniquement le PGM et avec la combinaison des deux. Cette critique mériterait donc au moins argumentée un peu plus.

"Pourquoi l’équipe de Caen n’a-t-elle pas étudié séparément les effets du Roundup et ceux du maïs manipulé ? " demande M. de Pracontal. Mais elle le fait, comme son article le dit d'ailleurs au paragraphe suivant, ne craignant pas de se contredire.

L'étude utilise des lots trop restreints

"Or dix individus pour estimer la mortalité ou pour évaluer un risque de cancer inconnu jusqu’ici, c’est peu." nous dit M. de Pracontal.

Précisons déjà que c'est en fait 20 rats (10 males et 10 femelles). Cette quantité est précisément celle utilisée par Monsanto dans ces études. Si la quantité est trop faible pour que l'étude soit significative, alors les études de Monsanto, sur lesquelles sont basées les autorisations de mise sur le marché, le sont aussi.

Les résultats ne prouvent pas que le mais OGM réduit l'espérance de vie des rats

L'étude vise à étudier les effets d'une alimentation OGM sur la durée, pas à vérifier simplement l'effet sur l'espérance de vie. Si on pousse la logique sous-tendue par M. de Pracontal, il ne serait pas grave de vivre la moitié de sa vie avec une tumeur, du moment qu'on meurt au même age. C'est pour le moins curieux comme logique.

Ensuite, dans un paragraphe intitulé "toutes les données ne peuvent pas être montrées", sans que le paragraphe d'ailleurs nous explique ensuite quelles données ne sont pas montrées, le journaliste s'évertue à démontrer que tous les rats finissent par mourir, même ceux des lots témoins. Mais, M. de Pracontal, pour une étude portant sur la durée de vie entière, c'est d'une évidence confondante. Il n'existe pas encore à ma connaissance, de rats immortels.

L'étude ne prouve pas que les pathologies observées sont dues aux OGM ou au Roundup

M. de Pracontal dit ensuite que les différences entre groupes témoins et groupes traités sont faibles et peu significatives statistiquement. Il prend cependant soin d'omettre les résultats les plus importants de cette étude.

Dans les groupes témoins, les pathologies apparaissent surtout à partir du 23ème et 24ème mois, en fin de vie.

Dans les groupes traités, les pathologies apparaissent dès le 4ème mois et explosent à partir du 12ème mois.

Notons au passage que les études de Monsanto durent trois mois. On peut s'interroger sur le choix de cette durée, quand on voit les pathologies apparaitrent au bout de 4 mois.

Les résultats ne montrent pas de relation dose-effet

"En général, lorsqu’une substance est associée à une pathologie, l’effet toxique augmente avec la dose administrée." nous assène M. de Pracontal. Voilà un argument fort peu scientifique!

Si il est vrai que pour beaucoup de produits toxiques, l'effet augmente avec la dose, rien ne permet d'affirmer que cette observation puisse être généralisée, notamment dans le domaine des manipulations génétiques.

Les tumeurs imputées à la toxicité pourraient être spontanées

M. de Pracontal nous dit que la souche des rats utilisés dans l'expérience est soumise à un fort taux de tumeurs spontanés, ce qui est vrai. Mais là encore, cette souche est utilisée dans le monde entier pour des recherches toxicologiques. Et notamment dans les études de Monsanto, d'où le choix de cette souche.

Quant à l'affirmation de M. Tester: "Ils ont prouvé que de vieux rats attrapent des tumeurs et meurent. C’est tout ce que l’on peut conclure", elle est purement mensongère, à se demander si M. Tester a réellement lu cette étude. Comme dit précédemment, l'étude permet d'observer que l'apparition des pathologies se fait dès le 4ème mois, chez des rats jeunes, et explosent vers le 12ème mois, soit à la moitié de leur existence.

En conclusion

L'étude de l'équipe de M. Séralini ne prétend pas à répondre à l'ensemble que l'on devrait se poser à propos des OGM. Elle met sur la table un certain nombre d'observations faites dans un contexte rigoureux. Elle ne tire pas de conclusions définitives mais permet d'observer l'apparition de pathologies beaucoup plus tôt chez les animaux traités que chez les animaux des groupes témoins.

Il est tout à fait nécessaire de reproduire cette étude comme tout étude scientifique, pour confirmer ou infirmer ces observations. Si ces observations sont confirmées, il est indispensable de conduire d'autres études permettant de rechercher les causes de ces observations. Cette étude relance, que l'on veuille ou non, le débat scientifique et le débat citoyen sur les OGM.

Il est donc tout à fait scandaleux, comme le fait de M. de Pracontal dans son article, de tenter de refermer le débat scientifique en disqualifiant cette étude. Contrairement à ce que cherche à laisser penser M. de Pracontal, la communauté scientifique est très partagée sur la question des OGM, non pas sur la recherche elle-même bien entendu, mais sur les applications industrielles qui en sont faites actuellement. 

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