Les premiers féministes n’étaient pas des femmes

(ou comprendre le véritable sens du terme sans tomber dans le notallman)

Mais alors c’est vrai, pourquoi ont dis féministe et pas autre chose ?
D’où vient ce terme et pourquoi il est toujours d’actualité aujourd’hui ?

Le mot « féminisme » paraît dans le milieu médical dans les années 1860. En 1871 parait une thèse de médecine intitulée Du féminisme et de l’infantilisme chez les tuberculeux dont l’auteur est l’étudiant Ferdinand-Valère Faneau de la Cour, ce qui en fait à priori le créateur du mot (mais pour certain.e.s historien.e.s il s’agit de Dumas). Ainsi durant quelques décennies le mot « féminisme » appartient au vocabulaire médical et désigne les hommes ayant un retard de croissance ou des conduites et des manières d’être jugées trop féminines. Être féministe à cette époque c’était donc un terme très péjoratif qui rassemblait tout les hommes n’étant pas perçues comme assez « homme » aux yeux de la société. Est-ce qu’il avait dans cette catégorie des femmes trans dont l’identité a été pathologisé par la médecine ? C’est probable.
Son pendant chez les femmes était le «masculinisme» !

Le mot féminisme a ensuite été utilisé par le romancier Alexandre Dumas Fils qui était républicain et antiféministe. Il l’utilise la première fois dans un essai datant de 1872, intitulé L'Homme-femme. Un traité particulièrement misogyne qui vise à interdire le divorce. En voici un extrait : « Son esclavage c’est sa garantie, sa puissance, son génie. Femmes libres, femmes mortes ! ».
Dans cet essai Dumas évoque de façon péjoratives les "féministes" qui défendent l'égalité de la femme et de l'homme.
Les féministes sont alors pour Dumas Fils des hommes qui trahissent leur genre en étant favorables au droit de votes des femmes sous la 3ième République. Ces hommes là mettent selon lui en danger là société puisque’ils abiment la sacro-saint « complémentarité des sexes ». L’auteur souligne d'ailleurs que pour lui ce terme est un néologisme. Dans ce contexte, on pourrait comparer le mot « féministe » à celui de « femellette », « fillette », « tapette » et tout autre terme péjoratif visant à stigmatiser les personnes perçues comme homme et ne se pliant pas parfaitement aux attentes liés à leur genre.

Puis Hubertine Auclert, en 1882, se réapproprie cette insulte pour lui donner un sens positif, celui de la lutte pour l’égalité des genres que l’on connait aujourd’hui. Nombreux sont les termes qui ont d’abord été des insultes avant que les créateurices du mouvement ne se chargent de renverser le stigmate (par exemple le mot anarchisme, queer,..).

D’après l’historienne Sylvie Chaperon à partir du moment où le terme est entré dans le langage courant, à la fin du XIXe siècle, « le mouvement féministe a été caricaturé et associé à l’excès, au radicalisme, à l’image de la «vieille fille» qui n’aime pas les hommes alors que c’est un mouvement non violent qui ne s’est jamais attaqué aux personnes. Même Simone de Beauvoir, en 1949, avant qu’elle ne s’en revendique, disait : «Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis féministe»… En fait, ce mot a toujours fait peur, de manière assez irrationnelle. ». Mais devient acceptable quand le mouvement est très fort et se diffuse largement. Dans ces moments-là, il peut même être repris par des opposants politiques : ce qui est le cas aujourd’hui.

Ce que nous apprends l’origine de ce terme, c’est que le féminisme c’est toujours battu contre la division sexuée de la société et les stéréotypes de genre. Le féminisme par définition vise à revaloriser et retourner le stigmate de ce qui a été désigné comme « féminin » et donc comme inférieur par la société.

Ainsi, le féminisme lutte contre la masculinité toxique et la conception discriminatoire et injuste du monde. Le féminisme lutte pour toutes les personnes qui sont encore discriminées car ne rentrant pas, ou pas assez dans la catégorie « homme ».
Le féminisme est une lutte contre un ordre établis qui a décidé que des qualités comme l’écoute, la bienveillance et l’empathie étaient des qualités « féminines » et donc par conséquence une faiblesse. Oui car si on dit « ne fait pas ta fillette » c’est bien parceque des hommes ont décidés qu’être « fillette » c’est plus honteux que d’être un « fiston ». Ce n’est pas seulement une lutte pour les femmes et les minorités de genres, c’est une lutte pour que ce qui est considéré comme féminin ne soit plus une insulte. C’est aussi revendiquer que ce que vous considérez comme féminin, c’est une force. C’est précisément notre force.

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