Ne lâchez rien

Un message aux Gilets jaunes. Choses importantes sur lesquelles il ne faut pas transiger.

Ne lâchez rien!

Depuis quelques semaines votre mouvement occupe le devant de la scène médiatique. Les gesticulations du gouvernement montrent clairement qu’il n’a rien compris à ce qui se passe.

Sa seule réponse est de fustiger la violence (parfois réelle) de certains manifestants pour décrédibiliser la totalité du mouvement. Mr Gérald Darmanin a même parlé de ‘peste brune’ pour qualifier ce mouvement. Christophe Castaner n’a que le mot de répression à la bouche. C’est scandaleux et surtout imbécile.

Ce que les Français veulent, c’est reprendre le contrôle sur leur démocratie. La constitution de 1958 ne laisse aucune place à la démocratie directe. La décentralisation est un serpent de mer qui surgit à intervalle régulier dans le débat politique, mais n’aboutit jamais.

Je suis citoyen français et suisse. J’ai passé les 33 premières années de ma vie en France et je suis installé en Suisse depuis 28 ans. J’ai donc eu tout le temps pour comparer la vitalité de la vie politique dans ces 2 pays.

La vie politique suisse est riche, les citoyens y votent régulièrement (plusieurs fois par année) sur les sujets qui les concernent directement, aussi bien au niveau fédéral que cantonal et communal.

La vie politique française est sclérosée, les votes se suivent et se ressemblent. Chaque fois, les commentaires des journalistes constatent l’augmentation des abstentions et la montée des votes extrémistes. Mais personne ne propose jamais de solution.

Ce système mène et mènera invariablement à des mouvements de colère du style gilets jaunes.

Voici quelques idées, largement inspirées de la constitution suisse de ce qui est possible et que vous devez exiger :

Démocratie directe :

Référendum facultatif :

Lorsqu'une nouvelle loi ou une loi révisée est publiée dans le Journal officiel, tout citoyen opposé à son entrée en vigueur dispose d'un délai de cent jours pour récolter 400 000 signatures de citoyens français. Le cas échéant, la loi devra être soumise au référendum et n'entrera en vigueur que si la majorité des votants se prononce favorablement.

Si personne ne demande le référendum ou si la récolte de signature échoue, la loi entre en vigueur sans référendum.

Référendum d’initiative populaire

Tout citoyen peut proposer une nouvelle constitution, une modification de la constitution existante, une nouvelle loi, la modification d’une loi existante, la ratification ou l’abrogation d’un traité international. Il dispose d’un délai de 18 mois pour récolter 800 000 signatures de citoyens français. Si ces signatures sont récoltées, un vote devra être organisé dans un délai de 12 mois. Si ce vote est positif, l’initiative sera acceptée.

Référendum obligatoire :

Toute modification de la constitution ou l'adhésion à des organisations de sécurité collective (ex: OTAN) ou à des communautés supranationales (ex UE) devra être soumise à un référendum.

Décentralisation :

- L’État n'assume que les tâches qui excèdent les possibilités des régions ou qui nécessitent une réglementation uniforme.

- Les régions sont souveraines en tant que leur souveraineté n'est pas limitée par la Constitution nationale et exercent tous les droits qui ne sont pas délégués à L’État.

- L’État et les régions s'entraident dans l'accomplissement de leurs tâches et collaborent entre eux.

- Ils se doivent respect et assistance. Ils s'accordent réciproquement l'entraide administrative et l'entraide judiciaire.

- Les différends entre les régions ou entre les régions et L’État sont, autant que possible, réglés par la négociation ou par la médiation.

- Les régions participent, dans les cas prévus par la Constitution nationale, au processus de décision sur le plan national, en particulier à l'élaboration de la législation.

- L’État informe les régions de ses projets en temps utile et de manière détaillée; elle les consulte lorsque leurs intérêts sont touchés.

En un mot, tout ne se décide pas à Paris. Ça pourrait tout changer n’est-ce pas ?

En particulier, les régions et les communes devraient disposer de leurs propres sources de revenus en prélevant un impôt direct sur les revenus, comme l’État. Ceci se ferait évidemment sans augmentation de l’impôt sur le revenu, seule la répartition serait différente.

Tout cela n’est pas bien nouveau et semble relever du simple bon sens. Alors, pourquoi ne pas l’envisager ?

J’écoutais une chaîne télévisée d’information continue hier soir où j’ai entendu un philosophe auto-proclamé chéri des médias (BHL) nous expliquer doctement que les référendum populaires étaient une mauvaise idée car les problèmes étaient trop compliqués pour le peuple et que si on les utilisait, celui-ci déciderait n’importe quoi. En mot, le peuple est trop con pour qu’on lui demande son avis. Quelle morgue et mépris du peuple.

Les citoyens ont l’intelligence de la confiance qu’on leur accorde. Si on ne leur demande pas leur avis, ils l’exprimeront dans la rue avec parfois des excès dus à l’exaspération, si on le leur demande et qu’ils savent qu’il sera pris en compte, ils feront preuve de mesure et de discernement.

La dette publique :

La dette publique française s’élève à 2300 milliards d’euros, soit 99% du PIB, soit encore 33000 euros par français. On le sait, on nous le répète continuellement. On sait aussi que ce n’est bien, qu’il faut être raisonnable, sinon ce sont nos enfants qui paieront. Mais on le paye déjà. En 2018 le remboursement des intérêts de la dette a coûté 41,2 milliards d’euros. L’impôt sur le revenu a rapporté environ 76 milliards d’euros. C’est à dire que plus de la moitié de l’impôt sur le revenu disparaît immédiatement dans le paiement des intérêts, sans même parler du remboursement, de cette dette.

Et en ce moment, les taux d’intérêt sont exceptionnellement bas, ça va se passer comment si ces taux augmentent ? Les citoyens français sont à la merci d'événements sur lesquels ils n’ont aucune prise.

Pourquoi l’État emprunte-t-il sur les marchés financiers, et pas auprès de la Banque Centrale Européenne ? La réponse est très simple, c’est pour empêcher l’inflation. Et pourquoi empêcher l’inflation ? La réponse est simple aussi, c’est parce que l’inflation pénalise les détenteurs de richesses. L’inflation est un magnifique impôt sur la fortune.

Il faut mettre fin à cette aberration et imposer que la BCE rembourse une large partie de la dette des états européens de manière équitable entre ces états.

Bien sûr nous ne somme que la France et nous n’avons que de faibles moyens d’influer sur la politique européenne, mais si on ne tente rien, ça ne va sûrement pas s’améliorer tout seul.

Et alors ?

La revendication sur laquelle il ne faut surtout rien lâcher est l’instauration du Référendum d’Initiative Citoyenne. Mais pas un RIC au rabais, pas un RIC qui nécessite des conditions irréalisable. Pour qu’il fonctionne, il faut qu’il y en ait plusieurs par année, aussi bien au niveau national que régional et communal.

Une fois ceci acquis, les clés du pouvoir seront enfin entre des mains qu’elles n’aurait jamais dû quitter : celles du peuple, le reste suivra.

Mesdames et messieurs les gilets jaunes, ne lâchez rien. Vous et vos enfants méritez une démocratie véritable.

Claude Lecommandeur.


Texte original Google docs

 

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