Recherche publiée : Idéologies, minoritaires et pentecôtisme tsigane

Cette recherche est plus un prétexte pour mieux connaître ceux que l'on appelle communément "gens du voyage" que pour expliquer le pentecôtisme. L'auteur n'en fait pas l'éloge. Il explique ce mouvement religieux comme un "dispositif anti-stigmate" sans en cacher les dérives possibles.

 Ce n’est pas un ouvrage de recettes. Je veux dire par là que le lecteur ne trouvera pas dans cet ouvrage des recettes sociales construites pour « gérer les gens du voyage » ou les « missions évangéliques tsiganes » au cours de l’été. C’est un ouvrage de compréhension où nous appliquons à nous-mêmes l’adage bien connu de Spinoza « ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre. » En effet, je ne juge pas les réactions passionnées des uns et des autres, j’essaie d’en comprendre les raisons sous-jacentes. Comprendre permet de ne pas subir et de devenir actif : connaître les limites de la liberté des voyageurs permet de ne plus pleurer la stupidité des discours racistes et rend libre de se réaliser en tant qu’être rationnel. Même si cette assertion peut apparaître comme une phrase tirée d’un devoir de baccalauréat, néanmoins elle relate un principe éthique bien souvent laissé aux oubliettes lorsque les agents se retrouvent assujettis aux impératifs institutionnels. Le cynisme des jeux institutionnels provoque bien souvent des autocensures et des décisions prises sans autres éthiques que faire plaisir à la hiérarchie ou se mettre en conformité avec les idéologies dominantes. Je m’inscris bien dans une sociologie critique dans le sens où elle aborde le sujet et les interactions sociales comme un système dominé par des idéologies à révéler. (in Introduction du premier Tome) 

 

 Cet ouvrage relate l'histoire d'une fraction des dits "gens du voyage", ou "tsiganes", ou encore Roms. Ici, le plus souvent, ils sont "manouches" et vivent en caravane. Leurs aïeux ont été enfermés dans ces camps d'internement à l'initiative du gouvernement de Vichy. Quand la guerre fût terminée enfin, ils ne sortirent des camps qu'un an après la signature de l'armistice. 

 

Dans ce contexte traumatique, totalement délaissés par les pouvoir publics et alors qu'ils étaient dans un état de dénuement total, ils ont été quelques uns à rencontrer sur le chemin des pasteurs évangélistes. Après des années de persécution, d'exclusion et d'enfermement, ils trouvaient enfin une main tendue. Ils trouvaient là une raison de vivre. Le succès de ce mouvement fût relativement rapide. Les stratégies de conversion des évangélistes sont d'une efficacité redoutable surtout en présence d'une population minoritaire victime d'oppression et de discrimination. En quelques années ils furent quelques centaines, puis quelques milliers à se convertir. Chez les sociologues de la religion, on parle de conversion en "cascade". 

 

Ce fut pour ces tsiganes convertis, un véritable bouleversement dans leurs habitudes. Pour la première fois, ils se voyaient avoir des responsabilités administratives. Une nouvelle institution prenait naissance : "La mission évangélique tsigane". Elle allait prendre une dimension un sens que même les initiateurs n'avaient sans doute pas imaginer. De cette auto-institutionnalisation tsigane sur un socle religieux allait naître de nouveaux usages que les Tsiganes ne connaissaient pas auparavant. 

 

Cette recherche relate cette histoire jusqu'à aujourd'hui. Ce n'est pas un travail à proprement parler sur un mouvement religieux, mais sur la réponse de minoritaires tsiganes aux impératifs des majoritaires dans un contexte relativement hostile. Ce travail sur le pentecôtisme tsigane est aussi un prétexte pour parler des effets de la discrimination, du racisme, de l'oppression sur des minoritaires. Il est aussi un prétexte à l'inverse, pour parler des réponses institutionnelles, du regard que la société des majoritaires peut avoir sur cette minorité particulière, sur ce que peut même signifier ce "particularisme", n'a-t-il pas été finalement façonné par un environnement hostile ? 

 

Cet ouvrage ne fait pas un éloge du pentecôtisme, le regard de l'auteur est bien souvent critique, il s'agit plus d'une analyse sur les effets des interactions entre des minoritaires, des institutions et des "riverains" souvent mécontents. Il s'agit aussi d'une réflexion sur les idéologies racisantes, sur le rapport au territoire et sur le nomadisme, sur les interactions entre "eux et nous". 

 

Cependant, il ne s'agit pas seulement d'un travail sur l'altérité, c'est aussi un travail sur les structures mentales qui fondent le racisme. 

 

Pas besoin d'être un spécialiste pour lire cet ouvrage, l'auteur nous donne toutes les clés de compréhension : qu'est-ce que les Roms, les gitans, les manouches, etc. ? Nous sommes invités à revisiter les racines du racisme, avec moins de profondeur, certes que certains ouvrages historiques, mais avec les éléments clés qui permettent de comprendre les représentations aliénées concernant les tsiganes. 

 

Elle nous permet de comprendre un processus d'adhésion à un mouvement religieux comme un dispositif anti-stigmate : "Nous sommes meilleurs que vous !". Le pentecôtisme agit comme un dispositif d'inversion des stigmates. Parfois les réponses des minoritaires peuvent apparaître contradictoires, voire paradoxales, et se profile alors à l'horizon le risque d'un supra-stigmate : celui d'être accusé de drainer des idéologies conservatrices et intolérantes... 

 

L'évolution du pentecôtisme tsigane en France est dépendant de l'attitude de la société environnante envers eux. 17 ans d'expérience sur le terrain sont aussi à l'origine de cette thèse soutenue en 2008 à l'Université Paris III puis actualisée en 2018-19 pour sa publication. 

 

 Bonne lecture... si toutefois... 

 

 http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=62927

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=62950

 

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