Télévision : reflet culturel de la société ?

Le nombre de groupes rock, de chanteurs et de compositeurs dans l'hexagone est immense. Le nombre de troupes de théâtre et de spectacle de rue est immense. Mais de la même façon que l'on donne peu la parole aux "gens de peu", aux personnes modestes, aux travailleurs, aux derniers paysans, et plus généralement au peuple, cette foisonnante culture populaire est absente des écrans.

Bien entendu, j'entends déjà les copains dire : "mais pourquoi regardes-tu la télévision ? Que de temps perdu !" Or, pendant de nombreuses années, je ne regardais plus le petit écran. Puis, logeant chez une femme âgée de 83 ans dont la principale occupation est de regarder le petit écran, je me suis intéressé avec elle à ce que les personnes autorisées diffusaient dans ce média. Nous regardions ensemble alors les spectacles de variété, je ne peux pas dire que je partageais son plaisir, mais je m'y intéressais par curiosité. Je lui expliquais que je trouvais relativement étonnant (je n'étais pas vraiment étonné) que cette dite culture populaire télévisuelle faisait obstruction à toute la diversité du spectacle vivant pourtant immense dans ce pays. Où sont les milliers de groupes rock, de chansonniers régionaux, de formations de musiques traditionnelles, de troupes de spectacle de rue, etc. qui font vibrer le public un peu partout en France pendant les congés payés, les week-ends, le soir, sur les terrasses de café, dans les cafés-concerts, sur des petites scènes improvisées sur la place d'un quartier, d'un village, d'un bourg... Rien ou si peu de choses sont relayées par la télévision de cette immense culture populaire.

"C'est un constat entendu" me diront les copains. "Raison de plus pour ne pas regarder la télévision", ajouteront-ils. Cette télévision a pour mission de façonner les goûts pour des raisons commerciales plus que de relayer la culture populaire vécue un peu partout et le spectacle vivant en général dans toute sa diversité. On peut pourtant avoir un regard politique sur ce sujet de la culture pop dans la société française et de sa représentation à la télévision. J'en resterai à la télévision publique car me semble-t-il, si elle remplissait effectivement sa mission de service publique, elle diffuserait dans ses émissions cette foisonnante culture populaire, ce qu'elle ne fait pas. Et les chaînes privées ne le font pas plus. Nous n'avons à la télévision que la diffusion de la musique soutenue par les grands labels comme Warner music (ex. : Soprano et Aya Nakamura), Universal Music (ex. : Angèle, Johnny Hallyday et Nekfeu), ou encore Sony Music (ex. : Maître Gims et Les Enfoirés).

Au cours d'une émission récente de "The voice" sur TF1 (certes, chaîne privée), un artiste en provenance du Finistère faisant parti de cette scène populaire tellement rare à la télévision fût comparée par les membres du Jury au rock alternatif des années 80-90. Florent Pagny ne put s'empêcher de ringardiser cette performance en rappelant que cette musique représentait une "génération", sous-entendu, en désuétude aujourd'hui. Ringardiser la musique populaire vivante est l'une des missions de ces émissions télévisées dont l'objectif est d'imposer au public ce qui doit être écouté. Pagny est un parfait valet des grands labels, il ne faudrait pas que tous ces "petits talents" régionaux viennent faire de l'ombre aux grands labels.

La télévision publique ne remplit donc pas son rôle, une fois de plus me dira-t-on, de relai de la culture "publique". Quid du renouveau du rock garage en vogue actuellement dans de nombreuses régions françaises, quid des nombreuses créations de musique populaire que l'on peut voir partout, rien, la télévision ignore ces nombreux artistes.

Alors oui, pour faire plaisir aux copains, je vais le dire "La télévision, c'est de la merde." Mais en vérité, je pense que nous devrions nous battre pour que la télévision publique, payée avec notre redevance fasse son travail de relai de la diversité et de la richesse musicale de ce pays, ce qu'elle ne fait pas du tout. Nous trouverons bien quelques exceptions de chaînes régionales qui offrent quelques heures à ces artistes, mais lorsque l'on regarde la télé, nous pourrions croire que la culture musicale en France est vraiment d'une pauvreté attristante, ce qui n'est absolument pas vrai. La télévision diffuse toujours les mêmes artistes. Je pense que du côté des radios, à l'exception des radios libres locales, nous avons le même phénomène. 

Les grands labels se sont emparés des chaînes publiques. Nous aimerions bien savoir comment.

Ce qui fait plaisir à un touriste étranger qui vient visiter la France est de pouvoir jouir de cette foisonnante culture dans des milliers de festivals, de concerts, de spectacles, offerts par des groupes et des troupes qui n'ont jamais été relayés par la télévision publique. Pourtant eux-mêmes rendent un "service public" vital dans notre vie sociale. Leurs pratiques artistiques ont des vertus inclusives, éducatives, et agissent sur la cohésion, la solidarité, sur le lien social, sur la découverte du monde, sur l'ouverture des esprits, sur la connaissance des autres...

Pour changer ça, il faudrait une forte volonté politique pour imposer au service public télévisuel de faire son travail : être au service de tous les artistes et non de quelques labels dominants. La télévision publique n'est en rien un reflet de notre société, elle façonne les goûts pour des raisons commerciales ou / et politiques au service des dominants. Il serait d'autant plus utile que la télévision publique joue totalement son rôle de service public durant cette période épidémique que la culture populaire est en crise, faut-il rappeler son importance dans l'économie touristique ? Les gouvernants savent-ils quelles représentations les touristes étrangers ont de la France lorsqu'ils découvrent cette luxuriante culture populaire ? La télévision est comme certains instituts de sondage, elle est plus là pour façonner notre regard sur le monde que pour en être le reflet : la distance entre la réalité des faits et la représentation fictive télévisuelle est telle que de moins en moins de gens ne sont bernés. 

 

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