Le vivant au cœur des élections européennes et locales?

La mobilisation pour la forêt de Romainville est emblématique d'un combat pour le vivant. Si le cadre de protection de la biodiversité existe, la compensation et les dérogations permettent de la détruire. Il est temps de préserver les arbres, les sols et les espaces ouverts. La préservation de la biodiversité doit être en tête des priorités et être appliquée partout, le temps presse.

Mobilisation citoyenne Forêt de Romainville © Julien Daniel / Agence MYOP Mobilisation citoyenne Forêt de Romainville © Julien Daniel / Agence MYOP

 

La mobilisation pour la forêt de Romainville, les animaux et les plantes qu'elle abrite, est emblématique d'un combat plus large en faveur de nos écosystèmes, de nos sols, de nos ressources, de nos vies, seuls intérêts publics majeurs. Ces préoccupations doivent être au cœur des programmes et des politiques des candidats aux élections européennes mais aussi à tous les échelons. Si la forte mobilisation citoyenne - sur le terrain et en ligne* - n’a pas permis d’éviter le défrichement de plusieurs centaines d’arbres, le suivi par les associations et l’implication des citoyens permettent de lister des propositions pour faire évoluer le cadre législatif européen et français, mais surtout de renforcer son application localement, car c’est aussi à cet échelon que la nature est fragilisée insidieusement, au quotidien.

Au regard de l’expérience romainvilloise, et ce qui se fait dans de nombreuses villes en Ile-de-France, notamment, nous demandons :

- d'interdire les compensations concernant le vivant. Localement, la compensation permet la destruction de la nature. La destruction d’écosystèmes complexes qui se sont mis en place sur des années et qui ont développé de nombreuses interactions, ne peuvent être « remplacé », c’est un leurre. Il faut en prendre soin, les réparer là où ils sont endommagés et ne pas les détruire là où ils existent. Plus de 700 arbres ont été abattus à Romainville au prétexte qu’ils pourraient être remplacés par de jeunes plantations in situ ou ailleurs.

- de supprimer les régimes dérogatoires concernant les écosystèmes et d’étendre la protection et les classements à la biodiversité ordinaire. De nombreuses zones classées sont fragilisées, il faut renforcer leur protection, mais c’est aujourd’hui à l’effondrement de toute la biodiversité qu’on assiste. La forêt de Romainville a fait l’objet d’une « dérogation pour la destruction et la perturbation intentionnelle de spécimens d’espèces animales protégées » alors que plusieurs parcs existaient déjà autour de cette jeune forêt pour des usages de loisirs.

- de lutter contre l’artificialisation des sols en comptabilisant chaque année le nombre d’hectares de pleine terre menacés par pays et d’évaluer les émissions de CO2 générées par le bétonnage. A Romainville, le sous-sol et les carrières qui abritaient pourtant de nombreuses espèces notamment de chauves-souris, sont stérilisés par l’injection de coulis de béton, ce qui peut créer des îlots de chaleur et fragiliser la nappe phréatique, alors que le sol stabilisé des autres parcs de la Corniche permettait d’accueillir le public en toute sécurité.

- d’inscrire les espaces naturels et de pleine terre mais aussi les espaces verts et publics, et leurs franges, comme des « communs » inaliénables, essentiels à la vie des hommes, par rapport à la multiplication de projets privés, financiers et immobiliers qui les fragilisent dans de nombreux endroits. A Romainville, les constructions se multiplient aux très proches abords voir sur la forêt, ce qui menace la biodiversité mais aussi la mixité sociale compte-tenu des prix de ventes de ces logements proches d’un « espace de nature ».

- de créer des Schémas de zones agricoles et de nature, écologique et sensible, opposables ou complémentaires aux documents d’urbanisme ou d’aménagement, dans le but de préserver et de valoriser ces espaces vitaux.

- concernant la directive « oiseaux », d’étendre la période d’interdiction de la perturbation des espèces, pour enrayer leur disparition. Sur la Corniche des Forts, les travaux ont été autorisés hors des périodes de nidification ce qui a permis à la Région de démarrer les travaux cet automne, de détruire de nombreux habitats et de perturber le trajet des oiseaux migrateurs.

- de simplifier des textes de référence afin de pouvoir protéger facilement et rapidement la faune et la flore sauvages. Une reconnaissance juridique du vivant est nécessaire pour protéger et empêcher la prédation en cours sur les communs.

- de supprimer dans les documents officiels, les termes de type « infrastructures vertes », « palette végétale » au profit des termes « végétaux », « animaux », « insectes » (etc.), le vivant n’est ni un élément technique ni un produit monnayable.

- de permettre un contrôle citoyen en amont et le suivi des projets d’aménagement avec une évaluation de l’ensemble des implications environnementales à court, moyen et long terme.

- de former les enfants, les étudiants, les élus, les citoyens et les entreprises à la question du vivant (faune et flore) et aux conditions de sa préservation, en s’inspirant des villes en avance, dans ce domaine.

Il est nécessaire de placer la préservation de la biodiversité même ordinaire, des sols et des écosystèmes en tête des grandes priorités et d’empêcher leur prédation. Le vivant doit être exclu des logiques spéculatives, de « loisirs » (Europacity, Romainville, Center Parcs, etc.) et de privatisation, qui visent aujourd’hui les forêts, les semences, les sols, les espaces verts et publics.

 

Julie Lefebvre pour le Collectif citoyen et interassociatif pour la Forêt de Romainville

*https://www.change.org/p/sauvons-la-for%C3%AAt-de-la-corniche-des-forts-%C3%A0-romainville

Mobilisation citoyenne Forêt de Romainville © Julien Daniel / Agence MYOP Mobilisation citoyenne Forêt de Romainville © Julien Daniel / Agence MYOP

Visuel Julien Daniel / Agence MYOP

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