Le plan, pourtant, était parfait ! Comme les 35 précédents. Plus même.

Et voilà qu’un imprévu, un impondérable, un impensable est survenu : on a décidé de demander son avis au peuple.

Horreur ! Atrocité ! Mais qu’a-t-il bien pu passer par la tête de Papandréou pour qu’il imagine une chose pareille ?

Sans doute que les pressions ici ou là l'auront fatigué et qu'il va se reprendre.

Un référendum! Ce n'est pas cela qu'il aurait du dire à son peuple souffrant !

Il aurait mieux fait de suivre le sens immuable de l'Histoire et des marchés financiers et avoir le courage de faire une autre allocution :

"Sûr de nos devoirs envers nos alliés, sûr de la confiance du peuple entier, je fais à la Grèce le don de ma personne pour atténuer son malheur! Que tous les Grecs se groupent autour de mon gouvernement pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n'écouter que leur foi dans le destin de l'Euro et de l'Europe."

En fait, il avait bien tenu ce discours pendant des mois, en choeur avec tous les autres. Mais, bizarrement, le peuple continua à résister.

 

Alors même la patience des bons petits soldats, sans doute, connait des limites. Et peut-être une certaine crise de conscience, allez savoir!

 

Evidemment, on ne voudra y voir que des instincts bassement politiques. Ceux qui contredisent l'héroïque destin de l'Euro ne peuvent être animés que par de viles et noires pensées.

Et, déjà, on le pousse et on espère qu'il démissionnera.

Mais quelle belle Europe, qui redoute le vote du peuple, qui prie et manigance pour l'éviter!

Nous ne sommes pas seulement à la veille de vendre notre économie à la Chine, nous sommes à la veille de vendre tous nos idéaux.

Que voulez-vous? S'il faut tout sacrifier pour sauver l'euro, on sacrifiera tout! Et si vous n'êtes pas d'accord, vous êtes un imbécile.

 

Et les Grecs? Voteront-ils? Il le faut. Oui ou non? Non, j'espère.

Et ce référundum sera à nouveau l'occasion de lever quelque peu les masques.

 

Mais l'ancien ministre grec Stephanos Manos, en bon bruxellois, a prévenu : si les Grecs votent non, ce sera seulement parce qu'ils veulent se débarrasser de Papandréou, et surtout pas de l'euro ou de l'Europe - exactement comme les Français et les Irlandais, qui ont, je cite, "voté 'non' quand ils voulaient voter 'oui'". Le pire est que ces gens sont donc manifestement de bonne foi.

 

(Cf. http://www.rmc.fr/podcast/podcast.php?id=215#lien0 - émission du 01/11 à 17mn 39, juste après avoir précisé qu'il fallait que Sarkozy et Merkel suspendent toute aide à la Grèce)

 

Comment peut-on encore défendre de telles analyses et de telles pratiques? Enfin, si, on le peut. Mais alors il faut être net : on ne doit pas se donner le nom de démocrate.

 

La crise devrait être, au moins, l'occasion de la clarté.

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