Pour se souvenir de Borowski

Impossible de savoir comment, où écrivait Borowski (sûrement pas comme cet homme tranquille aperçu dans un café). Son écriture était à la mesure de ce qu'il avait vécu en camps de concentration.

Pour se souvenir de Borowski.

 

À Varsovie il écrivait derrière la vitre

D’un restaurant et je le voyais en contrebas

 

Cet homme au visage impénétrable penché

Mais regardant par-dessus ses lunettes par instants

 

Ce stylo qui courait vite sur le papier

Bien sûr j’aurais aimé lui parler si cela d’aventure

 

Si cela s’était révélé possible malgré la distance

Nous avons déjeuné à demi tranquillement juste

 

Sous ce regard très occupé d’envoyer ses messages

L’artère bourdonnait intensément devant nous

 

Et l’homme n’a pas bougé de sa place royale

Tout le temps sans se départir il a continué son roman

 

Il y avait de l’impassible mêlé d’inéluctable

Sur ce visage en attitude bien affairée et nous n’existions pas

 

      Gérard Lemaire    2010

 

Tadeusz Borowski, né le 12 novembre 1922 en Ukraine était un écrivain et journaliste polonais, survivant des camps de concentration. Il se suicida à 28 ans, le 3 juillet 1951, à Varsovie.                                           Il publie des poèmes dans un mensuel clandestin Droga. Arrêté en 1943, il est envoyé à Auschwitz, puis Strudhof et Dachau. Libéré, il passe à la prose, les poèmes ne pouvant plus dire ce qu'il veut exprimer. Il apparaît cynique, bestial, nihiliste ; son style : cru, bestial, dépourvu de fioriture. Si la Shoah est le mal absolu, c'est aussi une des possibilités inhérentes à la rationalité moderne. (Wikipedia)

Ses récits (1948) sont des critiques impitoyables et désespérées des valeurs de la culture européenne. (dictionnaire des littératures, Larousse)

 

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