Des œuvres inédites

des poètes si peu traduits

 

Des œuvres inédites.

 

Qui, levez le doigt s'il vous plaît ? Qui kiki connaît Emilio Prados (1899-1962), poète espagnol exilé en 1939 au Mexique, où il mourut ? (1)

 

Qui connaîtrait (là un conditionnel, cela étant malgré tout improbable) Carlos Edmundo de Ory, né en 1923 et toujours vivant je crois, autre exilé du franquisme (Lima, Tanger, Paris, Amiens) dont l'œuvre est presque entièrement inédite, dans son pays même.

 

Tenant compte que les amateurs de poésies n'écrivant pas de poèmes eux-mêmes, sont de plus en plus rares...

 

Les gens qui écrivent des poèmes existent encore, cependant, en foule d'inconnus ; ils ne sont pas forcément des poètes au sens plein, seulement des amateurs passionnés que le temps fera évoluer, d'une manière l'autre.

 

Mais à quelle aune mesurer les trajectoires de ces deux-là, silhouettes dépossédées, sans esquisse, ces persécutés oubliés d'un passé récent toujours contemporain, ce XXe siècle ? Le vent-ouragan de l'Histoire, dans la violence et l'horreur, les a jetés sur des routes étranges et étrangères, avec le poids du malheur, avec les stigmates de l'errance. Ils ont payé le prix de leur démarche politique, dans leurs convictions.

Il est maintenant à relever que ces deux figures majeures de la poésie espagnole, chassées par les massacreurs de la République élue, restent aujourd'hui impossible d'aborder dans leur œuvre. Carlos Edmundo de Ory a été l'un des premiers surréalistes dans son pays, fondateur du mouvement Postisme selon Marcel Hennart, qui l'a introduit en Belgique. Je vois les spécialistes, nos divins professeurs, se pencher peut-être sur les anthologies espagnoles, non traduites... Si vous en savez plus, prévenez-moi !

 

À vrai dire : existe-t-il des œuvres de poètes de première importance inédites ? Les exilés de coups d'États fascistes auraient beaucoup à dire sur un tel sujet.

 

Mais qu'en est-il de la démarche politique du (des) poète(s) en 2005 ?

 

L'idéologie fasciste qui prône la mort de l'intelligence et crie « Vive la mort ! » a-t-elle disparu ? Non. Même si elle se dissimule derrière des paravents variés et subtils. Elle s'est seulement mieux adaptée et sur-adaptée, sans faire de vagues qui pourraient la déstabiliser ; elle s'est accaparée les formes de domination modernes des masses, en s'appropriant d'abord les leviers économiques ; par le contrôle des mass-media, qui inondent la presse et les ondes (en faisant croire à une opposition) ; par l'assujettissement des idées et des littératures.

 

Est-il temps encore et possible d'en parler ?

 

           Gérard Lemaire         2006

 

(1) Citons « Chanson du gardien du phare » (1926), « Llanto en la sangre » (1937), non traduits.

 

Emilio Prados Such, 1899-1962, poète espagnol ; il est membre de la génération 27 (dont Lorca et Alberti) ; 1925-1928 : avant-gardisme, surréalisme, poésie pure ; 1932-1938 : poésie sociale et politique, langage surréaliste ; 1939-1962 : déracinement et solitude, poésie dense et philosophique vers un concept de vie nouvelle, de solidarité et d'amour ; indépendance, vision ouverte et avant-gardiste

Carlos Edmundo de Ory : 27 avril 1923 à Cadix (Espagne)-11 novembre 2010 à Thézy-Glimont (France) : poète espagnol ; ses archives ont été données par son épouse à la ville de Cadix, dans une fondation qui porte son nom ; Marcel Béalu et René Rougerie ont publié des textes en 1956-1966 ; Aérolites est paru chez Rougerie en 1962 (cf Wikipedia)

Marcel Hennart 1918-2005, bibliothécaire au Ministère de l'Éducation nationale belge, il était enthousiaste de la poésie et s'il en a écrit, s'intéressait à celle d'autrui

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