un poème ne vient pas tout seul

                    Victor sur le portable.

Bien sûr bien sûr

Il ne faut pas oublier le Trou qui te dévore

Essayer de remplir ça avec n'importe quoi si

possible

Essayer essayer de s'embarquer sur la pirogue

qui se noie

Un poème ne vient pas tout seul

Il a besoin de matière de sel de broussailles

les plus diverses

On le jette dans le Trou toujours plus moyenâgeux

Faire fi des apparences !

de toutes les contre-indications et des apories

universelles

Oublier les détails plus monstrueux que le Réel

Le poète n'a même pas la pomme-de-terre de

Jean-Christophe à se mettre sous la dent

Je me bats les flancs à l'ignoble recherche

d'un bateau ivre

d'un cut-up pas trop poitrinaire

d'une souris aux nageoires dorées

Sais pas moi

Je cale j'intercale

Il n'y a pas d'espace le moindre

Les hauts-parleurs ont été pris d'assaut

avec la permission du pape et du Diable

Deux acolytes maisons

Et Lucrèce Borgia en prime sous le paillasson

On rase les murs clean et chrono

C'est loin d'être finie l'injection létale

des condamnés

des damnés des fictifs sans-emplois des

maghrébins trop agressifs

Le poème ne dort pas tranquille il n'arrive

même plus à bafouiller

Saucissonné dissous

Il s'évapore avant le début et la fin

                      Gérard Lemaire    2001

dans le volume de poésie "Douches chaudes pour vagabond", à paraître

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