Quelque part ils ont tué le peuple

écrire des milliers de lettres pour détruire les faux-semblants qui détruisent le monde, adressées à ceux qui nous trompent avec leur langue de bois, leurs éléments de langage

 

Il faudrait des milliers de lettres

Il faudrait cent mille et cent mille lettres

Adressées à ceux qui veulent bien

Adressées à tous les inconnus

À tous les passants sans certitude

À tous les enfants de plus en plus affamés

Il faudrait tant de lettres tous les jours

Sans amidon des lettres même sans paragraphe

Adressées à qui je me le demande

À qui vous voudrez mais en premier lieu

Aux clercs et à ceux qui les paient

Il faudrait cent mille lettres au moins

Par jour pour dénoncer

Dénoncer la montagne qui nous étouffe

Il faudrait des milliers de lettres répétées

tous les jours

Mais dans quelles boîtes aux lettres

Il faudrait des lettres des milliers aussi

Pour avoir une chance

Pour se porter légèrement mieux

À porter à pied par tous les moyens possibles

Pour que reculent

Ces faux-semblants qui trompent qui dissimulent

Ces faux-semblants qui détruisent aussi

le monde

L’irrémédiable meurtre

Le tien le mien tu sais

 

     Gérard Lemaire     1999

p27-28 dans "Quelque part ils ont tué le peuple" édité par Les Deux Siciles, Daniel Martinez  (Ozoire la Ferrière, 77) 1999

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