"Le fou hurlant" (poème à demi publié hier)

"...L'art n'a jamais sauvé un seul guillotiné"

         Le fou hurlant.

 

Comment accepter cette griffe qui déchire

le papier du ciel et

Fait du sang des justes une pisse

Personne ne peut arriver jusqu'à la conscience

Sans devenir un fou hurlant

Mais doit-on alors tendre toutes ses forces

pour tenter de s'échapper

Quelqu'un a-t-il réalisé la réalité d'un tel

enfer nôtre

 

Le fou hurlant peut jouer toutes les comédies

et les tragédies sans conséquence

Celui qui court vers le désert aurait-il

des chances de s'en sortir

avec quelque équité

 

Mais combien la lâcheté ne peut que nous dominer

Rien ne sera jamais possible sans toutes les

forces de l'humanité tendues

Dans la même volonté de desserrer l'étau

 En attendant ce jour lointain

Toute piste se meurt ou brûle

 

Des corps d'enfants roulent sous les chenilles

des tanks des bourreaux

Il n'existe que des brouhahas et des sommeils

irréparables

Et les mots incompréhensibles choisis par

les voix autorisées

 

Les œuvres vraies font des ronds sur les

trottoirs comme de vieilles prostituées

Tu peux tuer avec des projecteurs géants

Tu peux torturer avant de tuer sous le contrôle

des médecins qui ont des convictions

 

Le désir du pire n'a plus à se cacher

Et l'art n'a jamais existé pour ce Réel le plus

ordinaire

L'art n'a jamais sauvé un seul guillotiné

 

                  Gérard Lemaire    2003

dans "Une flèche taillée par le vent"   volume de poésie publié en 2017   MJ Lemaire, Concremiers (36)

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