"Une mort en entraîne une autre..."

                        Ne pas répéter.

Une mort en entraîne une autre

Je ne m'appelle pas Otto René Castillo

Poète guatémaltèque mort sous la torture à trente-et-un ans (en 1967)

Je ne m'appelle donc pas

Continuant d'exister

Attendant je ne sais quoi

Amoureux peut-être d'une couleur qui m'échappe

Écoutant la radio qui cause de sang inutilement versé

Jusqu'ici

M'apercevant clairement d'un retard

Que j'aurais du mal à éclaircir malgré quand même

Ici il pleut tous les jours les mêmes vagues

On les vomit mais difficilement

On oublie de temps en temps les suicidés les assassinés bâillonnés

Dans les rues ou dans les murs

Ou ailleurs

Heureusement la radio de l'autre de temps en temps en parle

Ou n'en parle pas

                 Gérard Lemaire octobre 2008

Otto René Castillo (1936-1967), poète guatémaltèque ; en 1966, il rejoint la guérilla des Forces armées rebelles ; capturé le 19 mars 1967, il est torturé 5 jours puis fusillés ainsi que 13 autres personnes dont sa compagne Nora Paiz Carcomo, participantes à l'insurrection. Son poème le plus mémorable est intitulé « Allons patrie marche, je t’accompagne, je me rendrai aveugle pour que tu aies des yeux, je me rendrai muet, pour que tu chantes »

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.