la poésie nous manque

             Le réel brisé.

                               (dédié à celui ou celle qui publiera ce poème)

 

Samedi 5 janvier 2002.

Je n'ai pas envie d'écrire

Ce ne serait que songer aux temples actuels à

soulever

Et au bruit de la chaudière à fuel

Il va être 14h quinze

Ce serait bien plus sage de s'allonger et

dormir

Ou même somnoler avec la radio ouverte

J'ai reçu ce matin un retour de courrier

Une lettre avec des poèmes adressés à

Mahmoud Darwich à Ramallah

Sans nom de rue (je ne l'avais pas)

Il y a aussi une carte de Julien Blaine

Toujours aussi brève et cette carte postale

(de sa fabrication bien sûr)

il me l'a déjà envoyée

(Très originale d'ailleurs)

Vraiment le sommeil gagne la planète entière

et toute conscience trop aiguisée

Je ne peux que

Battre des mains sous le soleil d'hiver

Me mettre à genoux sur l'herbe mouillée pour

sectionner des ronces

Mais ne pas trop penser que la Poésie n'a

lieu nulle part et

Surtout pas dans les pages des journaux

quotidiens

« Le Monde » fait aujourd'hui une demie-page

sur un chanteur rock-funk

Ses pages « Culture » ont exclu toute allusion à

ceux qui...

Jouent sur les cordes présumées sensibles du

poème

Chacun restera donc seul devant cette énigme

de voix manquante

Il pliera la voix personnelle en quatre

Pour la remettre dans sa poche

Et au fond de tous les antres imaginables

C'est à détruire

J'ai fait fausse route et le sable me

recouvre depuis longtemps si longtemps

Toujours plus violentes les bourrasques de

ce sable sec bien cinglant

 

       Gérard Lemaire     2002

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