la parole a été volée, bafouée, faite guirlande

Sur la route tout se perd

Il n'y a plus

Que la faim

Le besoin de dormir

Quelque part

Sous un toit

Ou dans un bon fossé

C'est l'exil infini

Sur les berges du fleuve

Sur le sable du lac

Sur le banc d'un village

Où les ombres mêmes te fuient

On s'endort avec du sel plein la bouche

On désire surtout ne pas se réveiller

Qui ferait un geste pour toi

Qui risquerait les paroles

Tu tournes au fond

Tu butes dans le fer brûlant

la route s'arrête là

Sur le fameux trottoir

Toujours immensément flou

La parole a été volée bafouée

La parole est tuée brutalement

Dans les confins desséchés

Mais combien de livres ont-ils menti

Que valent ces œuvres sur les étagères

Sur les bandes micro-filmées

La parole a été faite guirlande

Oh combien éparpillée et déchirée

Flottant à tous les vents trompeurs

Jetée par-dessus bord le plus haut

La seule vraie qui n'est qu'un souffle de Vie

La parole ouvrière

Si humble

(Combien de victimes jonchent ces allées

bien fleuries)

Cette lèpre des vagabonds et des anges

Si peu construite par la littérature

Elle n'existe que dans la mort de ses témoins

                   Gérard Lemaire           2003

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