Pauvreté et poésie : Germain Nouveau sur la route de Saint Benoît Labre

                                                                    PAUVRETÉ ET POÉSIE :

                                    GERMAIN NOUVEAU SUR LA ROUTE DE SAINT BENOÏT LABRE

La lecture des poèmes de « La Doctrine de l'Amour » de Germain Nouveau m'évoque le souffle d'un vent tiède sur une figure triste et émaciée. Derrière cette impression, je découvre la liberté, comme une leçon indivisible, jamais apprise. Il pleut des obstacles pour arriver à cette lecture, car l'oubli fait son chemin dans le sillon de nos crânes phosphorisés ; l'étincelle native chaque jour oublie de naître. Ces poèmes coulent, coulent vers la mer, et pour arriver à cette rive, là-bas, combien de pays, de terroirs faut-il traverser. Combien de ponts, de gués, de toutes obédiences, l'eau doit-elle contourner, caresser, et prêter un limpide ou languissant miroir ? J'ai eu semble-t-il la chance de trouver ces poèmes fragiles, ces poèmes qui ont glissé sur les dizaines d'années, sur la largeur de tout un siècle, puisqu'ils ont été écrits en 1879-81. Ils ont été gardés par un ami du poète, qui compris le trésor que ces vers représentaient pour l'humanité et son toujours périlleux avenir. Car Nouveau s'acharne à vouloir détruire son œuvre, qu'il trouvait impie. C'est contre sa volonté en effet que l'eau graciée pu couler jusqu'à nous, car l'auteur même lui fit, barrage.

Personne ne peut croire quelles souffrances et quels exploits il fallut endurer et soutenir pour que ces poèmes parviennent jusqu'à nous. Trente-deux copies durent d'abord en être faites, car l'entourage du poète savait qu'il avait renié ces textes et qu'il cherchait par tous les moyens à les détruire. En vain, car il arriva à les faire disparaître, et il fallait bien se résoudre à écouter ses volontés. Seul, Léonce de Larmandie, put déjouer « cette haine », en apprenant de mémoire les 2 800 vers de « La Doctrine de l'Amour ». Nouveau demanda alors à ce qu'il s'écoulât deux années avant que son ami recopiât seulement les poèmes.

Personne ne peut vraiment croire que ces hauts faits qui permirent notre littérature la plus étoffée, et la plus secrète, aient pu exister. Comment un homme plein d'occupations et de devoirs peut-il caser, loger deux mille huit cents vers dans son crâne, durant deux fois trois cent soixante-cinq jours, sans les oublier, sans les travestir ? Le poète intenta ensuite, quand ils furent publiés (en 1904), à son insu, des actions judiciaires contre Larmandie, qui n'aboutirent pas. Tout ceci atteste d'une volonté éclatante et comme démesurée de détruire son œuvre, ces poèmes qu'il jugeait mauvais à la religion catholique qu'il s'était choisie.

À partir de 1892, Germain Nouveau abandonna définitivement toute carrière, son travail de professeur de dessin, et vécut en trimardeur, en itinérant, sur les routes, en Espagne, à Alger, à Rome, et enfin dans son village natal, Pourrières, en Provence. On ne le connaissait plus que mendiant à la porte des églises. Il meurt le 4 avril 1920. Son cadavre est retrouvé le 7. Est inhumé à la fosse commune.

                                                                                              Gérard Lemaire     le 29-6-1987

Germain Nouveau, 1851-1920, poète français

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