Lemaire Marie Josèphe
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Billet de blog 30 nov. 2022

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...les temps de détresse ont SURTOUT besoin de poèmes....

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                                                  Feuilleton 

Notre époque est celle qui PRÉCISÉMENT tourne le dos à toute reconnaissance sociale de l'Art.

Pourquoi ?

Bien entendu, l'énormité de l'affirmation ne peut pas être acceptée ; le vrai est aujourd'hui tellement inacceptable ! Les levées de boucliers. Quel tintamarre. Ou quel silence le plus épais et le plus payant.

Mais où se trouve le fondement de notre culture ? Dans l'Art, que les siècles d'artistes ont forgé avec leurs cris et leurs sangs !

Toutes ces arènes errantes sont fausses, ne disent pas la vérité ? L'Ennemi, le prioritaire, le seul, c'est le geste de la voisine qui détourne son regard d'un « bonjour » ; c'est l'omniprésence policière ; c'est la dictature des petits assureurs ; ce sont les médiatiques influences derrière les bénitiers ; et en définitive, pour clore tout débat humain, le plus urgent des nécessaires (!), la Menace absolue qui écrase le tout de notre vie, de notre Vie : l'arme atomique, secrète et dispersée, rendant horrible l'environnement, la rue, la ville, la « campagne », la mer et l'espace, tout l'espace...

L'outrecuidance la plus malhonnête n'a pas déserté, elle, le cerveau de nos humanoïdes contemporains. Ceux qui tiennent les rênes. Les plus dangereux et les plus a-sociaux.

Ont-ils même compris et saisi que je parle de la poésie ? Comme ils s'en moquent ! « Pourquoi des poètes dans ces temps de détresse ? » a clamé un critique influent. Parce qu'il n'est pas poète, lui-même, et parce qu'il publie des romans...

Mais les temps de détresse ont SURTOUT besoin de poèmes. Bien plus que les autres !

Dans un temps où la liberté est décédée sous les apparences qui l'ensevelissent et embaument le cadavre, la poésie qui est l'art de la liberté ne possède plus que les voix de la révolte pour exister.

Personne ne semble avoir remarqué ou découvert l'étrange-monde dans lequel les Pouvoirs de Big Brother nous ont plongés, et en tirer les conséquences si totalement VITALES. Ici l'Art est conforme, l'Art ne remet plus rien en question.

Exit les poètes de la moindre dignité, Péret ou Reverdy. Wagons d'anthologies !

Passez muscade de portillon. Plus personne.

L'industrie du livre bat son plein-creux. Tout au moins sera fait pour rassurer jusqu'au... plus sanglant épisode, dont les prémisses déjà visibles dans l'Actualité sont évacuées et immensément minimisées. Les critiques-publicitaires fonctionnent dans leur euphorie. La poésie, c'est une merde amidonnée, bien poivrée, retour via « Malraux » au « religieux », plus tard d'épigones comiques-heureux. L'alexandrinisme en première mouture...

Vous n'êtes pas contents ? Alors vous êtes un mécontent. Allez crever ailleurs, les RMistes vous attendent et la Zone obligatoire vous tend les bras. Bon vent !

Les pouvoirs restent adossés à des siècles auréolés du Passé. « Faisons comme si, » et ça marche. « On a toujours agi comme ça et nous continuons ». L'Ordure du chaos est répercutée du haut en bas – et le Bas arrange toujours quelqu'un...

Mais attention : Gloire de Manet et Cézanne ! Les iconoclastes morts au pinacle ! L'Art détourné par les pouvoirs sert à les conforter, et à se nier lui-même, dans un mouvement qui lui échappe. Gloire des galaxies de nos écrivains, identifiés dans les dictionnaires de modes, mais dont les œuvres demeurent aussi glorieusement introuvables dans les « meilleures librairies » dites markets... Le rengorgement du petit dindon occidental qu'eut ce pays a bien sûr quelque chose de tragiquement pitoyable !

Ils veulent que ces années de GRANDE MORT soient vécues dans l'euphorie de leurs confusions.

Nos répétitions ont des airs plutôt fortement cassés et casseurs de glas sans fin.

Que dire encore ? Ils confondent l'urine et le sang, dans leurs dérélictions moyennes et vertigineusement stratégiques. Les nommer nous humilie...

Il y aura toujours la forêt des arrivistes et des pseudos de l'art mineur, semi-conscients. Jetons les masques de ces demi-salauds ! Ces fossoyeurs de tout espoir ! Ces malodorants besogneux de l'artifice ! Le Retour, s'il y a un retour à l'avenir, ne peut être aussi que par ce travail sans mesure...

                     Gérard Lemaire  1996

paru dans La cigogne n°33, novembre-décembre 1996

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