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Billet de blog 7 nov. 2019

Zehra Doğan : libérée, et après ?...

Condamnée et enfermée à plusieurs reprises depuis février 2016 par le pouvoir turc, l'artiste et journaliste pro-kurde Zehra Doğan est sortie de prison dans les premiers mois de cette année 2019.

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Dans leur espace-galerie, les Éditions des Femmes - Antoinette Fouque exposent durant ce mois de novembre une grande partie des dessins et peintures de prison de Zehra Doğan.

Exposition « œuvres évadées » de Zehra Dogan

Mardi 5, l'auteure a dédicacé son livre, traduit par Naz Ôke et Daniel Fleury, NOUS AURONS AUSSI DE BEAUX JOURS, récits de prison, un ouvrage de 297 pages sorti de presse en octobre dernier.

Livre d'espoirs et d'énergies d'une personne hors du commun, jeune encore, mais qui apprend tant aux générations des aîné.e.s. sur le courage de partager le meilleur, y compris avec les oiseaux au-delà des barreaux.

« Quand j’ai voulu peindre de nouveau, j’ai pu voir qu’en fait j’avais pas mal de matériaux à disposition.
Concentré de tomate, yaourt, persil, thé, olives, griottes...
De tout cela, j’arrive à obtenir des couleurs. Alors s’il te plaît, en prononçant le prénom Zehra, n’imagine pas une Zehra désespérée et triste. Ici, je suis très heureuse.

Je lis sans cesse. Je suis ici depuis deux mois et j’ai lu trente livres. Je me concentre sur le Moyen-Orient. Si tu me voyais. Je réserve pas mal d’heures au sujet, intensivement. Sur le temps qu’il me reste, je prends quatre heures pour la biographie d’une amie qui est ici condamnée à
perpétuité. Je l’écoute, et j’écris pendant quatre heures.
Et puis je dessine, je lis, j’écris des nouvelles. Je t’écris tout cela en détail, parce que je voudrais que tu saches tout ce que je fais, et que tu ne t’attristes pas. »
                                                                                                                (page 21)

Sa mémoire reste imprégnée des images de ses ex-codétenues dont elle cherche toujours à restituer la parole et leurs histoires de vie.

On y côtoie l'esprit de femmes captives, « fortes à la mesure de leurs épreuves », et auxquelles Zehra tente de ressembler. Quand elle a été transférée de Diyabakir avec vingt autres détenues dans une autre prison, àTarsus -- 600 kilomètres de sa famille, il lui faudra pourtant accomplir un acte sacrificiel : détruire les notes et croquis qu'elle avait enregistrés, et, depuis, elle pense toujours à l'ouvrage qui en sortirait avec elle. Désormais, l'important est de reconstituer le puzzle des morceaux manquants de leurs histoires de vies, de leurs vécus. Se poser, écrire, reprendre les images restées gravées dans ses souvenirs.

On la voit, çà et là comme étonnée que le monde puisse s'inquiéter pour elle, en quelques mots brefs, Zehra s'interroge au hasard des circonstances sur ces artistes internationaux qui appellent à sa libération, Aï WeiWei, Bansky...

Free Zehra Dogan © Bansky, Houston, 2018

Ce sont surtout quelques pages des « notebooks » sur son port-folio qui rendent une vague idée, troublante et enfiévrée à la fois, de ce qui peut préoccuper sans doute la jeune femme dont il semble qu'à sa manière griffonne, jaillissent des parts presque éclatantes où la pauvreté des matériaux parvient à tracer des esquisses sur le mode du “comment et pourquoi les pires choses peuvent aussi avoir une fin”.

Note Book © Zehra Dogan

« 141 », nom de la première exposition de Zehra Doğan à Diyarbakır en février 2017.
Elle y a exposé les œuvres réalisées dans la prison de Mardin où elle avait passé 141 jours en attente de son procès.

Zehra Doğan a également publié Les Yeux grands ouverts, journal d’une condamnation, chroniques d’une exposition, Fage éditions, 2017, également traduit en français par Naz Öke, avec qui l'auteure entretient une relation épistolaire intense, alors que les deux femmes ne se sont jusqu'alors encore jamais vues.

« Avec tes lettres, je deviens libre. »

C'est dit, c'est écrit. C'est à lire. Peut-être au moins autant pour le courage de cette femme à peine sortie de l'enfance que pour la voix de toutes les femmes qu'elle a croisées au long d'un vécu fait de bombes et de sang, de persécutions et d'injustices.

Zehra Doğan

Nous aurons aussi de beaux jours, Écrits de prison
traduit du turc par Naz Öke et Daniel Fleury
Éditions des Femmes - Antoinette Fouque
30 octobre 2019
15 €

Note d'édition :

Ce livre rassemble les lettres que l’artiste et journaliste militante kurde Zehra Doğan, durant ses 600 jours d’incarcération, a adressées à son amie Naz Öke, journaliste turque vivant en France et animatrice, avec Daniel Fleury, du webzine Kedistan pour la liberté d’expression.
Cette correspondance passionnée révèle une femme d’une générosité et d’une énergie exceptionnelles, une artiste surdouée, une poétesse, mais aussi une fervente militante pour la liberté des femmes et les droits des Kurdes, soucieuse des autres et du monde.

« Je pourrais te raconter tout ce qui se passe ici mais les mots me manquent pour te parler du chant de ces femmes. Pourtant, leurs voix qui s’élèvent depuis ces quatre murs et s’accrochent aux barbelés sont celles qui expriment le mieux l’emprisonnement. Ces voix, que la pluie accompagne, nous frappent au visage et chantent la révolte de l’emprisonnement, dans toute sa nudité. » (10 décembre 2018)

Exposition Œuvres évadées de Zehra Doğan du 6 au 23 novembre 2019 à la Galerie des femmes

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