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Billet de blog 20 décembre 2018

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"Ce n'est pas si, mais ça". Petit guide de la Folie à l'attention des tyrans

Sujet inépuisable, la Folie fascine les hommes. C'est une arme redoutable dans les mains de celui qui la domine. Avec elle il peut résoudre des équations a priori débilitées comme celles du genre : "De ces deux choses l'une : soit c'est la troisième ; soit aucune des quatre". Mais la Folie, qu'est-ce que c'est ? Et surtout, existe-t-elle ?.. Approche philosophique à l'attention des tyrans.

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Petit guide du matérialisme à l'attention des tyrans - chapitre 1 : pour une bonne utilisation de la Folie - extraits
Résumé des épisodes précédents et synopsis de celui-ci : L'esprit des Lumières au 21ème siècle est devenu : " je pense, c'est à dire je nomme, c'est à dire je représente, donc je suis ! " Devant ce constat d'échec de la démocratie les gouverneurs utilisent à leur compte le concept de la folie. Ils cherchent à comprendre cette arme fatale pour ne pas en avoir à faire. Pour ne pas qu'on l'utilise contre eux.

Extraits...
... On pense que la folie est liée au Réel, à la représentation qu'on peut s'en faire ou à l'affectation qu'on peut ressentir lors de son appréhension.
Ce n'est pourtant qu'une construction inconsciente dont le seul but est de l'exclure du Réel. Voilà bien la singularité de la folie.
Car en effet la Folie ça n'existe pas, comment dès lors pourrait-elle être liée au Réel ?

[préambule pour le lecteur : dans ce chapitre je ne m'intéresse qu'aux approches de la folie que je considère comme philosophiques.
Je ne m'intéresse donc pas ici aux aspects psychologiques et encore moins aux aspects psychanalytiques ou psychiatriques de la folie.
J'aurai d'autres occasions de vulgariser ces autres approches dans d'autres chapitres.
Je ne m'intéresse pas non plus ici aux aspects sociaux et sociétaux de la folie.
Je ne traite pas non plus du cas particulier de la folie collective - laquelle pour info ne peut être que de nature paranoïaque et/ou hystérique]

L'erreur fondamentale sur la "Folie" est à mon sens de penser qu'elle est liée au Réel, à la représentation qu'on peut s'en faire ou à l'affectation qu'on peut ressentir lors de son appréhension. Ce n'est pourtant qu'une construction inconsciente dont le seul but est de l'exclure du Réel, pour qu'elle n'y existe pas. Voilà bien la singularité de la folie. Il s'agit d'éviter de penser à une Chose qui n'existe pas, dont nous savons qu'elle n'existe pas, et qui pourtant nous fait tellement peur qu'on essaye de se la représenter pour espérer l'oublier. La Folie ce n'est pas dans l'inconscient que cela se détermine mais bien par un processus conscient qui nous dépasse car il nous place au cœur de l'illusion des choses. Si le ciel, la terre, l'eau, le souffle du vent n'existent pas, que suis-je, où suis-je, qui suis-je ? Si tu me dis je t'aime peut être es-tu en train de m'insulter et moi j'entends "mon amour". Ces exemples sont un tout petit aperçu d'un processus délirant.
Imaginez un enfant à la vision normale élevée dans un famille de daltoniens, qu'elle est pour lui la couleur d'une tomate mûre ?
Imaginez que chaque membre de la famille ait un daltonisme différent, vous imaginez les batailles de couleurs entre peintres naturalistes, lol.

La Folie est un Objet non définissable que la conscience cherche à circoncire pour l'éviter, pour ne pas avoir à l'affronter. Et donc elle se construit. En permanence. Certes elle a tendance à se laisser aller dans les rêves, mais rien n'est moins sur. C'est dans les rêves qu'on cherche le plus à l'éviter. Le rêve n'est-il pas le gardien du sommeil ?
On construit donc sa propre Folie, eu à des égards mystérieux qui nous dépassent depuis longtemps quand parfois ils ne sont pas fallacieux. La singularité de cette construction provient de la course infinie (on pourrait dire infernale) de celui qui cherche à éviter l'inévitable. 
C'est ainsi qu'on construit une folie.
La fonction de construction n'est pas définie au point voulu. En ce point la fonction est asymptomatique (terme médical). En terme mathématique, le point voulu est une asymptote à la fonction de construction (construire une tour à Babylone par exemple était un projet fou). C'est en cherchant à atteindre cette asymptote que l'on devient "fou". Ceci est l'étude infinitésimale de la Folie, au point voulu se trouve une tangente infinie, un cosinus nul, un imaginaire à faire pâlir l'ensemble de tous les artistes que notre Terre a jamais hébergé.

Quatre éléments permettent une approche multiple et croisée sur la singularité que je cherche à définir :

Premier élément de la Folie : la non nomination de la Chose [en sachant que la Chose est au Réel ce que l'Objet est à l'Idée]
C'est l'approche idéative* (et non pas idéaliste) de la folie
Tant que la chose n'est pas nommée elle n'existe pas. C'est le pouvoir de l'esprit : je pense, c'est à dire je nomme, je représente, donc je suis !
Tant que le diagnostic n'est pas fait on ajoute au malheur du monde. Il n'y a alors pas d'espérance, pas de pronostic à prévoir.
Ne pouvant évaluer la gravité, on ne peut savoir "ce qu'il faut faire", et ainsi on se prive du traitement.
Puisque la Chose n'est pas nommable, elle n'existe pas. C'est du Lacan, car "maximum scelus Autem est"**.
D'autres penseurs, exaltés et en mission, prêchaient que ce qui n'existe pas existe quand même mais au delà de Tout, dans la transcendance.
Certes Pi n'est pas fini, donc pas nommable, pas même circonvolution-able, mais on ne peut nier son existence, au moins dans la "logique" qui pour le coup devient transcendantale. Bref à devenir fou - tiens reprends un cachet lacanien.

Deuxième élément de la Folie : l'approche du néant.
C'est l'approche matérialiste, corporelle, atomiste de la folie.
Qu'est-ce qu'un proton ? Ce n'est qu'une onde tellement stationnaire qu'elle en devient grave en se mettant à peser.
Imaginons Rutherford en 1911 s'apercevant que la matière est remplie de vide.
Pour le moment pas de quoi devenir fou, mais maintenant imaginez que la matière c'est du néant... Non, ceci n'est pas possible !
C'est le dilemme d'Hamlet. Dans cette approche "ne pas être" renvoie à un concept supérieur au rien. Le rien étant déjà une singularité en soi et assimilable au zéro qui du coup devient rationnel bien qu'étant singulier.
Mais un monde où même le zéro n'existe pas n'est pas concevable.

Troisième élément de la Folie : l'absence d'affect.
C'est l'approche affective, psychologiste, comportementaliste, de la folie.
Personne n'aimerait devenir un golem, un zombie ou un robot. On choisirait le statut d'esclave car il permet au final qu'il reste quelque chose, le blues (la nostalgie) comme bien affectif. Dans un caisson d'insensibilisation c'est comme prendre du curare, même le souffle finit par vous manquer.

Quatrième élément de la folie : le plus paradoxal, c'est celui de la possibilité de croire en l'existence de ce qui, réellement, n'existe pas.
Autrement dit, si on s'enlève la possibilité d'être fou on devient fou. Cet élément est non explicable, irrationnel et transcendant, intuitif, tellement singulier et réfléchi sur lui même que ses effets se mesurent en tous lieux et instantanément.
Cet élément est majeur car il permet d'orienter le diagnostic vers la paranoïa. Le paranoïaque crie en permanence dans tous ses actes : "je ne suis pas fou" ou encore "je suis trop ceci ou trop cela" ou nous enseigne que "ce n'est pas si, mais ça" !

Conclusion : "de ces deux choses l'une, soit c'est la troisième, soit aucune des quatre".
Peu importe qu'on nous l'impose où qu'on se la crée, la fonction de construction de la Folie c'est la fonction d'onde de la vie de celui dont les vecteurs d'états à chaque instant ne sont orientés que vers un Objet non définissable avec la fonction de construction utilisée

* idéative : se dit d'un processus féminin d'idéation. L'idéation est une construction rationnelle du Moi (confère le 2ème topique de Freud et l'école psychanalytique de Vienne)
** "maximum perversion Un est"

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