Deuxième semaine sur l'île : Face à l'ouverture turque, Lesbos subit

Cette semaine fut un peu plus calme que la précédente, en apparence. Environ 1500 personnes sont arrivées entre le 1er mars et le 3 mars sur l’île, une conséquence de l’ouverture de la frontière turque.

1500 nouveaux migrants en quelques jours. Un faible nombre en comparaison des flux visibles sur la frontière continentale entre l’Europe et la Turquie mais une pression supplémentaire pour l’île. En début de semaine, des groupes extrémistes locaux se réunissent, essayent de bloquer les routes et viennent accueillir avec violence ces nouveaux arrivants.

Les nouveaux migrants sont amenés sur le port de Mytilène. Le gouvernement grec ayant suspendu son droit d’asile pendant 1 mois, ils ne peuvent être amenés au camp de Moria (qui héberge les demandeurs d’asile uniquement). Mercredi, environ 500 personnes sont embarquées sur un bateau militaire vers une destination que je ne connais pas. Selon le tweet d’une journaliste sur place et différents articles que j'ai pu lire, le bateau devait aller sur le continent où ces gens attendront un renvoi dans leur pays. 

Je ne sais pas si les événements sont liés mais lundi et mardi, des rumeurs circulent dans le camp de Moria sur des transferts importants par bateau vers Athènes. Beaucoup de réfugiés du camp se rendent au port en espérant être transférés vers la Grèce continentale, en vain.

Pendant ce temps, les autorités grecques font barrage par tous les moyens à ce nouveau flux. Il parait que les méthodes sont brutales. L’idée est de dissuader les futurs migrants en envoyant le message suivant ‘ça ne sera pas mieux ici’. Pour rappel, il y a actuellement plusieurs millions de réfugiés en Turquie. 

Concernant la vie à Mytilène, les associations ont diminué leur activité et beaucoup de volontaires ont été renvoyés sur le continent. La tension de la semaine dernière semble se réduire. On nous demande quand même de rester sur nos gardes et des messages sont envoyés alertant de possibles regroupements de l'extrême droite sur la place Sappho. 

En parlant de l’extrême droite, des militants neo-nazi en provenance d’Allemagne se seraient fait tabasser par des locaux qui en ont assez de cette récupération politique. Le surréalisme de cette histoire fait penser à un sketch…

Samedi, une manifestation est organisée par les antifascistes de la ville. Bizarrement, on se sent moins en danger avec eux donc j’y suis allé. J’ai malheureusement trouvé la mobilisation assez faible mais l’ambiance était bonne. 

La semaine se termine et nous espérons tous, dans notre asso, pouvoir retourner travailler car le One Happy Family doit rouvrir. Malheureusement le destin n’était pas de cet avis… Le samedi soir, un incendie est déclaré dans l’école du centre. L’école et les bureaux administratifs sont détruits. 

La cause est pour le moment inconnue mais le OHF restera fermé au moins une semaine de plus.

Il manquerait plus que le Coronavirus arrive… Oh wait… 

Sur une note plus ‘positive’, il ne faut pas oublier le travail que réalisent beaucoup de volontaires encore présents sur l’île. Je pense que je ferai un billet sur les ONG présentent à l’avenir

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.