Le quatrième concile de Latran : un profond remaniement du dogme chrétien

Dans cet article, vous découvrirez ou redécouvrirez l'impact du quatrième concile de Latran sur le doctrine chrétienne.

La religion chrétienne ne s’est pas faite en un jour. Son écriture a commencé avant la naissance du Christ et elle évolue encore aujourd’hui. En toute époque, il y eut des réunions d’ecclésiastiques, appelées conciles, pour définir le Christianisme. Le concile, cette importante assemblée de clercs traitant de différents sujets religieux, existe sous de nombreuses formes. La plus remarquable, de par sa taille et de par son rôle, est le concile œcuménique. Œcuménique provient du grec oikumènè signifiant « l’ensemble des terres civilisées ». Ainsi, le concile œcuménique, convoqué et dirigé par le pape, invite en son sein les évêques de toutes les régions des « terres civilisées », c’est-à-dire des terres où règne l’Église. C’est dans ce type de convention que la doctrine chrétienne est élaborée.

On recense actuellement vingt et un conciles œcuméniques, sept reconnus par les Églises catholique et orthodoxe et 14 reconnus exclusivement par l’Église catholique. Le premier est celui de Nicée (concile de Nicée I) en 325, convoqué par l’empereur Constantin Ier. En 1965 se clôture le concile Vatican II, dernier concile œcuménique en date, initié par le pape Jean XXIII.

            Dans cet article nous allons nous intéresser au concile de Latran IV qui s’est tenu en 1215. Le XIIIème siècle marqua un tournant majeur dans le Christianisme. En effet Innocent III, pape de 1198 à 1216, fut l’artisan d’une véritable renaissance politique pontificale. Animé par la volonté de faire du Saint-Siège la principale source d’autorité, il fut responsable d’une longue lutte idéologique (et parfois même militaire) contre les souverains européens, menaçant sa prétention universaliste, notamment contre l’Empereur du Saint-Empire.

            Le quatrième concile de Latran s’inscrit donc dans cette renaissance politique du Saint-Siège, mais également dans un contexte d’essor des croisades. En effet, la prise de Jérusalem par les troupes ayyoubides de Saladin en 1187 fut responsable d’un essor des expéditions latines pour libérer les terres saintes. Il y eut d’abord la troisième croisade de 1189 à 1192 qui ne parvint pas à défaire les garnisons musulmanes installées à Jérusalem. Par la suite, la quatrième croisade de 1204 se conclut par la prise de Constantinople et la formation des États latins de Constantinople. L’Église d’Orient, basée dans cette ville, fut gravement perturbée par cette conquête latine. Les deux Églises furent souvent en conflit idéologique sur de nombreux points théologiques ; une forte rivalité s’installa entre le pape, dirigeant de l’Église d’Occident, et le patriarche de Constantinople, dirigeant de l’Église d’Orient. Ainsi, cette croisade contre l’empire Byzantin se solda par un affaiblissement d’un des principaux opposants au pape. C’est pourquoi, ce contexte d’essor des croisades favorisa la domination politique du Saint-Siège.

            De plus, le réveil de la puissance chrétienne au XIIIème siècle, symbolisé par ce concile, s’expliqua par un ensemble de changements organisationnels au sein de l’Église datant du XIème siècle, connu sous le nom de réforme Grégorienne. En effet, ces modifications de l’administration de l’Église faites sous le pontificat de Léon IX (1048-1054), mais surtout de Grégoire VII (1073-1085), furent la réponse des papes aux crises que subit l’Église au Xème siècle. Cette réforme s’imposa sur le long terme. L’application de cette nouvelle organisation prit quasiment un siècle et demi pour avancer des résultats. Cependant, au début du XIIIème siècle, la réforme Grégorienne fut solidement ancrée dans l’organisation religieuse de la société occidentale. Ainsi, lorsqu’Innocent III accèda au pontificat, il fut le dirigeant spirituel d’une puissante religion réformée.

            Pour conclure sur cette analyse du contexte d’hégémonie catholique, nous pouvons mentionner la Reconquista. Cette « reconquête » latine de la péninsule ibérique, au détriment de l’empire almohade, fut le symbole du renouveau chrétien. En effet, après des siècles de domination musulmane, les armées des califes furent progressivement battues. En 1212 éclata la bataille de las Navas de Tolosa, considérée comme la défaite à l’origine du déclin de la domination musulmane en al-Andalus. Ainsi, à la veille de la réunion du concile de Latran, l’Église d’Innocent III domine le monde occidental.

            Cependant, malgré la situation prospère de l’Église catholique, de nombreuses difficultés contrarièrent Innocent III. Ce dernier convoqua le quatrième concile de Latran en 1215 afin de réaliser ses desseins.

            L’un des premiers points étudiés par l’assemblée ecclésiastique fut les différentes hérésies apparaissant en Europe Occidentale. L’hérésie est la définition par l’Église d’un mouvement souhaitant se détacher ou contredire les dogmes chrétiens. Ainsi, l’omniprésence cléricale fut gravement perturbée par cette forte hausse des hérésies. Dans le Sud de la France se développa un nouveau courant religieux s’émancipant de la domination de l’Église : le Catharisme. En 1209, Innocent III appela à une croisade contre cette « hérésie ». Plus connue sous le nom de croisade des Albigeois, cette expédition s’attaqua principalement aux comtes de Toulouse, principaux dirigeants du mouvement cathare. En conséquence, lors du concile, le pape encouragea la création d’Ordres Religieux afin de prêcher la bonne parole dans les campagnes éloignées des grands centres religieux. Ainsi, deux confréries importantes virent le jour : l’Ordre des Frères mineurs, les Franciscains, fondé par François d’Assise en 1210 et l’Ordre des Dominicains créé en 1215 par Dominique de Guzman.

            Sur le plan théologique, le concile de Latran eut également un rôle éminent. Cette assemblée fut à l’origine de nombreuses réformes impactant sévèrement l’Histoire de notre continent. Tout d’abord le concept de la Trinité fut renforcé, il devint l’un des fondements du Christianisme. Composé du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ce triangle définit les relations entre chaque membre. De plus, cette théorie affirma que Dieu existait à la fois sous la forme du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ce concept fut largement critiqué, notamment par les musulmans qui dénoncèrent un polythéisme caché. Le concile de Latran fut également à l’origine de la Transsubstantiation. Il s’agit d’un phénomène observé lors de l’Eucharistie où le pain et le vin deviennent réellement le corps et le sang du Christ. Contrairement à la Consubstantiation, qui prône une représentation symbolique du corps et du sang du Christ dans le pain et le vin, cette théorie admit la véritable présence du Christ dans ces aliments. L’une des autres évolutions majeures du dogme chrétien initié dans ce concile fut celle du mariage. L’Église du XIIIème siècle fut motivée par une volonté de cerner le fidèle de sa naissance jusqu’à son décès, ce fut la mission des sept sacrements. Ainsi, lors de ce quatrième concile de Latran, le mariage devint un sacrement obligatoire pour chaque chrétien.

             Les religions ne cessent d’évoluer. Nous venons de le voir avec le Christianisme mais cette affirmation peut s’appliquer à d’autres religions. Les raisons en sont diverses : interprétation constante des textes religieux, évolutions des mœurs de la société, influence d’une forte personnalité, etc… Ainsi, ce quatrième concile de Latran ne fut ni la première modification du dogme chrétien, ni la dernière. Aujourd’hui encore, la religion change de positionnement sur certains sujets. Dernièrement, le pape François eut des paroles progressistes, notamment sur l’union civile de personnes de même sexe. Nous pouvons alors nous demander s’il y aura dans les années à venir de nouvelles réécritures du dogme chrétien et si elles bouleverseront autant la société comme ce fut le cas en 1215.

 

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