Foires aux vins, foires aux illusions ?

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Il est revenu le temps des grands crus. Plus sûrement que les cèpes dans nos bois, il y en aura à tous coins de rue de nos cités. Avec soirées/dégustation à la clé et prix d’enfer !

Et la rumeur enfle, les revues spécialisées frémissent, les amateurs piaffent d’impatience : dans quelques jours, à partir du 6 septembre, vont commencer les foires aux vins d’automne sous les enseignes de nos grandes surfaces. Il y a 20 ans, c’était un événement encore relativement confiné aux cercles d’initiés. Aujourd’hui, c’est un événement commercial national, de l’ordre des sacro-saintes soldes de janvier, et les grandes chaînes de magasins y réalisent un pourcentage non négligeable de leur chiffre d’affaire annuel.

C’est dire si le sujet mérite qu’on l’aborde avec sérieux et surtout avec un vrai mode d’emploi, permettant aux usagers de naviguer avec discernement entre les vraies fausses bonnes affaires et les fausses vraies arnaques ! Vaste programme, dans le raz-de-marée de bouteilles et de caisses qui va déferler pendant un mois sur l’hexagone et qui est supposé être une mine de bonnes affaires.

Commençons par le début. Que vont proposer essentiellement les foires aux vins 2010 ?

 

- Très majoritairement, du BORDEAUX ! C’est comme ça tous les ans, et aux nouvelles que j’en ai à l’heure où j’écris, encore plus cette année. Plutôt que de foires aux VINS, on devrait parler de foires aux BORDEAUX, plus de 80% des bouteilles vendues en 2009 étant des bouteilles de cette région. Dans tous les cas, même pour les rares bourgognes que vous y trouverez, vous feriez mieux de les acquérir ailleurs : les bons producteurs de Bourgogne ne « fricotent » que très peu avec la grande distribution. Vous les trouverez beaucoup plus sûrement chez les bons cavistes qui ont su dénicher les oiseaux rares et établir avec eux des relations durables.

 

- Le millésime 2008 sera la vedette de l’année. C’est une bonne nouvelle ! Ca nous changera de 2007 de qualité médiocre, avec de rares réussites, une foule de déceptions et des prix encore très élevés. 2008 nous offre au contraire de belles réussites, aussi bien sur la Rive Droite (St Emilion, Pomerol, vins de Côtes) que sur la Rive Gauche (Médoc et Haut-Médoc) et au sud (Pessac-Léognan et Sauternes). Avec, et ce n’est pas rien, des prix raisonnables !

 

- Il y aura aussi des 2006. C’est aussi une bonne nouvelle, les prix s’étant nettement assagis.

 

Quelques conseils de base :

 

- Dans tous les cas, il vaudra souvent mieux choisir un « petit » château en 2005, 2006 ou 2008 qu’un « grand » en 2007 !

 

- Méfiez-vous de la pratique commune à la plupart des enseignes : on met en avant quelques « locomotives » (Branaire 2008, La Lagune 2006, quelques grands 2005, voire des prestigieux premiers crus à prix exceptionnel) et le client, après en avoir acquis quelques flacons précieux, va remplir son caddie de « formidables » affaires sur des petits vins de « qualité incroyable » (et fortement recommandés par tel et tel « guide professionnel ») à 5 ou 6 euros (avec la 13ème bouteille gratuite si vous en prenez 12 !) . C’est là que le supermarché fait sa marge ! C’est là que le client se fait berner par des vins médiocres, quand ils ne sont pas carrément « bouchonnés » ! Car, si vous voulez acquérir des petits vins sympathiques à prix raisonnables, vous avez tout intérêt à faire confiance à votre petit (ou grand…) caviste de centre-ville, qui a sélectionné ses produits, les a goûtés, les a bien conservés et vous les vend à un prix tout aussi bas que la Foire aux Vins. Les affaires des foires aux vins, quand il y en a, portent TOUJOURS sur les grands, voire les très grands vins.

 

- Et encore faut-il les trouver vraiment ! Il est de plus en plus fréquent que par le dépliant alléché, le client se précipite aux premières heures d’ouverture pour acquérir l’objet de sa quête. Surprise : il n’y en a plus (car la Foire, réputée ouvrir ce matin à 9 heures, vend déjà depuis hier après-midi parce que c’était en place !). Ou il n’y en a jamais eu (« on n’a pas été fournis »). Le « Dans la limite des stocks disponibles » dispense le marchand de comptes à rendre. Certaines enseignes poussent même la plaisanterie jusqu’à ne vendre que sur commande : le dépliant présente des vins qu’ils n’ont pas. Et après quelques mois d’attente (et nombre de coup de fil !) vous apprendrez souvent qu’il n’y en a plus !

 

Bon. Vous l’avez compris, ce n’est pas la Caverne d’Ali Baba, pas non plus forcément l’attrape-nigaud. Les foires aux vins demandent un consommateur averti, qui prend le temps de l’information et ne se jette pas sur le premier mirage de bonne affaire. C’est à ce prix que vous aurez le plaisir de voir vieillir vos beaux flacons dans l’ombre paisible de vos caves.

 

Le meilleur de tous les conseils : allez sur « Le 920-Revue.fr ». Vous y trouverez tous les Bordeaux de 1982 à 2009 avec leur qualité, le prix conseillé à l’achat et leur temps de garde. Et la visite est gratuite !

 

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