Dans les années 60 la guerre du Vietnam et le rock’n’roll furent de formidables atouts pour créer les fondements d’une jeunesse révoltée. Les images de guerre et les ondes de Good Morning Vietnam ou Radio Caroline firent battre des cœurs et monter au créneau de la contestation des milliers de jeunes de tout bord. Alors que les bombes et le napalm tombaient massivement sur les Viêt Minh n’épargnant pas les civils comme à My Lai, Bob Dylan, Jim Morrison, Richie Havens, Joni Mitchell, Joan Baez en tête mâtinaient cette contestation de jeunes et moins jeunes qui contestaient une société et ses gouvernements meurtriers et boursoufflés. Les artistes cités et de nombreux autres, les festivals monstres gratuits, l’anticonformisme vestimentaire et la mouvance « Peace and Love » aidant, un radicalisme bon enfant descendait dans les rues dans des cortèges aussi bigarrés que joyeux. Il n’était pas rare d’ailleurs d’y retrouver quelques chanteurs, membres de groupes rock, poètes, auteurs dont les démarches entraient en résonance avec des temps qui changeaient (Times are changing). C’était aussi le temps de l’apparition massive des drogues douces et psychédéliques avec leurs grands prêtres Ginsberg, Kennedy, Kerouac, Leary. Les journaux de contre-culture fleurissaient, les concerts sauvages peu structurés en apparence se multipliaient, le cinéma underground et la bande dessinée explosaient dans les plus folles formes et les plus libres et contagieuses expressions. Assise sur ces références une génération s’est construite emmenant dans son sillage les plus incroyables mouvements de contestation à tous les étages de la société. C’était cependant sans compter sur les formidables forces de récupération du système qui, de multiplication de festivals payants et de salles de concerts branchées et de lignes de productions musicales et littéraires ciblées, fit progressivement entrer tout ce petit monde dans des cases calibrées de création, de marchandisation et de consommation. Les festivals à succès mastodontes servirent à canaliser les foules dans l’illusion perdue de Woodstock. Les clubs « hype » firent, à coups de cachets alléchants, basculer les groupes dans la grande famille de l’Entertainment. Certains furent même anoblis, d’autres se produisirent à Disneyland. Les labels de musique multiplièrent les disques d’or et de platine en s’en mettant plein les fouilles. La mode s’empara de tous les oripeaux de la rue en les récupérant quand ce n’était pas en les devançant. Les radios locales et les TV libres firent florès avec la bénédiction des autorités compétentes. Les fanzines et autres journaux marginaux furent remplacés par le marché fleurissant de la bande dessinée. Les drogues douces, durs et synthétiques montèrent de plusieurs étages pour se retrouver dans la jet-set et dans les hauts niveaux de la politique et de l’économie. Tout était business. Aujourd’hui, toutes les pistes sont brouillées. Nous ne savons plus qui est qui au point qu’il n’est pas rare de voir un président avoir été un acteur hollywoodien ou de cabaret et un ou des autres avoir été guitariste ou chanteur de rock. Le glissement s’est fait de manière progressive subtile pour rendre l’élu/e aussi sympathique et branché que possible dans l’ère de son temps. A l’instar du CEO de Goldman Sachs, David Salomon, qui est aussi à la vie civile D-Sol, DJ à succès de New-York à Miami en passant par les Bahamas. Plus de barrière donc, tout est dans tout et rien n’est dans rien. A quand un pape militant LGBTIQ+, encore que dans ce cas particulier ce ne serait pas inadéquat !
Billet de blog 9 janvier 2024
DANS LE RETROVISEUR
Des années 60 à aujourd'hui une formidable machine de récupération s'est mise en place et s'est organisée pour que toute révolte, toute forme d'expression marginale soient d'abord une mode et un produit de consommation immédiat
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