"La poésie, l'amour et le deuil" ou "J'ai pas trouvé titre plus racoleur"

L'amour et le deuil sont deux sentiments qui habitent nos quotidiens. La poésie est une science qui raisonne par l'image. Cent seules et mêmes choses. Ce texte est un brain-storming, ou une méninge-frite, comme une méditation poétique et anxieuse dans un blog qui se veut promouvoir la pensée incarnée au dépend de la connerie frénétiquement exprimée.

La poésie, l’amour et le deuil.

Le monde contemporain n’aime tellement pas la médiocrité qu’il en oublie d’être exigeant dans les petites choses les plus élémentaires. Les exemples sont variés et nombreux, et ils se manifestent dans des amalgames tragiques pour l’esprit et l’analyse. Ils ont également tendance à nourrir des psychosomatismes ou encore, à l’échelle d’une société, des comportements tragiques liés à une mauvaise connaissance de soi et du monde, une mauvaise connaissance mise en commun par le biais de la culture ; rien que ça. Demandez autour de vous ce qui différencie un sentiment d’une émotion, vous constaterez beaucoup de consternation. Demandez autour de vous ce qu’est l’imaginaire, une majorité donnera la définition de la créativité – comment un esprit qui ne sait définir correctement l’imaginaire peut-il faire usage correctement de sa pensée ? Demandez autour de vous ce qu’est l’amour, les réponses seront assez mystiques pour faire peur à n’importe quel esprit censé.
Voilà tout ce que j’aimerais réparer.
Voilà le piège culturel dans lequel est tombé l’esprit commun qui place son exigence dans la valeur de ses acquisitions et non dans la qualité de sa pensée.
Le mauvais usage de la culture est plus dangereux que le mauvais usage de la politique, puisque le second dépend principalement du premier. Il vaut mieux se méfier davantage d’une tradition que d’un homme politique. Il vaut mieux se méfier d’avantage d’un réseau social que d’un parti politique ; l’actualité me donne raison et les réseaux sociaux d’internets eux-même se désolidarisent de la vie politique en désavouant sans cesse leur responsabilité dans la vie politique, tout en nourrissant abondement celle-ci. Rien ne sert de crier au complot car le réseau social, qu’il soit ou non sur les internets, ne participe pas à la politique, il en est sa nature. « Basique, simple ». Si les Gafa se désolidarisent de Trump, entendez aussi qu’ils se désolidarisent d’eux même, si vous êtes touchés qu’untel aurait été banni d’un réseau, ne blâmez pas le réseau, mais votre dépendance à celui-ci. Avoir du pouvoir sur la culture est une charge qu’aucune administration ne pourra jamais assumer efficacement, car toujours, derrière la culture, il y a des intimités qui, elles, ont le pouvoir d’être lucide.

La poésie est une science remède, et une arme d’élite accessible à tou-te-s.

Ce blog est un poème lucide, une évasion dans la rigueur scientifique de l’erreur. Il participe à la raison plus qu’à la vérité. Il est une poésie généreuse et éclairée, une poésie pédagogique. C’est en tout cas mon intention.

La poésie est une science, une science exacte. Elle est une science exacte de l’erreur. L’esprit calcul sans cesse des images, il en fabrique, il en dissout et il en fusionne. La poésie crée la raison.

Une image n’est pas seulement une représentation figurative, elle est tout un process que je m’applique à définir dans ce blog. Merci de lire ces articles non sans intérêt, et de participer ainsi à mes recherches poétiques.

La poésie cherche la trouvaille. Elle crée des erreurs et repère parmi elles les erreurs fonctionnelles, celles qui pourraient être validées par la logique, l’esthétique ou une idée de la beauté.

La poésie perçoit, décrit, cherche la perception sans cesse. L’acte poétique, la praxis, donne forme dans l’abstraction et la synthèse par le filtre du poète. Le poème est une image, la poésie est le process pyramidal qui donne naissance cette image. De ce point de vue, la poésie incarne la raison, là où la philosophie cherche la vérité.

La force d’une poésie réside dans sa capacité à trouver. La force d’une science réside dans sa nature à valider. C’est la raison qui précède la vérité et on peut donc déjà considérer la poésie comme l’origine d’une science, tout comme la musique appartient aux arts mathématiques, auprès de l’algèbre et de la géométrie, et de l’astrologie.

Si la poésie est l’origine d’une science, le modèle de la « pyramide de l’image » est une base protocolaire pertinente pour valider la poésie comme une science à part entière. Si la perception est de qualité, si l’abstraction et la synthèse sont habiles, alors l’image tendra à être « juste » et viendra nourrir la grande collection d’un imaginaire, participant désormais à ses rouages.

L’imaginaire est cela, une collection empirique d’images qui nous servent à raisonner. La poésie, qu’elle soit poeisis ou praxis, en est la source. Votre imaginaire vous identifie plus que l’aspect de votre corps, plus que votre état civil ou votre CV. Votre imaginaire, c’est le monde dans lequel vous vivez et celui dans lequel vous rêvez quand ceux-ci sont fusionnés. C’est la richesse de votre imaginaire qui vous rendra ouvert d’esprit, et c’est sa justesse qui pourra vous rendre fier, etc. C’est la nature de votre imaginaire qui régie votre sociabilité et qui peut vous donner le sentiment d’appartenir au monde, ou de lui échapper, c’est lui qui vous laissera un sentiment de solitude ou d’abandon etc. Cette idée est simple à comprendre, encore faut-il l’incarner. Car ceux qui comprennent cela sont ceux qui prennent le temps de nourrir avec soin leur esprits, d’images choisies et de pensées justifiées. Si vous voulez être heureux, et en bonne santé, lisez des livres et pratiquez un art, des arts, vivez le sport dans ce qu’il offre comme expérience corporelle ; à contrario ne lire qu’un livre et s’en suffire, ne jamais donner forme à ses idées et ne pratiquer le sport que pour ce qu’il offre en qualité plastique, c’est devenir un produit du capitalisme qui vous a vendu tout cela, vous seriez désincarné et vos propos n’appartiendrait pas plus à vous qu’à une culture que vous n’avez pas choisi. Vous auriez alors l’impression que le monde se trompe, vous auriez le sentiment permanent d’être dupé et vous irez envahir le capitole américain alors même que vous seriez de culture musulmane et de nationalité chinoise (mauvais combo).

Il faut voir une image comme un process pyramidal, aller plus loin que son seul aspect.
À la base de la pyramide, il y a la perception. Au sommet de la pyramide il y a l’image. Entre les deux il y a au moins deux étages, celui de l’abstraction, et celui de la synthèse. Ces deux phénomènes actifs sont effectués dans des états de transe, ou de concentration conscientes et/ou inconsciente plus ou moins légers, plus ou moins profonds. Le corps est globalement plus concerné que l’esprit dans ce process. Les personnes qui jouent consciemment dans cette pyramide sont fréquemment qualifiés d’artistes, et c’est ce qu’ils sont.

Parmi ces transes il y a les transes que j’appellerais « immédiates », puis d’autres que je qualifierais d’au « long cours ». C’est comme s’il y avait plusieurs niveaux de concentration superposables. L’ensemble des transes, ou concentrations en cours forment un pattern qui définissent un état, ou même encore un « tempérament », souvent elles se manifestent, sous forme de sentiments, puis déémotions.
L’amour est la manifestation la plus prenante de ce système. L’amour est un sentiment. Contrairement à une émotion, il n’y a pas de masque qui lui soit associé. Il y a le masque de la joie, de la peur, mais il n’existe pas de masque de l’amour. Ce n’est donc pas une émotion.

Pour comprendre l’amour, il faut admettre que c’est un sentiment. Il faut donc mieux comprendre ce qu’est un sentiment. Un sentiment est le fruit d’un état perceptif. Si je perçoit un danger, un sentiment s’installe et permet à mes perceptions de rester concentrées sur un aspect précis de mon umwelt. Autre exemple, une ambiance est une composition singulière de sons, d’odeurs et autres présences qui vont transformer mon état perceptif, et ainsi je serai animé d’un sentiment d’émerveillement, d’horreur ou encore de curiosité ou de tiraillement, etc..., à l’image de cette ambiance. Le corps s’est phasé, et sûrement malgré vous (spéciale cassedédie à mon très cher H.Michaux – une voie pour l’insubordination).

L’amour est un sentiment inhérent à l’être social, c’est à dire à l’être qui partage avec d’autre une perception commune du monde. En apprenant à vivre sur les mêmes codes, l’être social apprend à confondre son imaginaire avec celui d’un groupe. C’est ce qu’on appelle une culture. Par extension, il sait aussi confondre son imaginaire avec un semblable. L’amour n’est rien d’autre que cela. Deux personnes qui s’aiment perçoivent idéalement le monde de la même façon. Si cette réalité est véritablement utopique, le sentiment de percevoir le monde de façon similaire est raisonnablement captivant, disons plutôt passionnant et addictif pour un être humain.
Il y a donc plusieurs façon de vivre l’amour. On peut trouver l’amour de façon inattendu, c’est un coup de foudre avec quelqu’un qui pourra adopter un comportement qui trahira des similitudes sur les idées, mais aussi dans le pattern et jusque dans la façon de bouger, voir, pourquoi pas, dans la structure même de la physionomie. Ces rencontres sont rares et assez déstabilisantes. Une autre façon de vivre l’amour est l’amour que j’appellerais « historique » qui est un amour construit par la proximité et l’attachement empirique. C’est ici l’amour familial ou encore deux personnes qui ont nourri leur imaginaire avec des situation communes. Le syndrome de Stockholm pourrait aussi en être une forme manifestation un peu plus complexe. Deux volontés parallèles peuvent parfaitement faire aboutir ce type de sentiment amoureux, le sentiment n’en sera pas moins vrai et fort, il faut juste du temps pour construire le sentiment. Il est vrai que ce n’est pas là le modèle Disney qui a largement pourri notre imaginaire collectif et limitant l’amour au seul, rare et utopiste amour immédiat. Il y a la un conflit culturel concret aux conséquences véritables, on ne peut imaginer à quel point.

Pour bien définir l’amour et compléter ce chapitre, il est intéressant de définir l’amour dans ce qu’il peut proposer d’abstraction. Pour cela il suffit de décrire un deuil amoureux et tout devient déjà plus clair : Deux personnes s’aiment, une des deux disparaît, laissant l’autre seule dans l’imaginaire commun. L’imaginaire dans lequel existe la personne endeuillée est l’imaginaire d’un monde qui va de pair avec la personne disparue. Cette réalité n’a soudainement plus aucun sens pour cette personne. Alors elle entre en deuil, c’est l’émotion de la tristesse qui prédomine au point de prendre la forme d’un pattern et enfin d’un sentiment, d’où ne peut émerger que de la tristesse. C’est le schéma tragique classique, la boucle émotionnelle de la tragédie. Le deuil ne peut s’arrêter que quand la personne décide de redéfinir le monde. La tâche est énorme pour ceux qui ne sont pas entraînés à la poétique, et cela peut induire un découragement immense, voir une démotivation totale qui a le pouvoir de trouver l’issue jusque dans la mort et qui ne serait alors que l’écho de la première disparition, par simple esprit de cohérence.

La poésie crée l’imaginaire, l’imaginaire crée l’individu, l’individu crée l’amour, l’amour crée la société, la société crée la culture, la culture crée la poésie. Chacun de ces moments est ajustable.

Merci d’avoir lu cet article, je vous souhaite de n’y puiser aucune vérité, mais d’en nourrir votre raison.

 

 

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