Lecture : De bons voisins c’est l’anti Fenêtre sur cour

De bons voisins de Ryan David Jahn, Babel Noir, Actes Sud, 2012

Je ne suis pas de ceux qui disent : Ce n’est rien ;
C’est une femme qui se noie.

« La femme noyée », La Fontaine

 

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Une femme se meurt dans la cour d’une résidence. Beaucoup de voisins la voient. Ils voient une scène - une femme avec un homme - et ne l’identifient pas comme une scène de meurtre. Chacun d’entre eux, arguant de la complexité de sa petite vie, hésite à appeler la police pensant qu’un autre le fera. Ils ont de la rubalise dans les yeux : ce sont eux aussi les criminels. Ce qu'ils font, ça a pour nom : non-assistance à personne en danger.

Kat Marino. Une femme se meurt. Une femme est morte.
Témoin, t’es moins que rien.

De bons voisins c’est l’anti Fenêtre sur cour d’Hitchcock. Les voisins sont des voyeurs passifs. Ils voient sans regarder. L. B. Jeffries (joué par James Stewart) avait une jambe cassée ; ces « bons voisins » sont de vrais bras cassés sur lesquels on ne peut compter.

Tous les voisins de Kat Marino trouvent une raison de ne pas se soucier vraiment de ce qui se passe sous leurs fenêtres.

L’histoire se déroule pendant les années soixante et à l’assassinat glaçant s’ajoute le contexte violent de la ségrégation raciale. Ce que le fait divers dénonce, dans ce lieu délimité, vaut aussi pour une attitude générale, nationale : un racisme d’État.

De bons voisins est un roman noir. Effrayant. L’intrigue policière (qui répond au genre) conduit le lecteur sur le chemin de la sociologie. C’est un récit polyphonique, tissé des voix des voisins et qui plonge un fait brûlant dans les eaux glacées du calcul égoïste.

Ça en dit long sur l’âme humaine, ce meurtre à l’arme blanche et cette indifférence à l’âme noire.

C’est un roman qui s’inspire d’un fait divers. Et qui respire l’indifférence. C’est de la non-assistance en personne en danger, en réunion.

La mort kilométrique ? Non. La mort au balcon.

Aujourd’hui une femme est morte. Ou peut-être hier, je ne sais plus.

Ce roman met en fiction « L’effet Kitty Genovese » (du nom de la véritable victime).

Un fait divers incroyable ?

L’histoire se passe à New-York ? Mais elle est universelle.

La banalité de l’indifférence.

Choses et autres : https://lirepeuouproust.wordpress.com/

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