Sortir les élèves de leur Amazon de confort

Trop souvent lorsque le prof prescrit un livre à sa classe (à lire matin, midi et soir, pendant quinze jours), les élèves se le procurent de la façon la plus confortable qui soit pour eux.

Trop souvent lorsque le prof prescrit un livre à sa classe (à lire matin, midi et soir, pendant quinze jours), les élèves se le procurent de la façon la plus confortable qui soit pour eux.

De chez eux.
Sur l’ordi.
Via Amazon et la CB de papa ou maman.
Peut-être pourront-ils même garder les quelques centimes économisés pour se payer un tacos (Ah ! La tacos concordia, en 2015 déjà).

Acheter sur Amazon.
Si tout n’est pas bon dans le Cochons ! (de la compétence), tout est à jeter dans le fait d’acheter sur Amazon.
Ces hangars relèvent du Caïman. Tout comme des dents, les livres sont en ligne, bien rangés et, achat après achat, se renouvellent aussitôt. Ce caïman-là fait dans l’intensif. Son système d’attaque est simple. Il fait place net, il saisit la clientèle et noie la librairie. C’est le cliquetis du clavier qui annonce sa présence.

Never smile à ce genre de caïman.

Lire des livres achetés sur Amazon est-ce raisonnable ?
L’ire des librairies indépendantes et courageuses est compréhensible.

Le prof ne décolère pas dans son petit monde scolaire. A chaque fois, il a son lot d’achats sur Amazon. Et pourtant il a fait commander le livre chez la libraire du quartier. Et pourtant il a pris la peine de rappeler que les librairies de la ville seront ravies de les aider. Sans parler des achats de gouttière, via le bouquiniste ou l’Emmaüs du coin.

Ah oui, c’est une Amazon de confort ! Les élèves n’ont pas à se déplacer… Faut dire que le Lire-Bouger n’est pas encore devenu une priorité nationale. Il y va pourtant de la bonne santé du service public, de son cercle vertueux. Sans parler du projet d’une société sobre qui se protégerait contre les innombrables hangars, leurs systèmes robotisés et leurs colis frénétiques.

Pour les élèves, il y a même une deuxième raison à rester dans cette Amazon de confort. Parfois, le livre se perd ou tarde à arriver et puis – oh, c’est ballot ! – le cours a commencé et il faut avoir lu un livre qu’on n’a pas reçu. « Regardez, j’ai un mot, le livre arrive dans une semaine ».

Il n’est désormais plus besoin de détailler les bonnes raisons d’aller chez son libraire (et de laisser braire Amazon), il suffit d’acheter Contre Amazon, éd. Le Nouvel Attila.

Il y est écrit ceci :

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P.S Et comme il n’est pas naïf, il sait qu’on peut acheter Contre Amazon sur Amazon.

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